Le 12 juillet 2010
Suite au refus des maoïstes d'intégrer la totalité des effectifs de la PLA à l'armée régulière népalaise, et à leur proposition d'encommissionner la question des propriétés saisies par les maos pendant la guerre, et alors que Chhabilal Karki, cadre de l'UML, parti marxiste modéré vient d'être exécuté par des membres de la YCL (maoïste), Pradeep Gyanwali, membre du Politburo de l'UML, ayant participé au « processus de paix » depuis 2005 et la signature de l'Accord en douze points ‒ je l'ai rencontré à Lumbini alors qu'il était ministre de la culture ‒ déclare que Pushap Kamal Dahal, alias Prachanda, a été pendant neuf mois, premier ministre, général-en-chef de l'armée népalaise, et leader de la PLA et du YCL. S'il n'a pas voulu en profiter pour faire avancer l'intégration des forces maoïstes à l'armée, la police et l'administration nationales népalaises, c'est qu'il n'est pas honnête dans sa volonté affirmée de mener le processus de paix à son terme.
Le 13 juillet 2010
Au terme de deux reports successifs de sept puis cinq jours consentis aux partis majoritaires consentis (NC, UML, UCLN) par le président Ram Baran Yadav pour leur permettre de former un gouvernement dit « de consensus » (sur la base de négociations directes entre têtes de partis, comme en Belgique ?), les négociations ayant échoué, le Président invoque la disposition de la Constitution provisoire prévoyant que dans ces conditions, le Premier sera choisi au vote majoritaire par le Parlement.
The Himalayan rend compte des troubles qui ont agité certaine régions du Nord-Ouest de l'Inde (Haryana, Pundjab) à propos des mariages dans la même gotra, « a vague concept connoting 'clan' » commente le journal. Le terme khap panchayat ‒ conseil de caste ‒ semble aussi ésotérique au journaliste qui conclut : "Despite all the signs of modernity ‒ glitzy malls, roaring economy, rising literacy ‒ the modernizing of minds is agonizingly slow... dowry demands grow even higher, hundreds of thousand of female foetuses are aborted every year and caste continues to dominate most people's lives" (En dépit des signes de modernité ‒ centres commerciaux étincelants, économie rugissante, progrès de l'alphabétisation ‒ la modernisation des esprits est d'une pénible lenteur ... les exigences de dots augmentent, des centaines de milliers de foetus de sexe féminin sont avortés chaque année et les castes continuent à dominer la vie des gens). .
Le 15 juillet 2010
Shankar Pokharel, ministre de l'Information et de la Communication a proposé hier que Madhav Kumar Nepal ‒ dont la démission avait été exigée par les maoïstes comme préalable à toute nouvelle proposition de leur part, pour finalement accoucher de propositions qui ne sont qu'une remouture de leurs anciennes positions et leur refus renouvelé de dissoudre leur armée et leur mouvement de jeunesse ou de les intégrer aux forces régulières ‒ soit ré-installé comme président de l'état (Kathmandu Post, July 15th, 2010).
Le 16 juillet 2010
Considérant les réticences ou l'incapacité des maos à trouver un moyen soit de dissoudre, soit d'intégrer, soit de réhabiliter, les membres de leur armée et de leur mouvement de jeunesse, on peut se demander si leurs intentions ne sont pas de maoïser l'armée et la police plutôt que de népaliser les forces maoïstes. Dans le même temps, Kali Bahadur Kham, membre du CC du parti maoïste et commandant dans la PLA, qui avait déjà fait l'objet d'un mandat d'arrêt en 2008 relativement au meurtre de l'entrepreneur Ram Hari Shresta ‒ mandat d'arrêt qui n'empêcha pas son élection au CC de parti en 2009 ‒ est à présent recherché pour la séquestration de trois négociants chinois et l'extortion de 2,6 millions de roupies. Le parti maoïste prétend ignorer où Kham se trouve. La police soupçonne les maos de le cacher dans un des cantonnements qui leur restent.
Les trois partis principaux ont reporté au 13 avril 2011 la date limite pour la promulgation de la Constitution
Le 18 juillet 2010
Le parti du Congrès a désigné Ram Chandra Poudel comme son candidat au poste de Premier ministre, qui devra être élu par le Parlement le 21 juillet. Les maos espèrent conserver quelques chances en proposant comme candidat le second du parti Baburan Battarai, moins dogmatique et plus proche de l'Inde. Pradeep Gyanwali (UML, cité plus haut) commente que c'est le programme qui importe à l'ULM dans le contexte d'une possible coalition avec les maos (an issue based alliance), plus que les personnes Kathmandu Post, July 18th, 2010). Sous-entendu : l'UML travaillera avec les maos, quelque soit leur candidat au poste de Premier, dès que ces derniers auront concrètement engagé la dissolution ou réaffectation de leurs forces militaires et para-militaires, et la restitution des terres confisquées.
Dans Republica, Praveen Dixit, beau-fils de feu BP Koirala, haut fonctionnaire au Département américain du Commerce déclare qu'au Népal « Both the government and the people and the whole community are so engrossed in politics that it saps all your energy ». Content de voir confirmer par un Népalais d'origine cette impression que les Népalais, comme les Indiens, et de manière plus fine que les Singhalais, ont en commun avec les Européens, à l'encontre des Chinois ou Vietnamiens, une vrai passion pour la politique, même s'ils s'y épuisent.
Dans la même édition de ce quotidien le cher Chetan Bhagat note qu'en Inde le jeu démocratique est encore ‒ plus qu'au Népal ? ‒ faussé par la variable « caste » : "... the single most important criterium is caste. No matter how capable a candidate, if you aren't matching the voter's caste you will not get his vote. In such a scenario, there is no incentive for a candidate to do a good job. Managing his caste alliances is the only real qualification." (le critère le plus important [pour l'électeur] reste la caste. Peu importent les capacités d'un candidat, s'il n'est pas de sa caste, il n'aura pas sa voix. Dans un tel contexte, il n'y a aucune motivation pour le candidat à 'faire du bon travail'. Savoir gérer ses alliances de caste constitue sa seule qualification vraiment importante).
Le 20 juillet 2010
Battarai annonce que si un des deux candidats des maoïstes, dont lui-même, ne l'emporte pas, les maos soutiendront le candidat de l'ULM, Jhana Nhat Kanal, contre celui du NC, Paudel. Cependant l'UML n'a pas encore décidé s'il présenterait un candidat.
Dans un édito de República (Are Maoist Changing ?) Ameet Dhakal pense que les maos sont engagés dans un processus d'apprentissage et que finalement ils respecteront les règles du jeu (Slowly they will begin to play by the rules). L'événement crucial dans cette évolution serait l'échec de la dernière grève générale lors du Bashantapur Peace Rally le 7 mai 2010 qui fut le coup de grâce à leurs espoirs de soulèvement dans les villes, qui leur aurait permis de s'emparer de l'état par la force. Cet événement marquerait le début d'une transformation longue mais inéluctable du parti maoiste en un parti civil et démocratique. Ils comprirent alors qu'ils avaient surestimé leur importance dans le paysage politique du Népal et aussi qu'ils avaient sous-estimés les variables géopolitiques (l'Inde, la Chine, les Occidentaux) de l'équation.
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