Le 8 décembre 2010
Kayani, général en chef de l'armée pakistanaise aurait échappé hier mardi à une attaque de roquettes tirées par les Talibans dans le Sud-Waziristan (The Indian Express).
Considérant son impeccable respect des règles de non-prolifération, l'Allemagne, s'ajoutant aux USA et à la France, soutient l'admission de l'Inde au NSG (groupe des fournisseurs de matériel nucléaire) bien qu'elle n'ai pas signé le Traité de Non Prolifération.
Les Wikileaks, dont ceux concernant la sécurité de l'Inde, se poursuivent. On apprend entre autre que la plus grande partie des fonds alimentant les groupes terroristes tels que le Let et les Talibans, proviennent d'Arabie Saoudite. Kevin Rudd, ministre australien des Affaires étrangères, un sinophile, mais aussi un « réaliste brutal », aurait conseillé aux USA d'être prêt à faire usage de la force si la situation l'exigeait.
Le 9 décembre 2010
Un attentat a fait une victime et 39 blessés hier à Bénarès. Motivé par le jugement rendu récemment ordonnant le partage entre hindous et musulmans du site de la mosquée Babri démolie par des extrémistes hindous à Ayodhya, il a été revendiqué par les Indian Mujaheedeen, les mêmes qui sont aussi à l'origine de l'attentat contre la German Bakery de Pune l'année dernière,. Parmi les blessés, plusieurs touristes étrangers. L'Uttar Pradesh a connu 18 attentats depuis 2000 dont trois à Bénarès.
En riposte certains milieux du VHP contestent le principe même d'un partage du site entre hindous et musulmans. Les pesanteurs de l'histoire indienne semblent refuser de céder et refaire surface à chaque nouvel attentat, petit ou grand, qui ponctue la vie quotidienne du sous-continent depuis la Partition. Elles semblent laisser peu de chance à l'optimisme de libéraux indiens tels que Shashi Tharoor ou Chetan Bhagat de voir jamais se réaliser leurs projections qui, pour sympathiques qu'elles soient, n'en sont pas moins aussi naïves que l'ont été celles de nos gauches européennes. Ces dernières avaient l'excuse de ne pas être familières de l'islam et des musulmans, avec lesquels nos relations récentes jusqu'à la fin de la colonisation nous avait placé dans la position de l'oppresseur. La gauche indienne n'a pas cette excuse. Un millénaire de présence musulmane dans le sous-continent et quatre siècles de domination de l'Hindoustan par l'islam moghol devraient pourtant leur avoir enlevé leurs illusions.
C'est un Indien qui le dit. Quant à moi, je me contente de trouver parfois dans ce fumier quelques perles d'humanité qui contredisent ce portrait peu flatteur, comme ce berger Gaddi reconverti dans le commerce d' écharpes, châles et pantoufles de laine ou de feutre, qui m'explique qu'on ne sait pas si les Gaddis descendent de soldats d'Alexandre – qui aurait livré bataille pas loin d'ici à Kangra entre 326 et 317 AEC – ou de pasteurs nomades hindous fuyant le Rajasthan devant les musulmans en deux vagues, l'une au 8e EC, la seconde vers le 16e EC. Ou ce gentil vendeur de journaux propriétaire d'un joli petit chien blanc appelé Tofu, et qui me garde les journaux du jours quelque soit l'heure où je passe les chercher. Ou deviens-je moi-même déjà un peu indien ?
Le 10 décembre 2010
Visité hier le fort de Kangra qui fut longtemps le siège du pouvoir des Katoch, une des plus anciennes dynasties indiennes, mentionnées dans le Ramayana sous le nom de Trigarta. Rajanaka Susarma Chandra, un des protagonistes du Mahabharata, combattant au côté des Kauravas, un Katoch, aurait bâti le Kangra Qila. Suite à la défaite des Kauravas, les Katoch auraient renoncé au Sud du Pendjab (Multan) n'en conservant que la partie montagneuse, le Jalandhar, actuel Himachal Pradesh. Voilà pour la légende épique. Quant à l'histoire, la dynastie est mentionnée par Ptolémée (Sôter I) qui accompagna Alexandre le Grand en Inde au 4 e siècle AEC. Porus (Phaegus/Parmanand Chandra) qui stoppa l'avancée des grecs vers l'Est aurait été un Katoch. Le Fort de Kangra serait le plus important de tout l'Himalaya. « Who hold the fort holds the hills » (Qui tient le fort, contrôle la partie montagneuse du Pendjab) disait-on. Shahjahan relaie l'opinion suivant laquelle le fort de Kangra est tellement ancien qu'on ne peut estimer son âge, ainsi que celle suivant laquelle il aurait toujours été propriété des Katoch. Les Maures d'Espagne se seraient inspirés de son architecture pour leurs propres ouvrages fortifiés sur la péninsule ibérique.
Descendu à pied de Mac Leod et pris le bus pour Kangra au Dharamsala Bus Stand. Prends à pied la direction du fort, 3 km en dehors de la ville. Je m'approche donc progressivement du site découvrant au passage un très beau et sauvage paysage de cours d'eau, de collines et de roches abrupts. Puis le choc à la découverte du mastodonte dominant le confluent des rivières Manjhi et Ban Ganga. Choc d'autant plus profond que je commence à réaliser l'importance historique et culturelle de l'endroit où je me trouve, que je suis en fait aux franges orientales de ce Pendjab, ce pays des Cinq Rivières tellement important dans l'histoire et la culture du sous-continent, puisqu'il en est en quelque sorte la matrice, lui donnant son nom et sa religion. La visite du bâtiment lui-même, de ses différents niveaux, de l'aire des temples puis, tout au sommet de la citadelle, de l'aire résidentielle, enfilade de terrasses donnant vue sur les monts et vaux environnant, et qui sert d'arrière-fond à plusieurs miniatures évoquant des scènes de la vie de la Cour de Kangra, ne me déçoit pas non plus. Je me promets d'y revenir. Le Dalaï Lama a bien choisi son coin, pensai-je, un des plus sacrés non seulement pour l'histoire du bouddhisme tibétain mais aussi pour l'histoire du sous-continent.et de ses rapports anciens avec l'Europe.
Beaucoup de magasins sont fermés aujourd'hui en l'honneur de Liu Xiao Bao, lauréat du Prix Nobel de la Paix qui lui sera remis in absentia aujourd'hui à Oslo.
L'hiver s'installe. Le soleil aujourd'hui n'a pas réussi à dissiper le brouillard qui enveloppe Mac Leod. Cela devrait durer jusqu'en février. Ambiance assez semblable aux hivers belges.
Je devrais partir pour Delhi et le Népal en fin de la semaine prochaine, le 20 au plus tard, et m'étonne de partir avec quelques regrets. Heureux signe que j'ai bien trouvé ma place, dans cette région de l'Inde, à cheval sur les bassin du Ganges et de l'Indus, qui vit passer les envahisseurs aryens venant d'Iran, dont les dynastes Katoches sont mentionnés dans le Ramayana et le Mahabharata, où les gènes grecs prolifèrent encore, et qui vit passer les missionnaires indiens qui convertirent le Tibet au bouddhisme ainsi que l'a rappelé hier le Dalaï Lama au cours d'un brunch offert aux députés du Parlement de l'état (Times of India, 10 décembre 2010). En réponse le Premier ministre de l'état qualifie le Dalaï Lama de « Bouddha vivant » universellement reconnu comme figure de paix. Ce lieu restera-t-il un des hubs à partir desquels se dessinera la réponse de l'humanité à la folie paranoïaque et sanguinaire des monothéismes ? Je le crois et l'espère.
Deux jours après l'attentat de Bénarès trois bombes grossières trouvées, comme celle de Bénarès, dans une poubelle, ont été désamorcées à Allahabad (Idem). Le Premier de l'Union, Manmohan Singh, annonce son intention d'approfondir la coopération de l'Inde avec l'UE dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et autres menaces « non-traditionnelles » à la sécurité (Ibidem).
Le 11 décembre 2010
Après les Wikileaks, les Wikifakes. Les journaux pakistanais The News et The Express Tribune se sont excusés hier d'avoir relayé de faux wikileaks diffusés par des sites web pakistanais anti-indiens attribuant à des diplomates américains une description peu élogieuse d'officiers indiens « vaniteux, uniquement préoccupés de leur image, et génocidaires ». Le quotidien The Nation, connu pour ses positions anti-indiennes, n'aurait par contre manifesté aucun regret, publiant au contraire un éditorial intitulé « Le vrai visage de l'Inde » (Times of India, 11 décembre 2010).
La Chine se lancerait dans la construction de mosquées et l'aménagement de cimetières réservés aux musulmans un peu partout dans le pays, pour satisfaire aux besoins et exigences de ses quelques 20 millions de musulmans. Le Guandong et les provinces côtières qui ont vu ces dernières années une immigration importante de musulmans de leur habitat traditionnel dans l'Ouest du pays seraient particulièrement concernés (Idem).
L'ancien Vice-Président taïwanais Lien Chan, lauréat du Prix Confucius pour la Paix, récemment créé en catastrophe pour faire pièce au Prix Nobel accordé à Liu Xiao Bao, se serait excusé de ne pouvoir assister à la cérémonie de remise du prix (Idem).
Le processus de négociation d'une accord bilatéral entamé en 2007 entre l'Inde et l'UE et portant sur le commerce et les investissement vient de franchir une étape importante hier à Bruxelles (Idem). Les deux parties sont convenues de s'accorder mutuellement accès à leurs marchés respectifs en matière de services. Cet accord représente d'après les signataires, Manmohan Singh, Hermann Van Rompuy et José Manuel Barroso, des opportunités illimitées pour les deux partenaires, et précède la conclusion prévue pour mars 2011 d'un accord complet de libre échange (BTIA : Broad Based Trade and Investment Agreement).
Le 12 décembre 2010
Wikileaks, suite. Comme le gouvernement espagnol de droite (Aznar) après l'attentat de Madrid, qui l'avait d'abord attribué aux terroristes basques, le parti indien du Congrès – dont un large pan de la politique consiste à éviter l'affrontement avec sa clientèle musulmane – aurait, après l'attentat de Mumbai, attribué l'attaque à des extrémistes hindous. La répugnance à envisager la vérité lorsqu'elle n'est pas pratique semble être un trait universel. L'occasion n'a pas été perdue par certains milieux musulmans indiens qui encore aujourd'hui répugnent à reconnaître la responsabilité du Pakistan dans ce méfait.
Sommet Inde-UE. Après les affaires, la sécurité. Une déclaration commune définit la lutte contre terrorisme international comme une des priorités essentielles de la relation stratégique entre les deux partenaires. Ces derniers s'associent également pour promouvoir l'intégration au droit international d'une Convention globale sur le terrorisme transfrontalier, légiférant sur la tolérance ou l'hébergement d'entreprises terroristes sur les territoires nationaux. Ce qui semble viser directement le Pakistan.
Le Sunday Times of India se réjouit de ce qu'il voit, de la part de l'UE, contrastant avec la prudence américaine, comme un rapprochement des thèses indiennes, pour lesquelles le double-jeu de leur voisin est une évidence qui n'a pas besoin d'être démontrée. La déclaration conjointe appelle explicitement le Pakistan à faire comparaître les responsables de l'attentat de Mumbai devant la justice.
Le quotidien publie par ailleurs un article de Shaun Gregory(Université de Bradford, GB) intitulé 'US is paying for Pak protection racket' (Les USA paient le Pakistan pour se protéger d'attaques sur leur territoire). Bien que son auteur ne soit pas indien, l'article reflète assez bien le regard que porte l'Inde sur la relation américano-pakistanaise. Sans aller jusqu'à accuser les USA de complicité avec l'état et l'armée pakistanais, Shaun Gregory écrit que « les USA paient le Pakistan pour empêcher qu'ils atteignent leurs propres objectifs en Afghanistan et soutiennent un état qui est le centre mondial du terrorisme international et de la prolifération nucléaire. … La plus grande partie des 11 milliards de dollars versés au Pakistan par le gouvernement Bush II entre 2001 et 2008, aurait été investies dans de l'armement visant l'Inde, à ré-équilibrer la balance des paiements pakistanaise, et à accroître les actifs économiques et financiers de l'armée pakistanaise. … De ce pactole, une très petite partie aurait été consacrée à la lutte contre le terrorisme interne (sur le front afghan). Les patrouilles frontalières pakistanaises étant financées par les USA, l'article souligne l'absurdité de voir financer par les USA la défense des frontières du Pakistan, de sa sécurité et de sa souveraineté, qui normalement ressort des compétences exclusives de tout état normal :.. La Chine par contre se gardant de gaspiller des ressources à financer l'armée pakistanaise ou l'ISI par exemple, jette les fondations d'une relation à long terme en investissant plutôt en infrastructure durables - pipelines, port de Gwadar – ainsi que dans le renseignement. Les USA investissent massivement à fonds perdus pour des intérêts à cour terme tandis que le Chine investit sélectivement mais pour le long terme. Si la raison profonde des options américaines n'est pas la crainte de voir ce pays soutenir encore plus activement le terrorisme international, et de le voir fournir matériel et technologie nucléaire à des groupes terroristes étrangers, n'est-il pas temps se demande l'auteur de « mettre un terme à l'aide militaire américaine au Pakistan » ?
Pour convaincant que semblent ces arguments l'article omet cependant de mentionner un autre des motifs possibles des USA, sans doute le plus substantiel : empêcher l'influence chinoise de s'y développer.
Le 13 décembre 2010
Le ministre indien du Pétrole a signé au Turkménistan avec ce pays, le Pakistan et l'Afghanistan un accord de contribution a financement du projet américain de construction d'un pipeline de gaz naturel d'Asie centrale (10 milliards de dollars) destiné à faire concurrence au réseau russe de transport de ce carburant. Malgré ses craintes relatives à la sécurité du projet – l'Inde a accepté de prendre livraison du gaz à la frontière turkmène, son transport subséquent à travers l'Afghanistan et le Pakistan lui incombant – la participation des USA au consortium semble suffire à la rassurer (Times of India).
Après la déclaration conjointe Indo-UE sur le terrorisme transfrontalier, le quotidien (Idem) considère la déclaration de Angel Merkel, visant nommément le Pakistan, suivant laquelle « le terrorisme ne peut jamais être un moyen d'atteindre des objectifs politiques », comme une seconde victoire diplomatique de l'Inde au cours de la visite européenne de Manmohan Singh.
L'article « The US 'viceroy' rules Islamabad » (Idem) voit la relation américano-pakistanaise par le bout de la lorgnette opposé à celui de Gregory Shaun (cf supra, 12 décembre). Les « trois A » Allah, Armée et Amérique, mais surtout le dernier, définiraient le Pakistan. Ce pays serait devenu « une colonie américaine », d'après Kamran Rehmat éditeur du Islamabad Dateline. Au point que le général Kayani aurait discuté avec l'ambassadrice Patterson l'éventuel remplacement de Zardari comme président, que ce dernier lui aurait suggéré sa soeur pour lui succéder au cas où il serait assassiné et qu'un des maulana (théologien) les plus critiques de l'impérialisme américain, Fazlur Rehman, secrétaire général de la Jamiat Ulema-e-Islam, aurait sollicité l'appui de l'ambassadrice américaine à sa candidature comme premier ministre.
Le 14 décembre 2010
Le gouvernement du Bihar, dans la foulée de la ré-élection triomphale de Nitish Kumar, et dans la cadre de sa politique de sécurisation de l'état et de résorption du chômage, aurait décidé d'engager 50 000 policiers (Times of India).
Les universités britanniques seraient devenues des viviers de terroristes islamistes d'après Anthony Glees, directeur des Security Studies à l'Université de Buckingham (Idem).
Paras – le joyaux qui génère l'or - ancien prince héritier de la couronne népalaise - et ami personnel de CC - aurait à nouveau frappé. Il est réputé pour être susceptible et avoir la gâchette facile. Il a ainsi exécuté en public dans un bar un chanteur qui se serait moqué de lui ou de la famille régnante. Cette fois c'est en réponse à de supposées « insultes » visant son père, de la part de la Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sujata Koirala, rencontrée également dans un restaurant à Pokhara où elle se trouvait en compagnie de son époux et de son fils, que le Prince tira, en l'air, une volée de cartouches (Idem).
Le Premier chinois Wen Jia Bao arrive demain à Delhi pour parler affaires. Les commentateurs se concentrent sur la question "comment continuer à collaborer en matière économique alors que les contentieux politiques et frontaliers entre les deux pays se multiplient au point que certains se demandent si la Chine ne représentera pas dans un futur qui pourrait être proche une menace plus imminente que le Pakistan?"
Le 15 décembre 2010
Les chutes de neige sur les sommet du Chamba rendent difficile le travail des patrouilles le long des 216 km de frontière de cette région avec l'état instable du Jammu et Cachemire. Le dernier attentat perpétré par des agents infiltrés du Cachemire avait en 1998 fait 35 morts (Times of India).
Kayani, général en chef de l'armée pakistanaise aurait échappé hier mardi à une attaque de roquettes tirées par les Talibans dans le Sud-Waziristan (The Indian Express).
Considérant son impeccable respect des règles de non-prolifération, l'Allemagne, s'ajoutant aux USA et à la France, soutient l'admission de l'Inde au NSG (groupe des fournisseurs de matériel nucléaire) bien qu'elle n'ai pas signé le Traité de Non Prolifération.
Les Wikileaks, dont ceux concernant la sécurité de l'Inde, se poursuivent. On apprend entre autre que la plus grande partie des fonds alimentant les groupes terroristes tels que le Let et les Talibans, proviennent d'Arabie Saoudite. Kevin Rudd, ministre australien des Affaires étrangères, un sinophile, mais aussi un « réaliste brutal », aurait conseillé aux USA d'être prêt à faire usage de la force si la situation l'exigeait.
Le 9 décembre 2010
Un attentat a fait une victime et 39 blessés hier à Bénarès. Motivé par le jugement rendu récemment ordonnant le partage entre hindous et musulmans du site de la mosquée Babri démolie par des extrémistes hindous à Ayodhya, il a été revendiqué par les Indian Mujaheedeen, les mêmes qui sont aussi à l'origine de l'attentat contre la German Bakery de Pune l'année dernière,. Parmi les blessés, plusieurs touristes étrangers. L'Uttar Pradesh a connu 18 attentats depuis 2000 dont trois à Bénarès.
En riposte certains milieux du VHP contestent le principe même d'un partage du site entre hindous et musulmans. Les pesanteurs de l'histoire indienne semblent refuser de céder et refaire surface à chaque nouvel attentat, petit ou grand, qui ponctue la vie quotidienne du sous-continent depuis la Partition. Elles semblent laisser peu de chance à l'optimisme de libéraux indiens tels que Shashi Tharoor ou Chetan Bhagat de voir jamais se réaliser leurs projections qui, pour sympathiques qu'elles soient, n'en sont pas moins aussi naïves que l'ont été celles de nos gauches européennes. Ces dernières avaient l'excuse de ne pas être familières de l'islam et des musulmans, avec lesquels nos relations récentes jusqu'à la fin de la colonisation nous avait placé dans la position de l'oppresseur. La gauche indienne n'a pas cette excuse. Un millénaire de présence musulmane dans le sous-continent et quatre siècles de domination de l'Hindoustan par l'islam moghol devraient pourtant leur avoir enlevé leurs illusions.
*
Winston Churchill disait des Indiens qu'ils étaient des « emmerdeurs et des snobs » (snobish bores). L'opinion de V.K. Kapoor (The Tribune, 'Nazrana, Sukhrana, Jabrana', 9 décembre 2010) n'est guère plus indulgente ; « Al -Beruni described the Indian character as 'sentimentality with brutality, family ties with well-concealed adultery, … renunciation with avarice and chastity with sex obsession … a weakness for adulation and titles … Some of the scions of the princely states of India are called 'Maharajas' and 'Maharanis'. They [still]enjoy the decayed remains of past glory. Napoleon called these people 'hereditary asses, imbeciles, and the curse of the nation'. Privilege breeds boredom and boredom breeds empty people. Behind the hero stands an invalid. … Words have no fixed meaning; treachery comme easy, and truth is so slippery that it cannot be seized. … To be honest and straightforward is like wearing a chastity belt in a brothel. » (Al Beruni décrit la personnalité de base des Indiens comme faite de 'sentimentalité et de brutalité, … d'attachement à la famille s'accommodant de l'adultère, soigneusement masqué, … de renoncement et d'avarice, de chasteté et d'obsession sexuelle … ainsi que d'un faible pour les titres ronflants … Certains des rejetons des anciens rajas se font encore appeler 'maharaja' ou 'maharani', jouissant encore des restes avariés de leur gloire passée. Napoléon appelait ce genre de personnages 'ânes héréditaires, imbéciles et malédiction de la nation'. Les privilèges engendrent l'ennui, et l'ennui produit des gens sans substance. Derrière les façades héroïques, on trouve des invalides. … Les mots n'ont pas de sens fixe, la trahison est facile et la vérité tellement fuyante qu'il est impossible de s'en saisir. … Être honnête [dans ce contexte] reviendrait à porter une ceinture de chasteté dans un bordel.)
C'est un Indien qui le dit. Quant à moi, je me contente de trouver parfois dans ce fumier quelques perles d'humanité qui contredisent ce portrait peu flatteur, comme ce berger Gaddi reconverti dans le commerce d' écharpes, châles et pantoufles de laine ou de feutre, qui m'explique qu'on ne sait pas si les Gaddis descendent de soldats d'Alexandre – qui aurait livré bataille pas loin d'ici à Kangra entre 326 et 317 AEC – ou de pasteurs nomades hindous fuyant le Rajasthan devant les musulmans en deux vagues, l'une au 8e EC, la seconde vers le 16e EC. Ou ce gentil vendeur de journaux propriétaire d'un joli petit chien blanc appelé Tofu, et qui me garde les journaux du jours quelque soit l'heure où je passe les chercher. Ou deviens-je moi-même déjà un peu indien ?
Le 10 décembre 2010
Visité hier le fort de Kangra qui fut longtemps le siège du pouvoir des Katoch, une des plus anciennes dynasties indiennes, mentionnées dans le Ramayana sous le nom de Trigarta. Rajanaka Susarma Chandra, un des protagonistes du Mahabharata, combattant au côté des Kauravas, un Katoch, aurait bâti le Kangra Qila. Suite à la défaite des Kauravas, les Katoch auraient renoncé au Sud du Pendjab (Multan) n'en conservant que la partie montagneuse, le Jalandhar, actuel Himachal Pradesh. Voilà pour la légende épique. Quant à l'histoire, la dynastie est mentionnée par Ptolémée (Sôter I) qui accompagna Alexandre le Grand en Inde au 4 e siècle AEC. Porus (Phaegus/Parmanand Chandra) qui stoppa l'avancée des grecs vers l'Est aurait été un Katoch. Le Fort de Kangra serait le plus important de tout l'Himalaya. « Who hold the fort holds the hills » (Qui tient le fort, contrôle la partie montagneuse du Pendjab) disait-on. Shahjahan relaie l'opinion suivant laquelle le fort de Kangra est tellement ancien qu'on ne peut estimer son âge, ainsi que celle suivant laquelle il aurait toujours été propriété des Katoch. Les Maures d'Espagne se seraient inspirés de son architecture pour leurs propres ouvrages fortifiés sur la péninsule ibérique.
Descendu à pied de Mac Leod et pris le bus pour Kangra au Dharamsala Bus Stand. Prends à pied la direction du fort, 3 km en dehors de la ville. Je m'approche donc progressivement du site découvrant au passage un très beau et sauvage paysage de cours d'eau, de collines et de roches abrupts. Puis le choc à la découverte du mastodonte dominant le confluent des rivières Manjhi et Ban Ganga. Choc d'autant plus profond que je commence à réaliser l'importance historique et culturelle de l'endroit où je me trouve, que je suis en fait aux franges orientales de ce Pendjab, ce pays des Cinq Rivières tellement important dans l'histoire et la culture du sous-continent, puisqu'il en est en quelque sorte la matrice, lui donnant son nom et sa religion. La visite du bâtiment lui-même, de ses différents niveaux, de l'aire des temples puis, tout au sommet de la citadelle, de l'aire résidentielle, enfilade de terrasses donnant vue sur les monts et vaux environnant, et qui sert d'arrière-fond à plusieurs miniatures évoquant des scènes de la vie de la Cour de Kangra, ne me déçoit pas non plus. Je me promets d'y revenir. Le Dalaï Lama a bien choisi son coin, pensai-je, un des plus sacrés non seulement pour l'histoire du bouddhisme tibétain mais aussi pour l'histoire du sous-continent.et de ses rapports anciens avec l'Europe.
*
Beaucoup de magasins sont fermés aujourd'hui en l'honneur de Liu Xiao Bao, lauréat du Prix Nobel de la Paix qui lui sera remis in absentia aujourd'hui à Oslo.
L'hiver s'installe. Le soleil aujourd'hui n'a pas réussi à dissiper le brouillard qui enveloppe Mac Leod. Cela devrait durer jusqu'en février. Ambiance assez semblable aux hivers belges.
Je devrais partir pour Delhi et le Népal en fin de la semaine prochaine, le 20 au plus tard, et m'étonne de partir avec quelques regrets. Heureux signe que j'ai bien trouvé ma place, dans cette région de l'Inde, à cheval sur les bassin du Ganges et de l'Indus, qui vit passer les envahisseurs aryens venant d'Iran, dont les dynastes Katoches sont mentionnés dans le Ramayana et le Mahabharata, où les gènes grecs prolifèrent encore, et qui vit passer les missionnaires indiens qui convertirent le Tibet au bouddhisme ainsi que l'a rappelé hier le Dalaï Lama au cours d'un brunch offert aux députés du Parlement de l'état (Times of India, 10 décembre 2010). En réponse le Premier ministre de l'état qualifie le Dalaï Lama de « Bouddha vivant » universellement reconnu comme figure de paix. Ce lieu restera-t-il un des hubs à partir desquels se dessinera la réponse de l'humanité à la folie paranoïaque et sanguinaire des monothéismes ? Je le crois et l'espère.
*
Deux jours après l'attentat de Bénarès trois bombes grossières trouvées, comme celle de Bénarès, dans une poubelle, ont été désamorcées à Allahabad (Idem). Le Premier de l'Union, Manmohan Singh, annonce son intention d'approfondir la coopération de l'Inde avec l'UE dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et autres menaces « non-traditionnelles » à la sécurité (Ibidem).
Le 11 décembre 2010
Après les Wikileaks, les Wikifakes. Les journaux pakistanais The News et The Express Tribune se sont excusés hier d'avoir relayé de faux wikileaks diffusés par des sites web pakistanais anti-indiens attribuant à des diplomates américains une description peu élogieuse d'officiers indiens « vaniteux, uniquement préoccupés de leur image, et génocidaires ». Le quotidien The Nation, connu pour ses positions anti-indiennes, n'aurait par contre manifesté aucun regret, publiant au contraire un éditorial intitulé « Le vrai visage de l'Inde » (Times of India, 11 décembre 2010).
La Chine se lancerait dans la construction de mosquées et l'aménagement de cimetières réservés aux musulmans un peu partout dans le pays, pour satisfaire aux besoins et exigences de ses quelques 20 millions de musulmans. Le Guandong et les provinces côtières qui ont vu ces dernières années une immigration importante de musulmans de leur habitat traditionnel dans l'Ouest du pays seraient particulièrement concernés (Idem).
L'ancien Vice-Président taïwanais Lien Chan, lauréat du Prix Confucius pour la Paix, récemment créé en catastrophe pour faire pièce au Prix Nobel accordé à Liu Xiao Bao, se serait excusé de ne pouvoir assister à la cérémonie de remise du prix (Idem).
Le processus de négociation d'une accord bilatéral entamé en 2007 entre l'Inde et l'UE et portant sur le commerce et les investissement vient de franchir une étape importante hier à Bruxelles (Idem). Les deux parties sont convenues de s'accorder mutuellement accès à leurs marchés respectifs en matière de services. Cet accord représente d'après les signataires, Manmohan Singh, Hermann Van Rompuy et José Manuel Barroso, des opportunités illimitées pour les deux partenaires, et précède la conclusion prévue pour mars 2011 d'un accord complet de libre échange (BTIA : Broad Based Trade and Investment Agreement).
Le 12 décembre 2010
Wikileaks, suite. Comme le gouvernement espagnol de droite (Aznar) après l'attentat de Madrid, qui l'avait d'abord attribué aux terroristes basques, le parti indien du Congrès – dont un large pan de la politique consiste à éviter l'affrontement avec sa clientèle musulmane – aurait, après l'attentat de Mumbai, attribué l'attaque à des extrémistes hindous. La répugnance à envisager la vérité lorsqu'elle n'est pas pratique semble être un trait universel. L'occasion n'a pas été perdue par certains milieux musulmans indiens qui encore aujourd'hui répugnent à reconnaître la responsabilité du Pakistan dans ce méfait.
Sommet Inde-UE. Après les affaires, la sécurité. Une déclaration commune définit la lutte contre terrorisme international comme une des priorités essentielles de la relation stratégique entre les deux partenaires. Ces derniers s'associent également pour promouvoir l'intégration au droit international d'une Convention globale sur le terrorisme transfrontalier, légiférant sur la tolérance ou l'hébergement d'entreprises terroristes sur les territoires nationaux. Ce qui semble viser directement le Pakistan.
Le Sunday Times of India se réjouit de ce qu'il voit, de la part de l'UE, contrastant avec la prudence américaine, comme un rapprochement des thèses indiennes, pour lesquelles le double-jeu de leur voisin est une évidence qui n'a pas besoin d'être démontrée. La déclaration conjointe appelle explicitement le Pakistan à faire comparaître les responsables de l'attentat de Mumbai devant la justice.
Le quotidien publie par ailleurs un article de Shaun Gregory(Université de Bradford, GB) intitulé 'US is paying for Pak protection racket' (Les USA paient le Pakistan pour se protéger d'attaques sur leur territoire). Bien que son auteur ne soit pas indien, l'article reflète assez bien le regard que porte l'Inde sur la relation américano-pakistanaise. Sans aller jusqu'à accuser les USA de complicité avec l'état et l'armée pakistanais, Shaun Gregory écrit que « les USA paient le Pakistan pour empêcher qu'ils atteignent leurs propres objectifs en Afghanistan et soutiennent un état qui est le centre mondial du terrorisme international et de la prolifération nucléaire. … La plus grande partie des 11 milliards de dollars versés au Pakistan par le gouvernement Bush II entre 2001 et 2008, aurait été investies dans de l'armement visant l'Inde, à ré-équilibrer la balance des paiements pakistanaise, et à accroître les actifs économiques et financiers de l'armée pakistanaise. … De ce pactole, une très petite partie aurait été consacrée à la lutte contre le terrorisme interne (sur le front afghan). Les patrouilles frontalières pakistanaises étant financées par les USA, l'article souligne l'absurdité de voir financer par les USA la défense des frontières du Pakistan, de sa sécurité et de sa souveraineté, qui normalement ressort des compétences exclusives de tout état normal :.. La Chine par contre se gardant de gaspiller des ressources à financer l'armée pakistanaise ou l'ISI par exemple, jette les fondations d'une relation à long terme en investissant plutôt en infrastructure durables - pipelines, port de Gwadar – ainsi que dans le renseignement. Les USA investissent massivement à fonds perdus pour des intérêts à cour terme tandis que le Chine investit sélectivement mais pour le long terme. Si la raison profonde des options américaines n'est pas la crainte de voir ce pays soutenir encore plus activement le terrorisme international, et de le voir fournir matériel et technologie nucléaire à des groupes terroristes étrangers, n'est-il pas temps se demande l'auteur de « mettre un terme à l'aide militaire américaine au Pakistan » ?
Pour convaincant que semblent ces arguments l'article omet cependant de mentionner un autre des motifs possibles des USA, sans doute le plus substantiel : empêcher l'influence chinoise de s'y développer.
Le 13 décembre 2010
Le ministre indien du Pétrole a signé au Turkménistan avec ce pays, le Pakistan et l'Afghanistan un accord de contribution a financement du projet américain de construction d'un pipeline de gaz naturel d'Asie centrale (10 milliards de dollars) destiné à faire concurrence au réseau russe de transport de ce carburant. Malgré ses craintes relatives à la sécurité du projet – l'Inde a accepté de prendre livraison du gaz à la frontière turkmène, son transport subséquent à travers l'Afghanistan et le Pakistan lui incombant – la participation des USA au consortium semble suffire à la rassurer (Times of India).
Après la déclaration conjointe Indo-UE sur le terrorisme transfrontalier, le quotidien (Idem) considère la déclaration de Angel Merkel, visant nommément le Pakistan, suivant laquelle « le terrorisme ne peut jamais être un moyen d'atteindre des objectifs politiques », comme une seconde victoire diplomatique de l'Inde au cours de la visite européenne de Manmohan Singh.
L'article « The US 'viceroy' rules Islamabad » (Idem) voit la relation américano-pakistanaise par le bout de la lorgnette opposé à celui de Gregory Shaun (cf supra, 12 décembre). Les « trois A » Allah, Armée et Amérique, mais surtout le dernier, définiraient le Pakistan. Ce pays serait devenu « une colonie américaine », d'après Kamran Rehmat éditeur du Islamabad Dateline. Au point que le général Kayani aurait discuté avec l'ambassadrice Patterson l'éventuel remplacement de Zardari comme président, que ce dernier lui aurait suggéré sa soeur pour lui succéder au cas où il serait assassiné et qu'un des maulana (théologien) les plus critiques de l'impérialisme américain, Fazlur Rehman, secrétaire général de la Jamiat Ulema-e-Islam, aurait sollicité l'appui de l'ambassadrice américaine à sa candidature comme premier ministre.
Le 14 décembre 2010
Le gouvernement du Bihar, dans la foulée de la ré-élection triomphale de Nitish Kumar, et dans la cadre de sa politique de sécurisation de l'état et de résorption du chômage, aurait décidé d'engager 50 000 policiers (Times of India).
Les universités britanniques seraient devenues des viviers de terroristes islamistes d'après Anthony Glees, directeur des Security Studies à l'Université de Buckingham (Idem).
Paras – le joyaux qui génère l'or - ancien prince héritier de la couronne népalaise - et ami personnel de CC - aurait à nouveau frappé. Il est réputé pour être susceptible et avoir la gâchette facile. Il a ainsi exécuté en public dans un bar un chanteur qui se serait moqué de lui ou de la famille régnante. Cette fois c'est en réponse à de supposées « insultes » visant son père, de la part de la Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sujata Koirala, rencontrée également dans un restaurant à Pokhara où elle se trouvait en compagnie de son époux et de son fils, que le Prince tira, en l'air, une volée de cartouches (Idem).
Le Premier chinois Wen Jia Bao arrive demain à Delhi pour parler affaires. Les commentateurs se concentrent sur la question "comment continuer à collaborer en matière économique alors que les contentieux politiques et frontaliers entre les deux pays se multiplient au point que certains se demandent si la Chine ne représentera pas dans un futur qui pourrait être proche une menace plus imminente que le Pakistan?"
Le 15 décembre 2010
Les chutes de neige sur les sommet du Chamba rendent difficile le travail des patrouilles le long des 216 km de frontière de cette région avec l'état instable du Jammu et Cachemire. Le dernier attentat perpétré par des agents infiltrés du Cachemire avait en 1998 fait 35 morts (Times of India).
La visite de Wen Jia Bao se déroule sur un fond géopolitique mouvant. La Chine a rétabli la semaine dernière ses relations militaires avec les USA. Elle les avait interrompues après la livraison d'armes américaines à Taïwan au début de l'année. L'Inde a rompu les rapports militaires suite au refus chinois de délivrer un visa normal à un général indien basé au Jammu-Cachemire, territoire contesté entre l'Inde, le Pakistan et la Chine. Le fait que l'ambassadeur indien à Oslo ait assisté à la remise du Prix Nobel de la Paix au dissident chinois Liu Xiao Bao ne devrait pas interférer estiment les commentateurs (Idem). Notant que la Chine est le seul membre permanent du Conseil de Sécurité dont l'appui à la candidature indienne n'est pas assuré, le quotidien titre aussi (p. 11) « India won't bend backward for UNSC seat » (L'Inde ne se livrera pas à des contorsions devant la Chine afin d'obtenir son appui pour l'obtention d'un siège permanent).
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire