Popular Posts

mardi 30 novembre 2010

Liberté religieuse au Pakistan, et en Inde, Gandhisme, Gay Parade à Delhi

Le 30 novembre 2010




Plusieurs familles chrétiennes auraient du fuir Karachi chassées par la famille d'une jeune musulmane prétendument enlevée par un chrétien pourtant préalablement converti à l'islam (Times of India, 29 novembre 2010).



Un ancien officiel de l'état du Haryana aurait introduit auprès de la Haute Cour de cet état une requête visant à rendre publique la « religion » déclarée par Sonia Gandhi – née italienne et catholique – et ses enfants, sur le formulaire du récent recensement national. La Haute Cour a refusé la requête arguant qu'elle représentait une tentative d'empiètement sur la vie privée de citoyens, injustifiable même dans le cas de figures publiques.



Une autre figure publique – Obama – a réussi à garder le silence sur son appartenance confessionnelle, tout en participant ostensiblement aux rites de plusieurs des religions organisées présentes sur le territoire américain. Sans doute une première dans ce pays où l'appartenance confessionnelle a longtemps été considérée comme élément intégrant de l'identité personnelle.



Il est intéressant de voir que l'Inde, malgré les castes et le caractère « héréditaire » qu'y prennent souvent les options religieuses, même en Haryana, état pourtant connu pour son conservatisme, garde le cap en maintenant le caractère « privé » de la confession religieuse (Times of India).



L'Inde malgré son poids économique croissant continue à douter d'elle-même ainsi que le montre la récente campagne lancée par des hindous américains pour « récupérer le yoga ». Cet ensemble de pratiques a en effet de plus en plus adopté par des non-hindous, sans nécessairement entraîner de conversion formelle à l'hindouisme. Les promoteurs de la campagne, de manière un peu paranoïaque, craignent que l'origine indienne et/ou hindoue du yoga soit oubliée.



Le Times of India note aujourd'hui un fait de nature à rassurer les Indiens quant à la valeur des multiples produits de leurs traditions philosophiques, morales et religieuses, et au caractère universel de leur réception : l'apparition un peu partout dans le monde de monuments à la mémoire du Mahatma Gandhi. Depuis l'an 2000, soixante-cinq de ces monuments, souvent de simple bustes, auraient été installés dans des universités, des conseils municipaux, et même au Reichstag. Parmi ces villes : Trujillo (Pérou), Osnabruck (Autriche), Belgrade, Guadalajara (Mexique). Et l'on trouverait au moins une statue du grand homme au Chili, en Colombie, à Trinidad, en Ethiopie mais aussi au Maroc, en Syrie, au Tajikistan, et au Kazakstan.



La deuxième Delhi Queer Parade, organisée par l'organisation LGBT (Lesbian, Gay, Transgender and Bisexual Community) a rassemblé quelque 2 000 personnes dimanche dernier à Delhi, un an après que la Haute Cour de Delhi ait décriminalisé l'homosexualité. Alors que l'année dernière, lors du premier défilé, 1 000 personnes avaient défilé masquées, par peur d'être identifiées, cette année seules 300 personnes portaient un masque. De nombreux couples d'hétérosexuels sympathisants auraient également participé à la parade.



Le Times of India rapporte que le pardon accordé par le Président Asif Asi Zardari à une chrétienne pakistanaise accusée d'avoir insulté l'islam, a été déclaré illégal par la Haute Cour de Lahore, déniant au président le droit d'accorder son pardon en matière de blasphème. L'accusée avait été condamnée à mort en première instance.

dimanche 28 novembre 2010

Le Dalaï Lama, leader des Talibans ? Nitish, Premier ministre fédéral ?

Le 26 novembre 2010




La victoire de la coalition JD(U)-BJP au Bihar continue à faire la une des quotidiens. Ce premier vote important où l'électorat s'est prononcé à partir de critères économiques et non de caste, de religion ou de clientélisme laisse espérer une évolution semblable au niveau national. Certains remarquent que la flexibilité du BJP, au point de lui faire accepter de mettre une sourdine aux thèmes de l'hindutva ("hindouïté") et d'exclure de la campagne le représentant le plus vocal de cette tendance dans leur parti, Narendra Modi, Premier ministre du Gujurat, connu pour son islamophobie, lui a aussi bien réussi puisque qu'il passe de 55 à 91 sièges, tandis que le Congrès n'arrive même pas à conserver les 9 sièges qu'ils tenait lors de la précédente législature. Cette face moins confessionnelle, ou plus libérale, du BJP rapproche le parti du modèle envisagé par son patriarche Atal Bihari Vajpayee. Par ailleurs la débâcle du Congrès dans cet état parmi les plus lourds de l'Union, en voix, laisse envisager l'éventualité de Nitish comme candidat Premier ministre fédéral (Times of India).



Le 27 novembre 2010



À l'occasion du deuxième anniversaire de l'attaque d'un commando venu de la mer sur Mumbai l'Inde a rappelé sa détermination de trouver les responsables de cet attentat où 166 personnes trouvèrent la mort et des responsabilités du Pakistan à cet égard (Times of India).



Un groupe de musulmanes conteste la fatwa du Deoband suivant laquelle la formule de répudiation (talaq) est valide même lorsqu'elle est prononcée en l'absence de l'épouse concernée ou de témoins. « Si le mariage ne peut être conclu qu'avec le consentement de l'épouse comment pourrait-il être dissout sans qu'elle soit consultée ? » s'étonne cette association (BMMA) qui qualifie par ailleurs la fatwa de misogyne (Idem) ?



Le 28 novembre 2010



Il arrive partout que les journalistes soient distraits. Le Sunday Times (of India) de ce matin a laissé passer une bourde assez grosse ; annonçant que le Dalaï Lama a subi des tests suite à un épisode grippal, le journal titre en effet « Taliban leader Dalai Lama undergoes tests » (Le Dalaï Lama, leader des Talibans subit des tests) confondant évidemment « Taliban » avec « Tibetan ».

jeudi 25 novembre 2010

Inde, Népal, réponse indienne à la Chine, Don de sang islamiste

Le 24 novembre 2010




Les accoucheuses « aux pieds nus » (dai) de l'Haryana, état situé au nord-ouest de Delhi et dont la population est connue pour préférer les naissances de garçons à celles de filles, sont complices de ce trait de mentalité. Elles joueraient un rôle important de conseil et d'orientation dans les tests de détermination du sexe et dans la mise en contact des femmes enceintes avec des médecins pratiquant l'avortement, qu'elles pratiquent également parfois elles-mêmes (Times of India, 22 Novembre 2010).



Même les juges ne font pas confiance aux polices indiennes. C'est en tous cas ce qui ressort du cas de cette juge s'adressant directement au CBI pour déposer plainte contre son mari et sa belle-famille pour harassement (Idem).



L'impréparation et le désordre qui ont accompagné les CWG s'expliquent-ils par le fait que New Delhi est gouverné par quatre niveaux d'institutions différents ? En effet, les compétences sont partagées (Idem, Who Governs our Cities ?) entre : le Delhi Municipal Corporation (DMC), le New Delhi Municipal Council (NDMC), le Delhi Cantonment Board, et la dernière créée en 2007, NTC (National Capital Territory). A cela il faut ajouter la Delhi Development Authority (DDA) gérant les infrastructures urbaines.



Le Times of India du 23 novembre 2010 révèle qu'au cours des vingt-cinq dernières années aucune des quatre Commissions parlementaires chargées d'enquête suite à des soupçons de corruption ou autre délits n'a aboutit. La dernière – sur la présence ou non de pesticides dans les boissons sucrées – a répondu par la positive mais cette conclusion n'a été suivie d'aucune modification de la loi ou des réglementations.



Répondant au développement par la Chine d'infrastructure ferroviaire, routières et à l'afflux prévisible de troupes dans le Sud-Est du Tibet aux confins de l'état contesté de l'Arunachal Pradesh, l'Inde a créé dans cet état ainsi qu'au Sikkim voisin deux nouvelles divisions (plus de 36 000 hommes) d'infanterie composées de montagnards locaux. Alors que les deux seules divisions d'artillerie de l'Armée indienne visent le « front occidental » pakistanais une nouvelle division est prévue pour le « front oriental ». Deux escadrons d'avions de combat (Sukhoi-30MKI) seront basé à Chabua en Assam, ainsi que six escadrons de missiles sol-air Akash.



Le 25 novembre 2010



Le conseil de castes (panchayat) d'un village de l'Uttar Pradesh a déclaré illégale la possession et usage de GSM par des filles non-mariées afin de les empêcher de s'enfuir avec un garçon sans le consentement de leurs parents. Le même panchayat s'est opposé au mariage de deux membres d'un même gotra (clan) annonce le Times of India (24 novembre, 2010).



Le BJP s'oppose à la l'amnistie et réhabilitation de quelque 3 000 Cachemiri Indiens qui, après avoir fui au PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) pour y suivre un entraînement au maniement des armes, désirent rentrer en Inde (Idem).



Le Hindustan Times (24 novembre) annonce que les fissures déjà anciennes entre les ailes « subitiste » et « gradualistes» du parti maoïste népalais (UCPN) se sont aggravées au cour de leur plenum réuni à Palangtar (Gorkha).



L'annonce ce matin de la victoire écrasante (¾ des votes) de Nitish et des sa coalition JD(U)-BJP au Bihar marquerait la fin d'un ère dans la politique indienne, et le début du vote intelligent, où la bonne gouvernance détermine le choix des électeurs et non plus la caste, la confession religieuse ou le clientélisme. D'autant plus remarquable que c'est l'alliance de Nitish et son JD(U) de centre gauche avec le BJP (droite hindoue modérée) qui ont a produit, en matière de sécurité, infrastructures, et discipline des fonctionnaires, les fruits pour lesquels ils sont récompensés. Le pragmatisme de Nitish l'a aussi poussé à refuser, sans que cela mette en danger son alliance avec le BJP bihari, que Modi (leader de l'aile droite du BJP au Gujurat et islamophobe avéré) fasse campagne au Bihar. Le Congrès s'inquiète des progrès de cette alliance atypique et Sonia Gandhi appelle à resserrer les boulons (Times of India, 25 novembre 2010).



Faire don de son sang serait anti-islamique (haram), sauf au bénéfice d'un proche ou d'un membre de son propre clan, a déclaré le Darul Ulum Deoband, « car nous ne sommes pas propriétaires de notre corps » justifie-t-il, manifestant ainsi cet aspect de l'islam qui consolide la solidarité clanique au détriment de la solidarité humaine. Heureusement cependant, d'autres autorité musulmanes ont déclaré que cette fatwa ne devait pas empêcher les musulmans de faire don de leur sang.



Pour équilibrer l'influence grandissante de la Chine au Sri Lanka, qui longtemps fut considéré par l'Inde comme son backyard, deux nouveaux consulats sont ouverts sur l'île : le premier à Hambantota, le nouvau port équipé par la Chine et inauguré hier, le second à Jaffna. L'Inde finance aussi la construction des lignes de chemin de fer Omanthai-Palali et Medawachchiya-Madu-Mannar dans le Nord ainsi que l'effort de déminage et de reconstruction sur le territoire anciennement contrôlé par le LTTE.

lundi 22 novembre 2010

Expats, touristes, Indiens et Tibétains, moines et laïcs. Inde, économie et politique

Le 19 novembre 2010




Dîné ce soir avec Priya, qui finalement n'est pas une ancienne serveuse mais infirmière. Née en Allemagne, émigrée en Californie sans doute à la fin de la 2e Guerre mondiale, elle s'est en fin de carrière, il y a une vingtaine d'années, installée à Mac Leod Ganj dans l'intention de devenir saddhu. Elle déchanta assez rapidement quand elle comprit ce que, concrètement, cela voulait dire, mais resta à Mac Leod. Peut-être n'avait-elle plus le choix. Elle doit à présent avoir dans les 80 ans mais est encore très soucieuse de son apparence et court comme une chèvre dans les collines de l'Himachal Pradesh. J'ai l'autre jour fait en sa compagnie une marche de 10 km jusqu'à Kanyara où elle va sans doute s'installer dans la maison d'un de ses amis, Manjid, jeune trentenaire, qui achève de construire. Elle ne peut cacher son goût des hommes qu'elle concilie sans difficulté avec une pratique ancienne de la méditation et du yoga ainsi que la redécouverte il y a quelques années, non du christianisme, mais de Jésus.



Bien que je sois arrivé à lui faire comprendre que le diabète m'ayant rendu, sinon complètement impuissant, très peu performant en la matière, elle vient deux ou trois fois par semaine prendre un verre de vin rouge chez moi vers 18 h 30 et fait de temps en temps allusion, sur le ton de la plaisanterie à la possibilité de relations plus intimes.



Elle a été mariée deux fois, dont une en Inde avec un musulman je crois, et a deux enfants aux USA.

Elle vit d'une pension très modique qui, je crois comprendre, qui ne lui permettrait pas de se ré-installer aux USA et d'y vivre décemment, ce qu'elle semble parfois regretter.



Elle part demain pour Chandigarh, puis va passer les trois mois les plus désagréables de l'hiver chez des amis au Kérala. "Malgré tout, La Dolce Vita", commente-t-elle en avalant un gorgée du verre de vin rouge que je lui ai offert. Comme lors de son retour je ne serai plus à Mac Leod, j'ai décidé de lui offrir ce dîner d'au revoir sinon d'adieux.



Bien que très au fait du bouddhisme – elle a géré la logistique de retraites dans la région – de la méditation et du yoga, elle ne se fait guère plus d'illusion que moi-même et parle des religions en général comme de « holy business » (le business du sacré). Est-ce son atavisme germano-américain ou son ancienne profession d'infirmière, elle est aussi plutôt directe et a son franc parler, ce qui doit lui cause nombre d'inimitiés dans le quartier mais surtout dans le milieu des expats, résidents à long terme à Mac Leod ou Dharamsala mais aussi des sympathies. Ses amis sont en général des Indiens, dont certains dans la trentaine ou la quarantaine, ou des moines étrangers, thaï, vietnamiens, mais peu de tibétains. Je ne comprends pas encore pour quelle raison exactement, elle ne semble pas aimer beaucoup les Tibétains. Guère de femmes non plus parmi ses relations. À petite dose sa compagnie me convient.



Elle ne peut cacher non plus qu'elle n'aime guère les juifs. Elle n'est donc pas, probablement, une « juive allemande ».



Des juifs, il y en a pas mal à Mac Leod, au printemps et en été, jeunes en général. Mais « il y en avait beaucoup plus avant » me dit Priya, en général des jeunes réservistes.



Mais il y en aussi de plus âgés. J'en connais un, Jacques Picard, Américain de l'état d'Alaska. Ancien journaliste free-lance dans le domaine des médecines alternatives, il a sans doute, comme moi, jeté son dévolu sur Mac Leod Ganj pour des raisons économiques. Sa pension ne lui permettrait pas le même train de vie aux USA. Comme Priya, il semble avoir rompu les liens avec les USA. Lui aussi semble parfois le regretter.



« Où mourir ? » reste une des questions existentielles que je me pose le plus souvent même si, comme me le disait mon ancien ami (nous ne nous parlons plus ; il ne m'a pas pardonné de ne pas haïr Sarkozy, je crois) Renaud, « la vieillesse, ou le vieillissement, est partout un naufrage ». Naufrage plus ou moins précoce, plus ou moins rapide mais dont l'issue est identique pour tous.



Où préférerais-je «sombrer » ? Où ce naufrage sera-il le moins pénible ? Je crois que finalement ce serait en Belgique. Il me semble que « me laisser couler » dans l'océan de ténèbres, ou de lumière, qui précède la perte de conscience serait plus facile dans le cadre familier de la Belgique ou de l'Europe qu'en Inde ou au Népal bien que ces régions me deviennent aussi familières. J' ai d'ailleurs au début de cette année failli vivre au Népal mes derniers moments. Sans drame.



J'ai rencontré au cours de mes pérégrinations en Inde et au Sri Lanka plusieurs de ces retraités, américains, britannique, français, qui ont quitté leur pays d'origine, parfois y ont vendu une maison ou un appartement, pour s'installer sous les tropiques. Beaucoup d'entre eux semblent parfois regretter leurs choix. Priya me l'a carrément avoué : « Que foutons-nous ici, alors que l'Europe est si belle et confortable ? » m'a-t-elle dit un jour où nous évoquions, l'Inde, sa pollution, ses infrastructures défaillantes et ses moyens de transports sous-développés.



Tout cela me renforce dans ma décision de garder un pied-à-terre en Belgique. Car ce que je cherche d'abord, comprends-je de plus en plus, c'est le changement. Le printemps et l'été en Europe, l'hiver en Inde et au Népal. Le Bouddha lui-même ne resta-t-il pas jusqu'à sa mort un voyageur, comme Bruce Chatwin (Anatomy of Restlessness) ne sachant pas tenir en place, sauf pendant la saison des pluies ? Cela lui fit explorer le monde de son temps et approfondir la relativité universelle ou, en termes bouddhologiques, le caractère conditionné, in-essentiel, de toutes entités et identités.



Comme lors de l'année (2007-2008) passée au Sri Lanka et dans le Sud de l'Inde, je commence d'ailleurs, après dix mois sur la route, de songer avec nostalgie aux vallées de l'Ardenne et de l'Eiffel, et même à Liège et aux deux ou trois relations que j'y conserve. Le soir avant de m'endormir, je me promène en imagination dans les rues de Liège ou dans les forêts avoisinantes.



À Mac Leod Ganj, la température fraîchit. Il a plu hier et avant-hier. Non pas l'ennui, mais une sorte de lassitude s'installe et je me réjouis de quitter l'endroit pour le Népal et Lumbini où les choses semblent se prêter pour que j'y passe la Noël et la plus grande partie de janvier. Élise Sintès qui travaille sur un projet connexe au mien pourra me fournir des informants. Et le LIRI peut me loger.



Mais peut-être vais-je aussi, enfin, passer au cours du printemps et de l'été prochain des fins de semaine prolongées dans l'un ou l'autre coin d'Europe que je voudrais découvrir avant de mourir. La liste est longue : Grèce, Balkans, Bulgarie, Roumanie, Arménie, Géorgie, Russie d'Europe et Portugal. Et plus loin, Cuba, Brésil, Argentine.



Mais par où commencer ? La Grèce sans doute, peut-être Samos, lieu de naissance d'Épicure.



Ces retraités, de tous âges, nationalités et milieux sociaux ne forment qu'une partie de la population locale. Certains y louent des chambres ou des flats, d'autres sont propriétaires. Les natifs, qui doivent être à présent minoritaires à Mac Leod, sont les Gaddi, tribus de pasteurs, nomades ou sédentaires, Brahmines et Rajputs, ayant fui les persécutions religieuses du Penjab au 18e siècle, comme ils le firent vers le Népal. Les aborigènes qu'ils ont déplacés sont composés de différentes tribus (ST) : Sipi, Herara et Hali.



Des immigrants tibétains y apparurent dès le 19e siècle mais c'est l'arrivée du Dalaï Lama il y a un demi-siècle qui provoqua l'afflux de réfugiés tibétains à l'origine de la relativement récente notoriété de Dharamsala-Mac Leod Ganj, lui méritant le surnom de Little Lhasa. Vivent aussi dans la région les descendants d'émigrés népalais (Gorkhas) qui occupent, entre autres, quelques hameaux sur les hauteurs de Mac Leod, à proximité du Lac Dal. Ont entre autres résidé à Mac Leod Ganj, le Maharadja de Kangra (capitale du district, dynastie des Katoch, une des plus anciennes de l'Inde, remontant au Mahabharata disent les historiens indiens), James Bruce, 8e Comte (Earl) d'Elgine et 2e Vice-Roi des Indes, ainsi que l'artiste peintre britannique Alfred W. Hallett qui y mourut en 1986.



Certains de ces expats ainsi que certains touristes jeunes ou moins jeunes sont attirés ici par la réputation du Dalaï Lama, et la possibilité de participer à des retraites de méditation ou de suivre des formations en yoga.



Les Tibétains, jeunes ou vieux, moines célibataires ou mariés, commerçants ou travailleurs sociaux sont en général souriants, calmes et sympathiques. Cools. Alors qu'il y a beaucoup de mendiants indiens dans les rues de Mac Leod, je n'ai à ce jour pas encore vu un seul mendiant tibétain. Société sans caste et donc sans doute plus solidaire. Par contre on trouve parmi eux des « marginaux », revendeurs de charas, alcooliques ou portés à « taper » le touriste trop aimable ou trop poli. Ils ne sont pas très différents des marginaux occidentaux. Alors que les Indiens sont plutôt directs et parfois agressifs lorsqu'ils sollicitent, lesTibétains seront comme en général les mongoloïdes, les Vietnamiens par exemple, plus discrets dans leurs approches. Ils ne passent à la caisse, ou aux sollicitations d'un autre type, que lorsqu'un lien de sympathie suffisant a été établi. Ce qui peut prendre un peu de temps. Les jeunes cherchent en général une « girl friend » européenne, américaine, australienne ou japonaise, ou un mécène quelconque qui puisse leur faciliter l'obtention d'un visa vers un pays développé. Beaucoup ne sont intéressés que par l'anglais et négligent l'hindi et le chinois.



De la part des moines – qui cherchent aussi des mécènes, ou mieux, des disciples ayant les moyens – il faut aussi s'attendre à des sollicitations plus directes – n'est-ce pas pour la bonne cause ? – au bénéfice en général des communautés monastiques locales. De ce dernier type de sollicitation, l'épisode de Tashi que je relate un peu plus haut (17 octobre) est la parfaite illustration.



Le 20 novembre 2010



Le bilan des années Nitish au Bihar a beau être largement positif par rapport aux « années sombre » de Lalu Prasad – dans les domaines de la sécurité, de la qualité des routes et dans une moindre mesure de l'éducation – les investissements sont encore insuffisants, beaucoup sont encore sans travail, la petite corruption prospère, les coupures de courant sont fréquentes. Cela n'empêche, prédit Rajdeep Sardesai (Hindustan Times, 19 November) que Nitish (JD) sera un des pôles de la politique anti-Congrès, avec Narendra Modi (Gujurat) avec qui il partage beaucoup de traits – austérité, intégrité personnelle et caractère autoritaire – bien que ce dernier se situe à l'autre extrême du spectre politique (aile droite du BJP),



*



Raghav Bahl (Idem, « China is ahead, but India can catch up ») rappelle que lorsque Deng Xiao Ping mit la Chine sur la voie des réformes, son économie était moins importante que celle de l'Inde. La Révolution culturelle avait détruit les institutions économiques, il n'y avait ni banque centrale, ni bourse ; les universités étaient vides ; il n'y avait plus de tribunaux et les purges avaient décimé la profession des avocats.



Trente ans plus tard le PNB de la Chine est quatre fois supérieur à celui de l'Inde (5 contre 1, 25 trillions de dollars).



Comment et pourquoi ? Un cocktail de politiques inspirées en même temps de l'Union soviétique dont certains s'attendaient, dans les années 70, à ce qu'elle dépasse les USA, et du Japon. De la première « l'art d'extraire à bon marché – main d'oeuvre sous-payée - des surplus colossaux et de les accumuler dans les mains de l'état pour les revendre au taux du marché international ou les réinvestir massivement en infrastructures, éducation et soins de santé. Du second un strict contrôle de l'immigration et des investissements étrangers. Aucune autre nation – même occidentale – n'a tiré de la pauvreté un aussi grand nombre de gens en aussi peu de temps.



Comment l'Inde peut-elle rattraper ce retard ? En investissant de manière prévisionnelle, entre autres en matière de routes, éducation et soins de santé, et en s'ouvrant d'avantage aux capitaux étrangers, prêche l'auteur de The Amazing race between China's Hare and India'a tortoise.



Au début du 21e siècle les PNB respectifs de l'Inde et de la Chine étaient équivalents. L'Inde avait alors l'avantage d'institutions solides, avantage qu'elle a conservé. Conclusion, l'économie chinoise serait quatre fois supérieure à l'économie indienne mais aurait sur cette dernière moins de 10 ans d'avance. Car, d'après ce raisonnement, la solidité institutionnelle de l'Inde devrait lui permettre de rattraper rapidement son retard sur la Chine si elle en appliquait les recettes en matière d'investissement en matière d'infrastructures.



Cette projection ne me paraît guère solide. Car si elle intègre les variables « institutionnelles » elle ignore les variable culturelles et sociétales : la structure de castes isole les sous-groupes sociaux les uns des les autres, quand elle ne les jette pas les uns contre les autres, empêchant que se développent entre eux transactions économique ou financières, mariages et émergence d'un sentiment du « bien commun ». Tant qu'à présent, entre l'intérêt d'un État conçu comme une grappe de nations ou autres identités, et celui de sa caste ou de sa tribu, l'Indien choisit toujours le dernier. C'est de cette attitude que provient une corruption gangrénant un tissu social déjà fragmenté. En Chine par contre, s'il existe aussi des ethnies et groupes linguistiques, dont un dominant, les Han (80%), aucun interdit n'empêche les mariages inter-ethniques



Rendant compte de l'étude The Drivers and Dynamics of Illicit Financial Flows from India de Dev Kar, économiste ayant travaillé pour le FMI, le Times of India (20 novembre 2010) calcule que depuis la libéralisation de l'économie indienne en 1991, quelque 9,6 trillions de INR – valeur actuelle : 21 trillions de INR – en flux financiers illégaux (évasion fiscale, corruption, contrefaçons, trafic d'êtres humains et autres activités criminelles) dont 72% seraient à présent en dehors de l'Inde, auraient échappé au contrôle de l'état. De quoi commente le journal effacer la dette extérieure du pays telle qu'en 2008 tout en laissant 10,5 trillions de INR disponibles pour des investissements sociaux.



Le 22 novembre 2010



L'enquête sur les responsabilités du chaos qui a précédé les jeux du Commonwealth et les irrégularités qui y ont contribué semble avoir ouvert la boîte de pandore des reproches et accusations mutuelles non seulement entre le Congrès (auquel appartiennent tous les officiels chargés de la préparation des Jeux) et le BJP, mais aussi à l'intérieur du Congrès où Keshava Rao, sénateur de l'Andhra Pradesh, reproche à Manmohan Singh de n'être que le porte-parole (rubber-stamp) de Sonia Gandhi. Ce dernier reproche émane plus souvent du BJP.



Dans la majorité des scandales y compris les plus récents, (2G scam) – allocation de spectres de diffusion à des sociétés de télécommunication ne remplissant pas les conditions d'éligibilité – et Adarsh – vente à des politiques et haut-gradés d'appartements destinés à des veuves ou orphelins de guerre avec la complicité du Premier de l'état du Maharashtra, ce sont des hommes du Congrès qui sont visés. Kalmadi et ses assistants le sont pour le rôle joué dans l'impréparation des Jeux et les détournements de fonds s'y ajoutant, A Raja, ministre fédéral des télecoms, pour le 2G scam, Ashok Chavan Premier ministre du Maharashtra pour le site Adarsh de Colaba. Ces deux derniers viennent d'être poussés à la démission et Kalmadi pourrait ne pas tarder à les suivre.



Le Congrès a répliqué en mettant en cause Yeddyurappa, Premier Ministre BJP du Karnataka pour avoir facilité la vente de terrains à des prix de faveur à ses enfants.



Depuis quelques jours la presse est pleine des échos de cette grande lessive.



« L'Inde contemporaine » formule de manière saisissante Srivatsa Krishna « se caractérise par une économie du 21e siècle, dirigée par une classe d'entrepreneurs du type « robber-baron » (baron voleur) sortie tout droit du 14 e siècle et soutenue par une bureaucratie fonctionnant comme au 19 e siècle. Il ironise entre autres sur le scandale 2G où « A Raja a pillé les comptes de l'état en attribuant une ressource rare à des compagnies qui ne sont pas capables de faire la différence entre une tour de télécommunication et la Tour penchée de Pise » (Times of India, 21 novembre).



Sur la même page est analysée comment le « système » fonctionne. Les fonctionnaires, plus compétents que les politiques, y joueraient un rôle crucial. Ce sont eux qui s'intermédieraient « pour guider pas à pas les politiques élus et les ministres » dans le dédale des réglementations pour contourner ces dernières au bénéfice des demandeurs, et au leur propre. Certains des fonctionnaires des départements les plus lucratifs – droits de douane et taxes sur le revenu – seraient multi-millionnaires. En effet aucun parti politique ne pourrait fonctionner sur son budget officiel sans recours à de l'argent sale. Les babus, fonctionnaires d'une administration « suprêmement intelligente » et les netas (politiques) ont mis en place un système où la politique, les élections et tout ce qui les entoure ne sont possibles que grâce à des quantités massives d'argent noir. Dans ce système, les babus sont la pièce centrale car ils sont quasiment « invincibles ». La sanction pour un politicien convaincu de corruption est immédiate : ils sont acculés à la démission et perdent la confiance du public, ce qui complique leur ré-élection. Pour les militaires également la sanction suit en général rapidement la conviction. Mais les babus sans qui aucun de ces marchés véreux ne seraient possible, avec la complicité d'une police achetée ou aux ordres, restent intouchables, comme s'ils vivaient « sur une autre planète ». L'opinion cependant commence à y voir clair et pas seulement celle du grand public. Un groupe de jeunes élus se serait récemment scandalisés de l'apparente immunité dont bénéficieraient les fonctionnaires sans la complicité active desquels le scandale immobilier Adarsh – (Colaba Mumbai) sur un terrain appartenant au Ministère de la Défense – n'aurait pas été possible.



Le Sunday Times (November 21) annonce l'arrestation par le CBI dans une ashram de Haridwar (Central Bureau of Investigation, équivalent du FBI américain) de Aseemanand, alias Jatin Chatterjee, leader du groupe extrémiste hindou (saffron activist) Abhinav Bharat, actif surtout dans la « re-conversion » de chrétiens indiens à l'hindouisme au cours d'un rituel bizarrement inspiré de celui du baptême chrétien et consistant en un bain dans des sources d'eau chaude. Plus grave le groupe est aussi soupçonné d'être à l'origine d'attentats anti-chrétiens dans des zones tribales et anti-musulmans à Hyderabad et Ajmer.



Sur la politique du Bihar et la probable ré-élection de Nitish, Swaminomics (Ibidem) rappelle que sous Lalu Prasad Yadav, le Bihar rendait au Centre des milliards de roupies non investies chaque année cependant que les routes, les lignes électrique et les écoles se dégradaient. Cela ne l'empêcha pas de gagner les élections trois fois de suite. En effet les Yadavs et les musulmans, son électorat de base, constituaient ensemble 28% de l'électorat auquel il suffisait d'ajouter 7 à 8 % de voix achetées pour s'emparer du pouvoir au Bihar. Les Yadavs et leurs « Muslim goons » (milices de casseurs musulmans) dominèrent la politique de l'état pendant 15 ans. Résultat : qui introduisait une demande de permis de bâtir ou de conduire recevait le soir même une menace d'enlèvement. L'activité économique déclina et plus personne n'osait sortir après 18 heures.



L'Inde s'est jointe à la Chine pour voter contre une résolution de l'ONU stigmatisant le Myanmar pour ses violations des Droits de l'Homme. Elle a de même qualifié de « pas important dans la bonne direction » les récentes élections que les termes de la résolution décrivent comme «  not free, fair, transparent and inclusive » (Times of India, 21 novembre).



L'armée pakistanaise est la principale menace visant le Pakistan écrit Shaun Gregory (Univ. of Bradford, UK). Comme la garnison du Deserto dei Tartari de Buzzati elle a fait croire au peuple pakistanais en une menace indienne qui n'a jamais existé. Une telle propagande n'a comme but que de perpétuer son emprise sur la société pakistanaise et sa prétention au contrôle d'une énorme partie des ressources nationales (Idem).



*



La température a bien diminuée de 5° en quelques jours. Il fait de plus en plus froid et humide. Les matinées et début d'après-midi étaient jusqu'il y a peu restés ensoleillées jusqu'à 16 heures. La grisaille maintenant envahit de plus en plus souvent le ciel dès la fin de la matinée. C'est le cas aujourd'hui.

Les touristes se font rares, les marchands cachemiri ont baissé leurs volets pour les suivre au Kérala ou ailleurs dans le Sud et une ambiance hivernale s'installe dans les rues de Mac Leod.

jeudi 18 novembre 2010

La diaspora chinoise et le Dalaï Lama

Le 17 novembre 2010



Deux proches collaborateurs de Kalmadi (président du CO des jeux du Commonwealth) ont été arrêtés hier. Darbari et Mohindroo sont soupçonnés d'avoir trafiqué des e-mails afin de masquer les conditions irrégulières – pas d'appel d'offre et tarifs sur-évalués – d'un contrat portant sur la location de véhicules et la réalisation de films, entre le CO et une firme londonienne, propriété d'un nommé Patel, d'origine indienne, dans le cadre de la phase britannique (Queen's Baton Relay) des jeux en Octobre 2009 (The Tribune, 16 novembre 2010).



R.S. Bedi (Idem, p. 8) s'attarde sur l'efficacité des menaces américaines au Pakistan de « sévères conséquences si d'autres tentatives d'attentats visant les USA sur son territoire et provenant d'individus ou organisations basées au Pakistan devaient réussir » adressées par la bouche de Hilary Clinton au début de 2010 et préconise la même franchise de la part de l'Inde vis-à-vis de son voisin dont la menace de riposte nucléaire à toute incursion ou action indienne en territoire pakistanais ne serait que bluff.



Le vote des musulmans indiens a longtemps été surtout guidé par une priorité : empêcher l'accès du BJP (droite hindoue) au pouvoir. Dans ce but, l'électorat musulman a porté son vote sur le Congrès, puis après l'État d'Urgence, sur différents partis de « gauche » : Janata, Samajwady Party, RJD et BSP. Cela serait en train de changer, le BJP tentant d'attirer la nouvelle classe moyenne musulmane en laissant à l'extrême-droite (RSS) et ses épigones les thèmes identitaires (Idem, pp 8-9).



La 16e tentative d'élection d'un Premier ministre au Népal s'est comme les précédentes soldé par un échec et le 17e tour vient d'être reporté au 19 novembre. Le pays serait au bord d'une crise financière (Idem, p. 13).

L'épouse d'un musulman ayant prononcé la formule rituelle de répudiation à son égard devient « haram » (interdite) pour son époux, même si cette formule (talaq) a été prononcée sur le mode de la plaisanterie. Il en va de même si, le talaq ayant été prononcé au téléphone dans de mauvaise conditions d'écoute, l'épouse ne l'a pas entendu ou compris. Telle est la fatwa qui vient d'être prononcée par le Dar-ul-Uloom Deoband, cour de justice musulmane pratiquant une des interprétations les plus strictes de la charia (Idem, p. 18).



Le ministre de l'Industrie (Corporate Affairs) Salman Khurshid aurait admis que Sonia Gandhi représentait le « vrai pouvoir » au sein de l'UPA (alliance de centre-gauche menée par le Congrès). Cela n'empêche cependant pas, a-t-il précisé, que Manmohan Singh soit aussi le « vrai Premier ministre ».



*



Le dernier scandale (2G scam) fait suite à l'octroi par l'ancien ministre fédéral des télécommunications, A Raja, en 2008, de 85 licences d'exploitation accordées à des compagnies de télécommunications sans appels d'offres « dans un contexte marqué par l'arbitraire et le manque total de transparence … où les règles et procédures ont été ignorées » causant 10, 760.000 millions de INR de pertes pour les caisses de l'État. L'opposition réclame une enquête parlementaire, refusée par l'UPA, la coalition au pouvoir, qui préfère confier l'enquête au Public Accounts Committee (Times of India).



Plus intéressant – la corruption n'étant pas le privilège de l'Inde – quatre Chinois vivant aux USA et au Canada où ils représentent diverses associations militant pour la démocratie en Chine, viennent de rencontrer les représentant de l'Administration Centrale Tibétaine à Dharamsala. Parmi eux Xiang Xiao Ji, un des leaders du mouvement étudiant de 1989, apporte son soutien à l'approche de « la voie moyenne » défendue par le Dalaï Lama pour aboutir à une vraie démocratie en Chine et une authentique autonomie du Tibet. Bien que reconnaissant le droit des Tibétains à l'indépendance, « dans notre intérêt commun à long terme, une très large autonomie est préférable » précise Xiang Xiao Ji, répétant que pour atteindre ce but, l'approche de la « voie moyenne » est la plus susceptible d'enregistrer des progrès (Idem).



Dans le Hindustan Times (p. 7) NC Saxena rappelle que le taux de croissance élevé de l'économie indienne ne doit pas faire oublier des indicateurs sociaux inquiétants. En particulier le taux de mortalité infantile est supérieur à celui du Bangladesh (54 contre 47/1000 ; le taux de mortalité des femmes en couches lui est à peine inférieur (256 contre 320 pour 100.000 accouchements) ; le taux d'analphabétisme reste le plus élevé du monde (38 % contre 6,3 % pour la Chine et 7,5 pour le Vietnam) tandis que seulement 28 % de la population jouit de conditions d'hygiène et d'accès suffisant aux soins de santés contre 86% au Sri Lanka, 65% en Chine et au Vietnam, et 36% au Bangladesh. La moitié des enfants souffre de malnutrition.



Le 18 novembre 2010



On a découvert l'année dernière l'existence en Afghanistan de gisements non seulement de métaux courants – fer, cobalt, cuivre, or – mais aussi de métaux critiques pour les industries modernes, tellement importants que ce pays pourrait devenir un des premiers centres miniers du monde.

Les Chinois (CMG : China Metallurgical Group) ont été parmi les premiers à sauter sur la balle en investissant 4 milliards de dollars pour acquérir les droits d'exploitation de la mine d'Aynak dans la province de Logar. Le gouvernement afghan soucieux sans doute de diversifier les sources d'investissement invite à présent l'Inde, avec lequel, ainsi que la population afghane en général, il entretient de bonnes relations, à lui faire des propositions. L'Afghanistan espère de l'Inde des investissement d'exploitation mais aussi ses experts en géologie et ingénierie minière. L'appel d'offre court jusqu'à la mi-juillet 2011 (The Tribune).

lundi 15 novembre 2010

La guerre contre le terrorisme impossible à gagner ?

Le 15 novembre 2010




Headley, alias Gilani, emprisonné au USA pour son rôle dans l'attentat de Mumbai en 2008, aurait eu l'habitude d'entraîner ses enfants à la guérilla urbaine, leur enseignant entre autres à « rouler en position de tir » dans un parc de Chicago où il résidait. Cela attira l'attention de la police locale, qui ne se contente plus de poursuivre les trafiquants de drogue et gangs locaux mais aussi les terroristes potentiels. Il fut arrêté en 2009 alors qu'il préparait un attentat au Danemark (Times of India, 14 novembre 2010)



La marine indienne, pour la 19e fois depuis qu'elle a commencé en 2008 à déployer des navires de guerre dans le Golfe d'Aden afin d'empêcher l'attaque de navires marchands par des pirates de la côte est-Africaine, est venue au secours d'un navire à l'équipage ukrainien et philippin attaqué à 450 miles nautiques de Mumbai, réussissant à mettre les pirates en déroute sans toutefois pouvoir les identifier. Le phénomène de la piraterie maritime ne se limite plus essentiellement aux côtes d'Afrique de l'Est mais se rapproche des eaux territoriales indiennes (idem).



Le Hindustan Times (15 novembre) annonce que le Secrétaire général du BJP a déclaré à Shimla que le Congrès a toujours trahi les dalits qui se tournent de plus en plus vers le BJP (droite hindouiste). Il accuse aussi le Congrès d'avoir détourné 7, 65 milliards de roupies destinés à l'aide aux SC (scheduled castes : castes bénéficiant de quotas) et de se préparer à appliquer les conclusions du rapport du Rang Nath Mishra Committee préconisant l'octroi de quota aux dalits chrétiens, ce à quoi le BJP s'oppose avec véhémence.



Osama Bin Laden aurait nommé Saif al-Adel commandant des opérations d'Al Quaeda en Occident. Saif al-Adel avait critiqué en 2002 l'attaque du 9/11 à New York prédisant que l'inévitable réaction des USA priverait Al Quaeda de sa seule base territoriale sûre en Afghanistan. Il serait le concepteur de la stratégie de Mumbai (commandos urbains) ainsi que de celle des colis piégés envoyés par cargo. Son but est de démoraliser l'ennemi en persuadant l'opinion publique occidentale que la guerre contre le terrorisme ne peut être gagnée (Times of India, 15/11).



Relayant le Sunday Telegraph (Londres) le Hindustan Times (15/11) rapporte que le général David Richards, commandant des forces armées britanniques aurait prédit qu'Al Quaeda ne serait jamais défait complètement. Sur CNN (14 novembre) le même a formulé la même opinion disant que le phénomène de l'extrémisme islamiste durerait au moins quelques décennies mais que cela n'était pas très important tant que les états restaient capables de le contenir.



A l'approche de la réunion à Wuhan, Chine, de la trilatérale RIC (Russie, Inde, Chine) censée faire le point sur l'Afghanistan et le programme nucléaire iranien et discuter de l'acceptation de l'Inde comme membre de la SCO (Shanghai Cooperation Organization) où elle est déjà observateur, le Pakistan déclare avoir reçu de Beijing l'assurance que la Chine ne veut pas de l'Inde comme membre permanent du Conseil de Sécurité. La position officielle de la Chine à ce sujet est qu'elle est prête à en parler. Vishnu Prakash porte-parole du ministre des Affaires étrangères indien rétorque que l'Inde bénéficie d'un profil impeccable pour assumer le rôle de membre permanent du CS (Times of India, 15/11).

dimanche 14 novembre 2010

Tibetan Review, Novembre 2010

Le 14 novembre 2010




Le numéro de novembre du mensuel Tibetan Review commente l'extension de la liaison ferroviaire Qinghai-Lhasa vers Shigatse – deuxième ville tibétaine, au voisinage de l'Everest, résidence officielle du Panchen Lama  – dans le Sud-Est du Tibet, ce qui étend le réseau jusqu 'au voisinage immédiat du Népal, du Bouthan, du Sikkhim et de l'Inde (Arunachal Pradesh). Si cette nouvelle liaison accélérera le développement économique et social de cette partie du Tibet, il y facilitera aussi la poursuite de l' immigration Han et la marginalisation accélérée des autochtones. La majorité des commerçants de Shigatse est déjà composée de Chinois.

Le Népal aurait invité la Chine à connecter cette extension avec la frontière népalaise (Nyalam, 400 km) et ensuite Katmandou (120 km). La police de ce pays a par ailleurs enlevé les urnes électorales à l'issue du vote des résidents tibétains (3 octobre) pour l'élection du « gouvernement tibétain en exil ». Le représentant du Dalaï Lama à Washington, Lodi Gyari, a déclaré qu'il était de notoriété publique que les représentants de la Chine à Katmandou ne se gênaient pas pour donner des ordres aux autorités népalaises sans aucune considération pour la souveraineté du pays. Il se demande si « le Népal est déjà devenu lui aussi une « région autonome chinoise ».



Une carte de Augustus Mitchell (1869) traçant exactement la frontière du Tibet, clairement identifié comme un pays distinct de ses voisins, et donc de la Chine, a été offert au Dalaï Lama par l'Université Emory et les Milklian Antiquarian Maps.



Le magazine rapporte la déclaration (6 octobre) du Ministre indien de la Défense AK Antony qualifiant de « fiévreux » le rythme de l'accroissement des capacités militaires chinoises aux frontières de l'Inde et soulignant la nécessité de la vigilance.



Le 9 novembre Yahoo-India faisait écho aux craintes de l'ancien ministre de la défense Mulayam Singh Yadav (Samajwadi Party) remarquant que les quatre contentieux frontaliers en Himachal Pradesh, Ladakh et Uttaranchal à l'Ouest de l'Himalaya et en Arunachal, à l'est de la chaîne montagneuse pouvait, étant donné l'accroissement de ses capacités logistiques et de transport, fournir à la Chine les prétextes lui permettant de passer à l'offensive n'importe quand.



Mais la Tibetan Review rapporte également les déclarations du Premier chinois, Wen Jiabao – minoritaire au sein du Comité permanent du Politburo – à Fareed Zakaria (CNN-GPS) suivant lesquelles « on ne peut résister longtemps aux souhaits et la volonté du peuple … il était futile de repousser l'évolution vers plus de démocratie et de liberté … et que dans ce contexte, la liberté d'expression serait inévitable... ».

samedi 13 novembre 2010

Bilan de la visite d'Obama. La Chine et la démocratie. Parano singhalaise

Le 10 novembre 2010




Suite au soutien américain, confirmé par Obama au cours de sa visite indienne, à la candidature de l'Inde à un siège permanent au Conseil de Sécurité, la Chine déclare comprendre les aspirations de Delhi à jouer un rôle plus important dans les débats des Nations Unies et être prête à des consultations sur le sujet de la réforme de l'organisation internationale mais ces consultations devraient être « démocratiques et patientes » insiste-t-elle.



L'usage du terme « démocratique » dans ce contexte est remarquable. Malgré les qualificatifs « démocratique et populaire » habituellement associés au régime de la PRC, la démocratie n'est pas un des concepts à auxquels les représentants de la dictature du prolétariat recourt légèrement.



Depuis l'accession récente de la Chine au rang de deuxième, voire première, économie mondiale, pour la première fois sans doute depuis sa victoire sur les nationalistes, le Parti communiste chinois se voit dans une position où son pouvoir et les formes de son exercice sont débattus et éventuellement critiqués dans le cadre des institutions internationales. Cela doit le changer de la passivité tant du peuple chinois que des membres du Parti vis-à-vis de ses instances supérieures. L'exposition aux règles et moeurs de la démocratie de débat – à distinguer du « centralisme démocratique » de la scolastique communiste – à partir d'une position dominante et responsable, finira-elle par y rôder l'Empire du Milieu ? Et combien de temps cela prendra-t-il avant qu'il finisse par en appliquer les règles en Chine même ?



A propos de la candidature de l'Inde au NSG (Nuclear Suppliers Group : Groupe des pays fournisseurs de matériel nucléaire) le Ministre chinois des Affaires étrangères a ré-affirmé que « tous les pays doivent respecter leur obligations en matière de non-prolifération » (Hindustan Times).



*



VK Singh, général en chef de l'armée indienne visite le Tadjikistan afin d'y renforcer la coopération bilatérale, particulièrement en matière de défense et de sécurité, dans ce pays du voisinage proche de l'Inde. Le Tadjikistan est aussi voisin du Nord de l'Afghanistan et pas très éloigné de la région contestée de Gilgit-Baltistan (territoires du Nord) administrés par le Pakistan.



*



La victoire des Singhalais sur les Tamouls ne semble pas avoir rendu les premiers moins paranoïaques. D'après Sutirtho Patranobis (idem : "Sleepless in Colombo") le gouvernement de M. Rajapakse aurait l'intention de nettoyer l'île de toutes intoxications, qu'elles soient par l'alcool, la marijuana, ou toute autre drogue illicite, mais aussi le tabac et le blé... La vente de produits à base de blé aurait été récemment interdite dans les administrations, les hôpitaux et les écoles. Manger du riz est patriotique ! À quand l'interdiction du café ?



*



Le 11 novembre 2010



Headley a pu entrer en Inde en 2009 avant l'attentat de Mumbai, alors que ses épouses avaient alerté les autorités américaines de ses connections terroristes entre 2005 et 2008, parce que l'information n'avait pas atteint les services consulaires américains qui n'ont pas réalisé avant 2009 que David Headley et Daood Gilani étaient un seul et même individu. Les passeports américains n'indiquent pas l'identité précédente suite à changement de nom. Si les agences consulaires indiennes avaient été conscientes que Headley était d'origine pakistanaise et avait changé de nom, elles auraient regardé à deux fois avant de lui accorder les visas pour ses nombreuses visites en Inde (Times of India).



Des cadres de l'organisation terroriste pakistanaise LeT (Lashkar-e-Taiba) auraient au début de cette année 2010 assisté à des réunions du CPM (maoïstes) en Orissa (idem).



Faisant un bilan positif de la visite d'Obama – levée des contrôles à l'exportation de matériel « sensible » ; support de la candidature indienne au Conseil de Sécurité ; injonction au Pakistan de punir les auteurs de l'attentat de Mumbai et de démanteler les groupes terroriste opérant à partir de son territoire ; collaboration dans les domaines de l'éducation supérieure, des énergies renouvelables, des technologies agricoles, de la lutte anti-terrorisme, et de l'exploration spatiale – Swagato Ganguli (idem, p. 12) poursuit en méditant sur le paradoxe des pays de culture nord-europénne dont l'éthique protestante (protestant work ethics) – valorisation de l'initiative privée, frugalité, et report des gratifications immédiates en vue de futurs bénéfices – après avoir assuré leur prospérité s'est vue diluée dans le confort de l'état-providence. Cette éthique du travail et du risque, ce serait à présent en Asie qu'on la trouve à l'œuvre. Il cite Mc Kinsey, d'après qui la population de l'Inde devrait s'accroître de 30 % d'ici 2025, mais sa «classe moyenne » de 1000 % sur la même période.



Le 12 novembre 2010



Relayant une information de CNN, le Times of India annonce que le successeur d'Osama Bin Laden serait un Cachemiri, Ilyas Kashmiri, concepteur de la stratégie des attaques de commandos urbains comme à Mumbai. Il serait actuellement l'homme le plus recherché par les agences contre-terroristes de trois continents.



Le 13 novembre 2010



Sudarshan, ancien cadre du RSS (extrême-droite hindouïste), qualifié par le Congrès de « homme malade au cerveau fossilisé » aurait accusé Sonia Gandhi d'avoir comploté l'assassinat d'Indira et de Rajiv Gandhi, sa belle-mère et son fils aîné, ainsi que de travailler pour la CIA (Times of India).



Le gardien de goal chinois Wang Dalei aurait qualifié ses supporters de « chiens » et de « crétins » suite à leurs réactions après la défaite de la Chine face au Japon. Commentant l'incident, Liu Peng, président du CO chinois a déclaré que « il est pardonnable de perdre un match... mais impardonnable d'insulter ses supporters ». Wang Dalei a été suspendu (idem).

jeudi 11 novembre 2010

Inde et USA (suite). Le Dieu du védanta. Le Yémen futur Pakistan ?

Le 8 novembre 2010




Les USA peuvent faciliter une trève indo-pakistanaise, non l'imposer, déclare Obama à New Delhi, conseillant de commencer par régler les questions les moins sensibles avant d'aborder le contentieux cachemiri, rapporte le Times of India, tandis qu'un contributeur anonyme (p. 6) cite un des otages du Taj pour qui « cette visite ne signifie rien tant que les USA ne livrent pas Headley-Gilani à la justice indienne ». Indrani Bagchi (p. 7) se demande d'ailleurs à quoi peut servir un avion de reconnaissance en mer fourni par les USA alors que le Pakistan n'a pas de marine.



Une courte bande dessinée (idem) montre dans une première image deux Yéménites commentant « Tu as entendu ? Al Quaeda au Yémen a essayé de mettre des bombes sur des avions cargo à destination des USA ? » dit l'un. « Youpie ! » répond l'autre dans une deuxième image, « tu vois les implications ? » avant de poursuivre dans la troisième et dernière image : « Nous allons pouvoir, comme le Pakistan, réclamer 2 milliards de dollar par an pour combattre le terrorisme ! »



Un remarquable billet sur Dieu, la physique et le védanta, « Finding a Sustainable God » résume admirablement la théologie du védanta (école orthodoxe de l'hindouïsme). 
Dieu est-il mort et enterré ? se demande l'auteur du billet. Oui et non. Le vieux Dieu, celui qui est en dehors des choses (the outsider) ne tient pas la route [car] nous savons que l'espace, étant infini, n'a pas d'extérieur où Dieu pourrait se tenir. Dieu pourrait-il alors résider à l'intérieur de l'espace ? Pas d'avantage car l'espace et tout ce qui s'y trouve sont fait de la même substance, les galaxies, étoiles et planètes n'en étant que des densifications. À cause de cette densité plus grande leur expansion ralentit et elles restent en arrière [par rapports à la substance moins dense, un peu comme des grumeaux dans une soupe gazeuse]. Un Dieu résidant dans l'espace n'est pas d'avantage imaginable car il y serait comme une tache ou un défaut [un grumeau parmi d'autres]. Si Dieu n'existe ni dans ni en dehors de l'espace, Dieu ne peut exister et n'existe pas, continue KM Gupta. Dieu pourrait-il résider dans l'esprit, poursuit-il ? Pas d'avantage car – citant Spinoza – la substance pensée et la substance pensante [la nature naturée et la nature naturante] sont identiques. Dieu ne peut donc d'avantage « prendre pied » dans l'esprit humain. Par conséquent le seul Dieu qui tienne la route (sustainable) est l'Univers lui-même, conclut-il. Si l'on accepte cette définition on échappe à l'athéisme. Mais ce Dieu ne crée ni ne gère l'univers. L'Univers se crée, se gère et se dissout lui-même à cause de nécessités mathématiques ou géométriques. Le Dieu du Védanta, Brahman, n'est autre que cette substance globale traversant éternellement des cycles d'expansion et de contraction. L'auteur conclut par cette citation de la Chandogya Upanishad : Tout ce qui existe dans l'espace vient de l'espace, subsiste dans l'espace et se dissout dans l'espace.



The Tribune retient des déclaration d'Obama celle suivant laquelle l'engagement du Pakistan contre le terrorisme est insuffisant, ni rapide ni efficace assez. Sur le front économique c'est le déséquilibre des échanges qui retient l'attention et la déclaration du Président des USA suivant laquelle les Américains ne comprendrait pas que l'Inde puisse continuer à leur vendre ses produits sans réciprocité.



La perspective de vente de matériel militaire américain ne doit pas nuire aux échanges anciens entre la Russie et l'Inde - avions de combat Sukhoi 30 et tanks T-90 - non plus qu'aux projets pendants (missiles de croisière et avion de transport) note Ajay Banerjee (idem) :. Les USA fourniront huit avions de reconnaissance maritime et anti-sous-marins. Les moteurs de l'avion de combat léger Téjas (indien) seront équipés de moteurs General Electric (GE 414). [Parmi les fournisseurs traditionnels de l'Inde – et qui le resteront sans doute – il faut aussi compter la France et Israël].



« The Talibans' social wars » (idem) rappelle que la guerre des terroristes pachtounes est aussi culturelle. Ils ne s'en prennent pas seulement aux Américains et à la culture occidentale mais aussi, au nom de l'intégrisme wahabite, à la culture traditionnelle pachtoune, particulièrement à son droit ( pashtunwali) et à ses tribunaux (jirga) tribaux coutumiers, ainsi qu'à sa littérature et à sa poésie. Les minorités chiite, soufiste – très importante au Pakistan comme dans l'islam indien – ainsi qu 'ahmadi, sont aussi leur cible. Leur objectif ? Imposer un islam pur tel que défini par le wahabisme, en Afghanistan d'abord, au Pakistan ensuite.



Le 9 novembre 2010



« Obama backs India for UNSC Seat » titre en première page le Times of India. Le Président américain insiste aussi sur la nécessité, pour le Pakistan de cesser d'abriter des groupes terroristes et de poursuivre les auteurs de l'attentat de Mumbai, et pour l'Inde d'engager des pourparlers avec le Pakistan. Manmohan Singh répond que cela est impossible tant que son voisin se réserve le recours au terrorisme comme moyen de pression.



Cela n'empêche pas que « Pak ou pas Pak , la visite d'Obama est certainement un grand succès ». Telle est la conclusion de Rajeev Deshpande (idem) aux trois journées indiennes de Barak et Michelle Obama.



Rajat Pandit (idem) rappelle qu'à côté des livraisons de matériel militaire les USA et l'Inde ont conduit 60 manoeuvres et wargames (simulations de combat/ jeux de guerre) conjoints au cours de la décennie écoulée et qu'en ce moment même, 200 soldats indiens sont en Alaska pour prendre part aux exercices Yudh-Abhyas/ Balance Iroquois, et que 90 officiers indiens suivent des formations aux USA.



Dans « The Eagle Has Landed » (idem) Harsh V Pant (King's College, Londres) souligne que malgré la chute de tonus de l'économie américaine et les récents déboires électoraux des Démocrates au Congrès, les USA restent le principal facteur d'équilibre géo-politique et stratégique en Asie du Sud et du Sud-Est. Aucune des puissances de la région – Japon, Corée du Sud, Indonésie – ou des pays encore émergents comme le Vietnam ne veut d'une Chine dominante. L'auteur remonte à 2009 lorsque qu'un Obama récemment élu cultiva d'abord la relation USA-Chine, allant jusqu'à imaginer un G2 gérant l'équilibre en Asie-Pacifique. La Chine, super-pouvoir potentiel, analyse l'auteur, commença alors à se comporter comme un super-pouvoir effectif. Elle réagit très mal à la fourniture à Taïwan d'armements américains pour une valeur de 6, 5 milliards de dollars, puis refusa de condamner la destruction d'un navire sud-coréen par la Corée du Nord en mars, ainsi que de s'excuser lorsqu'un navire chinois viola les eaux territoriales japonaise, ré-itérant au contraire ses prétentions sur toute la Mer de Chine du Sud, prétentions contestées par six pays : Japon, Taïwan, Philippine, Vietnam, Indonésie, Malaisie. De tous ces pays, l'Inde était sans doute le plus difficile à convaincre de l'opportunité d'un renouvellement ou d'une approfondissement de leur alliance avec les USA. C'est maintenant chose faite.

lundi 8 novembre 2010

Vers une alliance stratégique Inde-USA ?

Le 3 novembre 2010




La session des Comités locaux du Parti du Congrès (All India Congress Committee : AICC) réunie hier pour ratifier la réélection de Sonia Gandhi à la tête du parti, a autorisé cette dernière à nommer des membres du Congress Working Committee (Comité directeur) instance suprême du parti. Le Hindustan Times (3 novembre) remarque qu'aucune mention n'a été faite des récents scandales liés aux Jeux du Commonwealth et à l'arnaque relative au complexe immobilier Adarsh (Mumbai), où la plupart les soupçons visent en général des membres du Congrès. Le Parti s'est par contre concentré sur la ré-itération de son opposition à toute utilisation de ou des religions à des fins politiques, visant particulièrement - suite à la décision de la Haute Cour d'Allahabad partageant le terrain de l'ancienne mosquée Babri à Ayodhya entre deux organisations hindoues et une musulmane - le RSS, nébuleuse de formations de l'extrême-droite hindoue, accusée de terrorisme. « Our policies are about bringing society together, not about breaking it » (Notre politique vise à rassembler la société, non à la fragmenter) a déclaré Manmohan Singh en conclusion de son intervention.



Le même journal fait état d'un incident récent entre touristes singhalais et le personnel de la bibliothèque de Jaffna qui rappelle l'incendie de cette même bibliothèque en 1981 par une foule de Singhalais menée par un politicien du Sud. Cela signifie que la tension entre Tamouls et Singhalais au Sri Lanka est loin d'être dissipée. Cette fois la bibliothèque n'a pas été détruite mais quelque 1500 touristes singhalais à qui l'accès des lieux avait été refusé par le personnel, un séminaire national de médecine s'y déroulant, auraient pénétré de force dans la section « prêts » et saccagé les lieux pendant trois heures avant que la police n'intervienne.



Le 5 novembre 2010



D'après le Times of India, Haedley-Gilani aurait aussi révélé qu'au cours d'un court voyage en Inde à l'occasion d'un match de cricket Inde-Pakistan le 17 avril 2005, auquel assistait le Président-général Musharraf en compagnie du Premier indien Manmohan Singh, Abdur Rehman Hashim, alias « Pasha » – major retraité de l'armée pakistanaise – ainsi qu'un nommé Sajid Majid, auraient procédé à des repérages du National Defence College et de l'Indian Military Academy à Delhi et Dehradun, choisis comme cible d'attaques qui finalement n'eurent pas lieu. Les interrogateurs indiens du NIA qui eurent accès à Headley aux USA auraient aussi révélé que les « jihadis » cerveau de l'attaque sur Mumbay le 26 novembre 2009 auraient tenté d'échanger la libération de Ajmal Kasab, seul survivant parmi les terroristes, contre celle des otages retenus à la Chabad House (Centre juif orthodoxe de Mumbay).



Un entrefilet (idem) annonce que l'état de l'Oklahoma « est le premier état américain à interdire le recours à la charia comme source de droit ».



En page 5, un article au titre triomphaliste, « Obama comes to the New World. India is the future but needs to learn from America's past mistakes » compare cinq des caractères de la démocratie américaine tels qu'énumérés par Tocqueville, que l'on retrouve aussi dans la démocratie indienne :



1. association des concepts de foi et de liberté (liberté religieuse absolue)

2. l'argent comme mesure universelle et unique de la valeur : combien cela va-t-il me rapporter ? (matérialisme)

3. liberté d'expression mais dans certaines limites déterminées par l'opinion de la majorité (conformisme)

4. vulgarité et incompétence des représentants du peuple à la chambre basse ; disposition des politiques y compris du président (ou en Inde du Premier) à tous les compromis afin d'être ré-élus

5. absence de droits minimaux à l'éducation et aux soins de santé gratuits (s'expliquant au début par l'abondance des ressources, l'étendue du territoire et des opportunités qui faisaient défaut en Europe)



Ces caractères, particulièrement le dernier, conclut l'article, aboutissent à présent que les ressources et opportunités se font plus rares, à l'image d'un pays où surnagent des îlots d'ignorance et de pauvreté qui ne conviennent pas à un des pays les plus riches du monde. Scénario que l'Inde devrait éviter.



Sous la rubrique religion/spiritualité (idem) le billet « Universality of Outlook » cite librement Platon : « … nos histoires idées relatives à Dieu, pour aimables qu'elles soient, n'en sont pas moins des fables. Pas une seule d'entre elles n'est complète et définitive » et poursuit «  c'est pourquoi l'hindouisme accepta la multitude des dieux aborigènes, d'abord étrangers à la tradition aryenne, et les justifia … la chasse à l'hérésie est remarquablement absente de son histoire … ce qui compte c'est le comportement et non les croyances ».



De ces propositions j'accepte la première (toutes les religions sont imparfaites) sans réserve. Le Dalaï Lama ne dit d'ailleurs pas autre chose. Quand à la dernière, je dois remarquer que la grande tolérance théologique de l'hindouisme n'a pas empêché une très grande intolérance culturelle et sociale qui aboutit aux castes. Même l'hindouisme est imparfait...



The Tribune note avec inquiétude que l'Inde figure parmi les dix nations (sur 135) dont l'indice de développement humain (HDI) de l'UNDP (PNUD) a le plus progressé au cours des quarante dernières années. mais que si l'on y intègre la variable « inégalités », elle recule de 30% pour se situer juste avant l'Afrique sub-saharienne et après le Népal et le Sri Lanka.



John E. Hill, vieil orientaliste australien (auteur de Through the Jade Gate to Rome. A Study of the Silk Routes during the later Han Dynasty) rencontré mardi dernier au dîner des Dharamsala Expats me raconte qu'il a vécu à Trinidad une partie de son enfance. Les Blancs n'y étant pas assez nombreux (14% de la population), cela laissa aux Noirs leurs chances d'accéder aux professions libérales et à la classe moyenne, jetant les bases d'une société relativement égalitaire, me dit-il. À la Jamaïque par contre où les Européens représentaient 35 %, il occupèrent les meilleures niches professionnelles, en interdisant de facto l'accès aux Noirs et générant une fracture sociale insurmontable. Je lui fais remarquer que cette proportion, 35 %, est également à peu près celle que représentent les hautes castes, brahmines et kshatriya en Inde. Alors qu'en Europe la noblesse ne représenta en général (sauf en Espagne ?) que plus ou moins 10 % de la population, ce qui l'obligea à faire des compromis afin de ne pas être balayée comme elle le fut en France.



Le 7 novembre 2010



Après avoir inauguré son séjour indien par la visite du site de l'attaque du 26/11 à Mumbai, le président Obama est revenu à l'agenda, surtout économique, de cette visite. Des contrats ont été finalisés, surtout dans le domaine de l'aviation civile et militaire, pour une valeur de 50 milliards de dollars. Ils devraient contribuer à financer plus de 50 000 emplois aux USA (Sunday Times, November 7, 2010)



Mais cette coloration officiellement économique – plutôt que stratégique – de la visite du Président américain s'explique par l'actuelle tentative américaine d'amener le Pakistan à un niveau de tolérance zéro vis-à-vis des activités terroristes se déployant à partir de son territoire. Il n'empêche que le contenu stratégique de la relation indo-américaine ne peut être camouflé, allant jusqu'à faire surface dans le discours officiel d'Obama, parlant, à l'heure où le comportement de la Chine indispose ou inquiète ses voisins et partenaires commerciaux, de « l' énorme potentiel inexploité dans la relation indo-américaine … qui pourrait en faire un des axes décisifs du 21e siècle ». Plus substantiellement un des volets des échanges commerciaux entre les deux pays porte sur la levée des interdictions d'achat par des entités indiennes telles que la Defence Research and Development ou la Space Research Organisation, de technologies américaine qui leur étaient jusqu'à présent refusées.

Ce qui, outre de booster les capacités stratégiques et tactiques de l'Inde vis-à-vis du Pakistan et de la Chine, devrait pour les USA, dit Obama, faire de l'Inde le « marché du futur ».



Le Pakistan a nié hier que des centaines de candidats jihadistes - pakistanais, cachemiri et étrangers - visant l'Inde soient entraînés près de Muzzaffarabad, capitale du PoK (Pakistan occupied Kashmir), ainsi que l'avait rapporté la BBC relayant les propos d'un étudiant en ingénierie de Lahore.



« Les USA et l'Inde peuvent-ils être amis ? «  demande Sumit Ganguly (Institute of Defence Studies and Analyses, Delhi), rappelant que depuis son indépendance et au cours de la Guerre froide, l'Inde a la plupart du temps voté à l'ONU, contre les initiatives américaines, avec l'ancien bloc soviétique ou avec le bloc des pays du Tiers Monde, parfois par réflexe plus que par conviction.



La relation entre les deux pays a jusqu'à récemment manqué de substance, note Ganguly. Les échanges commerciaux étaient insignifiants et l'Inde, qui par ailleurs ne constitua jamais une menace pour les USA, achetait à l'Union soviétique la plus grande partie des son armement. Aujourd'hui, continue-t-il, la relation revêt une importance commerciale, diplomatique et stratégique aussi substantielle qu'inédite. Les deux pays ont maintenant besoin l'un de l'autre comme jamais auparavant.



Si l'on considère le volume actuel des échanges entre les USA et la Chine, qui serait dix fois plus important (entre 300 et 500 milliards de dollars) que celui des échanges avec l'Inde (à peine 50 milliards de dollars), il est en effet évident que le potentiel de la relation Inde-USA est sous-exploité.



Sur la même page, Swaminathan Anklesaria Aiyar tourne les militants du Tea Party en ridicule, qualifiant leur vision de claire mais impraticable. Deux ans après avoir défait les démocrates de Bill Clinton en 1994, le public américain – qui n'aime les « tendances gauchères des démocrates » mais rejette aussi la « chirurgie » radicale de la droite républicaine – réélut Bill Clinton comme président. Il accuse aussi la droite américaine d'incohérence et d'hypocrisie, voulant réduire les dépenses publiques et, dans le même temps, augmenter les allocations de santé et de sécurité sociale de l'ancien système au bénéfice des pensionnés (medicare).



« The Thriving God Market » fait la critique de McDonaldization, Masala McGospel and Om Economics de Jonathan D. James où l'auteur compare les télévangélismes chrétiens et hindous en Inde.

On y apprendrait que les lieux de culte et milieux traditionnels, églises ou temples, souffriraient de cette concurrence nouvelle à laquelle les premières reprochent leur approche consumériste et les seconds de contredire le concept de l'hindutva (hindouïté) comme liant identitaire, culturel, et facteur de la cohésion nationale.



J'entends sur CNN l'artiste chinois Ai Wei Wei, en résidence surveillée, déclarer que le Parti communiste chinois représente un danger non seulement pour les Chinois et leurs voisins, mais pour le monde.

mardi 2 novembre 2010

Charme, ruse, duplicité et violence dans l'islam

Le 1er novembre 2010



« Muslims have failed to project true islam » annonce un article de Mohammed Wajihudin dans le Times of India à l'occasion de la visite à Bombay de l'imam soufi Allama Quamruzzaman Khan Azmi, basé à Manchester où il représente la World Islamic Mission (Sunni Dawat-e-Islami) aile missionnaire du Ahle Sunnat Waljamat, organisation sunnite non-wahabite. Les mosquées de cette mouvance ont récemment fait l'objet d'attaques au Pakistan de la part de groupes orthodoxes wahabites (école dominante en Arabie Saoudite) reprochant aux soufis de tolérer le culte des saints. « Ceux qui utilisent le nom de l'islam pour semer la terreur sont ennemis d'Allah et de l'islam » déclare le saint homme. Mais ce missionnaire dont le discours serait semé de « références au Coran, à ses commandements, à la vie du prophète et de ses compagnons » et dont les paroles visent à « calmer les nerfs, guérir les blessures et combler les fossés … à l'encontre des télévangélistes (sic) islamistes » n'en pense pas moins que « Islam is for the world, not just for Muslims » (l'islam est pour le monde, pas seulement les musulmans).



Ou l'imam pakistanais a mal lu son Coran ou, plus habille que ses coreligionnaires wahabites – Osama Bin Laden est wahabite comme la majorité des Saoudiens – il préfère recourir aux armes plus subtiles de la ruse et du charme également mentionnées dans l'arsenal stratégique coranique, à côté de la tromperie et du meurtre.



La majorité des musulmans n'a pas encore compris que ce n'est pas son monothéisme radical que les infidèles reprochent à l'islam. Le monothéisme n'est pas le monopole de l'islam. Il a été formulé bien avant l'islam par le mazdéisme perse, le judaïsme, le platonisme, le christianisme et le manichéisme, avant de l'être, peu après Mohammed, par le védanta hindou puis par le sikhisme. Ce qui explique l'islamophobie croissante dans le monde, et pas seulement dans le monde occidental, c'est parmi la panoplie des moyens de propagation de la foi, l'affirmation dans le Coran et les commentaires de la légitimité du recours à la violence et à la coercition, ainsi que les attitudes et comportements que cette affirmation entraîne. 







Le 2 novembre 2010



Alors que l'on annonçait le 30 octobre au soir que les bombes cachée dans des imprimantes sur des vols cargo transitant par Dubai, Cologne et Nottingham (Angleterre) à destination des USA, avait été découvertes sur des informations fournies par les services saoudiens - collaboration dont se réjouissait le New York Times (31 Octobre) - hier soir CNN et la BBC (world service) annonçaient que l'informateur serait Jabir al-Fayfi, un ancien membre d'Al Quaeda, sous son nom de guerre Abu Jaafar al-Ansari, repenti et réfugié en Arabie Saoudite (Assoc.Press, 2 novembre 2010).



Le Pakistan, particulièrement son armée et ses services secrets (ISI) sont soupçonnés de double jeu, soutenant et subventionnant d'une part, dans le Nord, ces même terroristes qu'ils prétendent d'ailleurs combattre, dans le Sud, de manière à pouvoir continuer à engranger la manne des aides américaines. L'Arabie Saoudite mérite-t-elle d'avantage la confiance ? Et si cet informateur n'était pas si repenti que cela mais jouait un double jeu dont seraient complices certains élément du gouvernement, de l'armée ou de l'administration saoudienne ? Tromper, intimider, terroriser, taxer, enlever, réduire en esclavage et tuer les infidèles, si possible et opportun, ne sont -ils pas d'après le Coran un devoir pour les croyants ? Et cela pas seulement en cas de nécessité – de légitime défense – mais en toutes circonstances, si possible et opportun, à moins que l'infidèle se convertisse.



Le Yémen affirme poursuivre les auteurs de ces tentatives d'attentat – Al Asiri et Al Aulaqui caché dans les zones tribales du pays – mais refuse toute « aide internationale » à cet effet. Il chiffre aussi à 50 milliards de dollars l'aide dont il aurait besoin pour pouvoir s'équiper en infrastructure et armement sous peine de voir à moyen terme la situation dégénérer et les tribus prendre « le pouvoir », projetant un scénario de type somalien. Cette éventualité est présentée comme probable d'ici sept à dix ans si le niveau d'investissements étrangers reste stable. Les pays musulmans, leurs élites et institutions demandent donc à l'Occident d'être payés pour qu'ils retiennent leurs masses fanatisées par le discours paranoïaque du livre saint, quinze cents ans de commentaires, et de mémorisation, dès la petite enfance, par des millions d'enfants de par le monde. Cela revient à exciter son chien contre le passant et ne le calmer que contre payement...


Par ailleurs le Yémen considère « injuste » d'être ostracisé suite à ces incidents et proteste contre l'interdiction par l'Allemagne et d'autres pays des atterrissages sur leur sol de vols en provenance de Saana.



*



La belle-soeur de Tony Blair aurait connu dans une mosquée iranienne son «Chemin de Damas ». Elle s'est depuis lors convertie à l'islam, porte le hijab et a lu les soixante premières pages du Coran. La pauvre femme doit avoir souffert d'un terrible vide existentiel, au point de ne pouvoir attendre d'avoir lu l'entièreté de ce manifeste mafieux – pas très long - avant de signer le contrat non résiliable que constitue la profession de foi musulmane (shahada). Mais peut-être était-elle aussi amoureuse d'un musulman. Elle aurait confié vouloir à présent libérer son beau-frère de ses préjugés vis-à-vis de sa nouvelle religion.