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lundi 19 juillet 2010

Trishul Bidur et Nuwarkot avec Sagaradhamma

Le 8 juillet 2010

Les présidents chinois, Hu Jintao, et pakistanais, Asif Ali Zardari se sont engagés hier à Pékin à intensifier leur coopération dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sans oublier le commerce et les échanges économiques. Zardari aurait rencontré les représentants de Norinco, premier fabriquant chinois d'armement, de Sinhydro, premier constructeur chinois de barrages, et de Sinopec, le société nationale chinoise pétrolière. La Chine construit à Gwadar, Pakistan, un port en eaux profonde (deep-sea port). Elle construit aussi deux nouveau réacteurs nucléaires à utlisation civile. Le Pakistan aurait récemment pris part en Chine à des exercices anti-terroristes avec l'armée de la Chine populaire.

Le 11 juillet 2010

Après quelque hésitation due au fait que certains signes avant coureurs de la mousson se sont déjà manifestés et qu'elle peut maintenant se déchaîner à n'importe quel moment entraînant inondations et glissements de terrains parfois catastrophiques ‒ passé deux jours à Trishul Bidur du vendredi 9 juillet au dimanche 11, en compagnie de Sagara et son disciple Dipankara.

La région de la Trishul est surtout connue pour ses activités de rafting. Trishul Bidur est aussi le siège d'un vihara fondé par Sagara après son retour du Sri Lanka. Comme souvent au Népal et en Inde, le site et la partie ancienne de la bourgade sont superbes mais abîmés par l'incurie des natifs et des responsables locaux ainsi que par la laideur des bâtiments de construction récente.

Par contre à quelques 10 km de Trishul, en altitude, nous avons, le deuxième jour, visité Nuwarkot (Neuf Fortins), un bijou tant par les points de vue que l'on y découvre, l'architecture des maisons, forts, temples et palais que par l'impressionnante propreté, presque « germanique », du lieu. Ce qui est devenu un village fortifié date d'au moins quelques trois siècles puisque Nuwarkot fut l'avant-poste et centre de renseignement de la dynastie gorkhalite des Shah, souverains de Gorkha, dans leur avance vers la vallée de Katmandou dont ils s'emparèrent en 1768 profitant de désaccords entre les villes-états de Katmandou, Bhaktapur, Patan et Kirtipur. Les Shah s'emparèrent ensuite du Kumaon (1790) puis du Garwal (1803), où ils laissèrent une réputation de cruauté, avant d'en être délogés par les Britanniques en 1815.

Sagara fait d'ailleurs partie de ce clan dynastique des Shah et aime le rappeler à l'occasion.

Il frappe à la porte de gens qu'il connaît, peut-être des parents, car une importante partie de la population locale porte encore le patronyme Shah ou celui des Malla, lignage remontant à l'époque du Bouddha.

Nous sommes reçus dans une pièce longue et étroite à l'arrière du premier étage auquel nous accédons par un étroit escalier de bois, sombre et un peu branlant. La maison qui abrite une dizaine de personnes n'est pas très grande. Mais elle est propre, ordonnée et la disposition des meubles et objet témoigne d'un soin et d'une attention rares au Népal.

Sur la longueur du salon s'ouvrent des fenêtres donnant sur le paysage de montagnes. À ces fenêtres font face une paire de canapés, et tournant le dos au paysage une paire de fauteuils. Une table de salon occupe le centre de la pièce.

On nous offre thé et nourriture. Dipankara et moi-même acceptons le thé. Sagara accepte aussi un peu de nourriture bien que midi soit passé depuis longtemps.

Nos hôtes sont des Malla. Au centre du mur long, au-dessus des fenêtres, trônent les photos des souverains déchus. Quelques photos de famille ci et là sur des meubles bas en compagnie d'objets des plus ordinaires que l'on ne peut qualifier ni d'artistiques ni d'artisanaux. Certains – comme cette pagode où se lève une tempête de neige si on la remue - sont en plastic. Un ordinateur portable figure en bonne place. Et pourtant de ces gens et de cet intérieur, comme de tout le village, de la simplicité du décor autant que des hôtes, émane une authentique distinction. L'élégance naturelle du patriarche, la cinquantaine, cheveux mi-longs, encore noirs, traits fins, pantalon beige et chemise dans un ton pastel donnent à cet homme l'allure d'un gentleman.

Sont présents son fils, et sa petite-fille qui écrit pour moi son nom en caractères romains SUPRIYA MALLA. Les femmes font le service.

Nous regagnons Trishuli et le Sangharam Viharam avant la tombée du jour.

Les traits de caractère de Sagara continuent à se préciser et confirment mes premières intuitions. Le bonhomme a tous les traits des Khsatriya ou Chhetri, y compris les plus désagréables, dont l'attitude dominatrice et l'absence de scrupule à intimider et exploiter l'environnement humain. Ainsi que les plus agréables : il n'est pas seulement malin mais aussi intelligent et relativement cultivé dans le domaine des sciences sociales. Il a travaillé au Sri Lanka pour l'UNDP.

Mais ses motivations conscientes ou inconscientes sont intéressées. Quant à ses motivations explicites elles sont essentiellement conservatrices et nationalistes népalaises.

Il a trouvé dans la condition de moine theravada le moyen de conserver, tout en restant célibatataire, un statut dominant ‒ ou qui pourrait le re-devenir ‒ égal à celui de sa caste d'origine dont le fait de rester célibataire l'aurait peut-être fait déchoir. Le guerrier célibataire n'a pas ici le statut auquel il a pu prétendre en Europe. Il aurait pu opter pour celui de saddhu hindou. Mais ce dernier statut est en chute libre. Ils sont de plus en plus en plus considérés, même par les hindous, comme ce qu'ils sont : des mendiants, des parasites. À l'encontre de ces derniers, les moines bouddhistes sont organisés en associations aux ramifications internationales.

Sagara consacre pas mal d'énergie à promouvoir le theravada, et plus particulièrement son lignage népalais, encore relativement jeune et qui semble ouvert aux influences de tous les sangha theravada mais particulièrement du singhalais et du thaï. Bien qu'il se moque parfois des « moines mariés » du mahayana il se montre en général assez tolérant à leur égard, y a des amis et fréquente leurs monastères.

Ses origines de haute caste hindoue n'empêchent pas un nationalisme népalais, se méfiant de l'Inde, partisan du rétablissement du contrôle des passeports et visas des ressortissants de l'un et l'autre pays à la frontière indo-népalaise, hostile à l'islam et à ses progrès dans le Terai occidental, autour de Lumbini précisément. Je ne peux, sur ces deux derniers points, que l'approuver.

En dehors de cela, sa stratégie pour fidéliser sa clientèle, ses fidèles, ses disciples comme il dit, est la même que celle de toutes les organisations religieuses. Jouer sur une gamme d'émotions, dont l'insatisfaction existentielle, par la manipulation de signes, de symboles, de décors et l'accomplissement de rituels. Le port de vêtements différents et même étrange, joue sans doute également un rôle dans l'impression hypnotique produite par les professionnels de la transcendance sur l'esprit de leurs disciples. Bien que les sermons de Sagara, exposés des plus traditionnels, littéraux, quasiment mécaniques, de l'orthodoxie theravada, ne m'inspirent guère, ils semblent réussir assez bien avec les Népalais. Sagara a obtenu de ses fidèles de Trishul Bidur suffisamment de fonds pour y bâtir un vihara sur un terrain bien situé au bord de la rivière de montagne, déferlant du Langtang, dont la nuit le rugissement accompagne notre sommeil.

Il avait à Niwella essayé de me « mettre sur orbite » en m'expliquant le sens de son nom monastique « Sagara », qu'il expliquait comme signifiant « semblable à l'océan », « à la sagesse océanique », ou en m'apprenant qu'il était apparenté à la famille régnante du Népal. Cela d'ailleurs n'impressionnait guère les Singhalais en général et, en particulier, de Chaminda (de Ratnapura) lui-même ancien moine, qui sembla le trouver un peu pushy lorsqu'il s'imposa comme participant à une marche dans la jungle de Uddawattakele que nous projetions.

Peu après nos retrouvailles à Lumbini, il me fit part de son désir de bâtir un « centre de méditation » sur un terrain à l'Ouest du Parc ‒ 15 000 dollars ‒ me proposant si je l'achetais de m'y réserver une parcelle pour y bâtir un kuti, sous-entendant que je serais ainsi, de plus, à sa proximité et mieux à même de recevoir son enseignement.

Il est kshatriya par son goût du pouvoir : il use souvent de l'impératif et traite de manière infantilisante le malheureux Dipankara, moine encore jeune qui nous a accompagné à Trishul Bidur. Il l'est aussi, ‒ bien que par ailleurs, d'après le Vinaya, il lui soit interdit de toucher de l'argent ‒ par son goût de l'accumulation de propriété terrienne au bénéfice de son lignage monastique bien sûr. Une des étymologie de khsatriya est « kshetra » (le champ) l'autre étant « kshatra, le toit, le pouvoir, de la racine « kshi », contrôler, gouverner dont d'ailleurs le mot « shah » (souverain) est lui-même dérivé.

Je me garde bien de lui laisser aucun espoir relativement à ce terrain à Lumbini lui laissant entendre que si, comparativement à beaucoup de Népalais, je suis plutôt riche, je ne le suis pas au point de consacrer une telle somme ‒ une grande partie de mes économie y passerait ‒ à lui acheter un terrain dans le Terai. Par ailleurs me placer dans la dépendance de cet être autoritaire, intriguant, manipulateur, est la dernière idée qui me viendrait.

Je me contente donc de financer nos déplacements, de l'inviter de temps en temps pour un « lunch programme » et de lui offrir l'une ou l'autre chose dont il a besoin. Il semble intéressé par un lecteur de glycémie qui lui permettrait de mieux contrôler son diabète de type II. Car je ne veux pas la mort du bougre qui, somme toute, m'intéresse.

Bien que n'ayant guère été exposé au monde extérieur dont il ne connaît que l'Inde et le Sri Lanka, il est intelligent, et nous avons beaucoup d'intérêts communs : économie, développement, histoire et politique du bouddhisme sur lesquels nos conversations portent plus souvent que sur le bouddhisme lui-même. Nous communiquons aisément et agréablement.

De plus, le cultiver alors qu'il est à tour de rôle, Vice-Président du CA du LDT me permet de tenir CM en respect dans le cas où mon projet d'enquête autour de Lumbini prendrait forme. 

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