Delhi, le 21 décembre 2010
Voyagé de Mac Leod Ganj en bus et en compagnie de Tashi, ce jeune moine, Sherpa d'obédience tibétaine qui nous avait servi de guide dans certains des hauts lieux historiques du bouddhisme tibétain en Himachal, dont le lac Rewelsar où, en route pour le Tibet, se serait arrêté Padmasambhava, fondateur indien du lignage tibétain des Niyingma Pa, auquel appartient Tashi. On pourrait donc tout aussi bien dire que Tashi nous a emmené aux hauts lieux de l'histoire des Niyingma Pa en Himachal.
Tashi est finalement sympathique, cynique et généreux en même temps. Nous nous entendons bien. Il est également drôle. Pas coincé, il laisse facilement transparaître ses goûts et dégoûts, voire ses haines ou ses inquiétudes. Bref il me convient.
Sherpa, il est né dans le tourisme et me confie qu'il voudrait « se lancer dans les affaires ». Il pense à une « guesthouse bouddhiste ». Me rappelant la communauté niyingma pa de la rue de Livourne à Bruxelles qui tire ses revenus de deux ou trois restaurants végétariens en ville, je lui suggère de commencer par un restaurant, plus facile peut-être qu'une guesthouse.
Il m'a proposé de me rendre les 2000 INR qu'il m'avait « empruntés ». J'ai refusé tout en lui répétant que je regrettais de ne pas pouvoir faire plus pour ses oeuvres.
Ses oeuvres marchent d'ailleurs plutôt bien puisqu'il est arrivé à lever suffisamment de fonds pour équiper son monastère de quatre panneaux solaires qui fournissent l'électricité pour l'éclairage des environs et de la rue qui passe devant son monastère. Roublard, mais cela sert à quelque chose et promeut les sources d'énergie renouvelables.
Troisième fois que je descends au Ess Gee's, chez Gaurav Chadah, dans East Patel Nagar, quand à New Delhi. Je commence à me rendre compte que ce quartier est vraiment pas mal. C'est en fait un quartier résidentiel « classe moyenne » habité surtout par des réfugiés hindous, sans doute aisés au départ, du Pakistan, ancien Penjab. Au cours de mes premiers passages à Delhi, comme beaucoup de routards je descendais à Paharganj ou Chandni Chowk. Puis je me suis rendu compte que Pahar Ganj, ses ruelles étroites, sa saleté parfois répugnante sont aussi dangereux. Un incendie dans ce quartier, ou un tremblement de terre laisseraient peu de chance d'en sortir vivant. Quand à Chandni Chowk, il ya trop de musulmans.
East Patel Nagar est organisé autour de deux parcs, East Patel Nagar Main Chowk et Jogger's Park. Le quartier est relativement aéré. Il n'y a pas trop de chiens errants galeux et n'est pas envahi par les ordures ou les gravats. A part quelques flaques d'eau stagnantes et le mélange d'arrogance et de snobisme qui caractérise la classe moyenne indienne, le quartier est plutôt confortable et pratique. Il y a des ATM un peu partout, des restaurants, pâtisseries, chocolatiers, abondance de nettoyages à sec, et même un de ces Coffee Days auxquels Sonia Gandhi a fait, peut-être involontairement, de la pub car on la voit sur une photo officielle déguster un expresso de cette marque. Il suffirait d'un rien pour que le quartier soit parfait.
Malheureusement, beaucoup de ces bâtiments sont de construction récente, en béton. Les plus anciens remontent peut-être aux années 50. Malgré cela, ces maisons arrivent à manifester une certaine élégance : styles néo-classique un peu kitsch combinant des éléments de l'architecture moghol, hellénistique et/ou rustique britannique qui donnent parfois des résultats assez agréables à regarder.
Ess Gee's (19/9 East Patel Nagar) appartient à la dernière catégorie. Bâti sans doute entre les deux guerres ou immédiatement après l'Indépendance, le bâtiment de deux étages couronné d'une sorte de penthouse au troisième niveau, vérandas et fenêtre à petits carreaux, a l'allure d'un cottage britannique. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont aménagés en chambres d'hôtes, les propriétaires occupent un deuxième étage aménagé en penthouse.
La construction a l'air de brique peinte en blanc, de bois et de béton. Un petit front yard la précède, par lequel on accède à une véranda-antichambre suivie d'un corridor où donnent les trois chambres d'hôtes, suivi d'une deuxième antichambre aménagée en salon éclairé par une verrière de vitraux.
Au bout d'un second couloir se dirigeant vers le fond de la maison une cuisine et une salle à manger où officient deux gamins arrogants, sans doute enfants, apparentés ou amis de cette famille de brahmines ou de kshatriya. Au bout de ce couloir une porte donne sur la ruelle desservant l'arrière des maisons de la rue.
A l'étage, trois chambres dont une donnant sur un balcon et la rue, une autre sur l'antichambre du rez-de-chaussée, la troisième étant aveugle.
Ce soir après avoir dîné dans un « bar-restaurant », les seuls où l'on puisse trouver de la bière, je me promène dans le quartier en en fumant un. Un vieux qui rentre chez lui à vélo me sourit au passage de toutes les dents qui lui restent et m'invite du geste à sauter sur son porte-paquet. Échange de sourires.
A la TL, une Indienne exhorte ses compatriotes à la compassion à l'égard des animaux.
Je déteste souvent les Indiens, autant qu'ils se détestent eux-mêmes, mais je les aime aussi. La naïveté et la grande sensibilité qui se cache derrière leur superbe m'émeut parfois.
Plausibilité d'une OCPB (Organisation de la Conférence des Pays Bouddhistes : pays où il y a des bouddhistes) ?
Delhi, le 22 décembre 2010
Dans le cadre de la visite du président Medvedev en Inde, la Russie, plus explicite que les USA dans sa dénonciation du rôle joué par le Pakistan dans l'organisation de l'attentat de Mumbai, a appelé ce pays à « rapidement inculper ses organisateurs, auteurs et complices ». Le président Medvedev a par ailleurs déclaré à Delhi que « les états qui aident ou protègent des terroristes sont coupables autant que ces derniers ». La déclaration commune affirme que « la situation ne pourra être stabilisée en Afghanistan avant que les refuges et infrastructures logistiques utilisés par les terroristes et autres extrémistes violents en Afghanistan, mais aussi au Pakistan, soient éliminés (Times of India).
Delhi, le 23 décembre 2010
Dans le cadre de l'enquête portant sur deux attentats – le 18 mai 2007 à la mosquée Mecca de Hyderabad et le 11 octobre au Ajmer Sharif Dargah - dont les auteurs appartiennent à la mouvance RSS de l'extrême droite hindoue, le CBI a convoqué Indres Kumar, un des leaders de ce mouvement, suspectés d'avoir joué un rôle dans l'organisation du premier de ces deux attentats. La droite hindoue, suite aux déclarations de Rahul Gandhi sur la dangerosité de la droite religieuse hindoue plus grande que celle du terrorisme islamiste, accuse le Congrès de machination (Mail Today, New Delhi).
Katmandou le 24 décembre 2010
Comme à chacun de mes retours, il me faut commencer par démêler ou renouer les fils de l'imbroglio politique népalais.
Après je crois dix-sept tentatives, toujours pas de Premier ministre si ce n'est Madav Kumar Nepal (UML) qui dirigeait la coalition précédente et expédie à présent les affaires courantes. Le noeud du problème reste le refus des maoïstes de Prachanda majoritaires aux dernières législatives, de dissoudre leurs milices, de les intégrer dans l'armée népalaise et renvoyer dans leurs foyers ceux qui ne sont pas qualifiés à cet effet.
Face à ce donné, c'est l'attitude des deux autres grands partis NC et UML qui détermine les options possibles. Le NC est clair et cohérent : il réclame le poste de PM pour le NC Paudel, ou le leader UML Jhala Nath Khanal. Mais l'ULM est plus divisé. La faction centriste – pluraliste et « démocratique » - de ce parti nominalement marxiste (réformiste), que représente le PM sortant, préférerait se joindre à une coalition avec le NC centriste mais pas avec Paudel comme Premier. Il faudrait donc que Paudel retire sa candidature.
La frange gauchiste de l'ULM, dirigée par Khanal, préférerait par contre une coalition avec les maoïstes, arguant qu'un gouvernement sous lequel l'Assemblée devra rédiger une nouvelle constitution ne peut laisser le parti le plus important en voix dans l'opposition. Mais Khanal lui aussi ne serait prêt à une telle union qu'à condition que l'armée populaire maoïste soit dissoute.
Les politiques népalais n'arrivant pas, de manière assez puérile, à se dépêtrer des luttes de personnes à l'intérieur même des partis, surtout de l'ULM et des maos, indépendamment de tout enjeu concret ou idéologique réel, le sujet en devient incompréhensible et inintéressant. La situation est telle qu'elle pourrait donner des arguments aux monarchistes qui considèrent tous les politiciens comme corrompus et, pire, incompétents, si ce qui reste de la famille royale après le massacre de 2001 ne l'était pas autant, voire plus.
Après son dernier esclandre dans le Chitwan, Terai, l'ancien prince héritier Paras (cf 14 décembre) fut mis sous les verrous pendant trois jours à Bharatpur. Cela provoqua des manifestations de sympathie de la part d'une fraction de la population locale. D'où les spéculations sur une base possible pour une résurgence monarchiste, et hindouiste, dans le Terai. D'après Chandra Kishore cependant (Kathmandu Post, 24 décembre 2010), suite au retour en force du BJP (droite hindoue) dans la coalition qui gouverne le Bihar, juste de l'autre côté de la frontière, les opinions publiques conservatrices du Terai pourraient être d'avantage attirées par la perspective d'une « république hindoue » que par celle d'un retour à la monarchie.
Le 26 décembre 2010
Une dizaine de jours après la visite de Wen Jiabao, la poussière est retombée et il apparaît clairement que si sur le plan commercial, elle n'est pas un échec, il n'en est pas de même sur les plans politique et diplomatique. Wen Jiabao a refusé de se prononcer sur la question des visas agrafés accordés au ressortissants du Jammu-Cachemire, de mentionner le rôle du Pakistan dans l'attentat de Mumbai, louant au contraire les efforts de son allié dans la lutte contre le terrorisme en général. La Chine évalue également sa frontière commune avec l'Inde à quelque 2000 km, au lieu de 3500 km, ce qui implique qu'elle ne considère comme indiens ni le Cachemire, ni l'Arunachal Pradesh. Cela s'ajoute au fait que depuis 1963, au lendemain de la guerre sino-indienne d'octobre 1962, la Chine est militairement présente dans la vallée de Shakigam, en Azad Cachemire ou PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) et plus récemment dans la région de Gilgit-Baltistan dans le Nord du Pakistan. Bin Laden serait-il l'hôte des Chinois ?
L'Empire du Milieu n'a donc fait aucune concession sur les questions de fond. En réponse l'Inde, revenant sur trois déclarations conjointes précédentes, a cette fois refusé de mentionner son adhésion à la doctrine « Une Chine » et de reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan et le Tibet.
« Il n'est pas besoin d'être expert en relations internationales pour comprendre que la visite indienne de Wen Jiabao est un flop » déclare le journaliste pakistanais Kuldip Nayar, en poste à New Delhi (Repùblica). Loin d'estomper les différends, il en ressort au contraire que l'Inde sera de plus en aspirée dans une alliance avec les USA, l'Otan, l'Occident et sans doute la Russie tandis que le Pakistan entrera de plus en plus dans la sphère d'influence chinoise, dressant la scène de la prochaine Guerre Froide et éloignant la perspective d'un improbable marché commun de l'Asie du Sud (SAARC).
Le 31 décembre 2010
L'édition de décembre de la Tibetan Review (p. 15) relayant Marketplace online (Nov. 9) annonce que suivant l'économiste allemand Nils Hendrik Klann « les pays qui reçoivent le Dalaï Lama perdent entre 8,1 et 16,9 % de leurs exportations vers la Chine au cours des deux années qui suivent, suivant l'importance relative des dignitaires impliqués dans l'événement. Cet effet négatif pour les exportations s'effacerait cependant après une paire d'année.
Tous les pays ne sont pas traités à la même enseigne. Ainsi le fait que le président des USA, Barrack Obama ait rencontré le leader tibétain au début de cette année n'a pas empêché que l'année 2010 se solde par un record des exportations américaines vers la Chine.
Il est cependant fort probable que ces visites du Dalaï Lama se poursuivront ponctuellement car les politiques occidentaux subissent de la part de leurs opinions publiques une forte pression en ce sens et elles leur permettent de gagner en crédibilité sur le front de la défense des Droits de l'homme et de la démocratie.
La Chine pop a l'habitude de conduire des manœuvres militaires à armes réelles (war games) lorsqu'elle veut faire passer un message diplomatique ou politique. Il en fut ainsi lorsqu'elle procéda à des tirs de missiles après que Lee Teng Hui organisât les premières élections libres à Taïwan dans les années 90. En novembre dernier les manœuvres en Mer de Chine du Sud, à proximité de l'île de Hainan, impliquant la marine et les forces aériennes, peuvent être perçues comme une réponse au renouvellement de la pourtant récente alliance du Vietnam avec les USA. Les exercices aériens et terrestres à proximité de la frontière indo-tibétaine constitueraient un « avertissement » à l'Inde suite à son projet de réactivation de la base aérienne avancée de Nyoma au Ladakh, ainsi qu'aux récentes visites de Manmohan Singh au Japon, au Vietnam et en Malaisie.
Voyagé de Mac Leod Ganj en bus et en compagnie de Tashi, ce jeune moine, Sherpa d'obédience tibétaine qui nous avait servi de guide dans certains des hauts lieux historiques du bouddhisme tibétain en Himachal, dont le lac Rewelsar où, en route pour le Tibet, se serait arrêté Padmasambhava, fondateur indien du lignage tibétain des Niyingma Pa, auquel appartient Tashi. On pourrait donc tout aussi bien dire que Tashi nous a emmené aux hauts lieux de l'histoire des Niyingma Pa en Himachal.
Tashi est finalement sympathique, cynique et généreux en même temps. Nous nous entendons bien. Il est également drôle. Pas coincé, il laisse facilement transparaître ses goûts et dégoûts, voire ses haines ou ses inquiétudes. Bref il me convient.
Sherpa, il est né dans le tourisme et me confie qu'il voudrait « se lancer dans les affaires ». Il pense à une « guesthouse bouddhiste ». Me rappelant la communauté niyingma pa de la rue de Livourne à Bruxelles qui tire ses revenus de deux ou trois restaurants végétariens en ville, je lui suggère de commencer par un restaurant, plus facile peut-être qu'une guesthouse.
Il m'a proposé de me rendre les 2000 INR qu'il m'avait « empruntés ». J'ai refusé tout en lui répétant que je regrettais de ne pas pouvoir faire plus pour ses oeuvres.
Ses oeuvres marchent d'ailleurs plutôt bien puisqu'il est arrivé à lever suffisamment de fonds pour équiper son monastère de quatre panneaux solaires qui fournissent l'électricité pour l'éclairage des environs et de la rue qui passe devant son monastère. Roublard, mais cela sert à quelque chose et promeut les sources d'énergie renouvelables.
*
Troisième fois que je descends au Ess Gee's, chez Gaurav Chadah, dans East Patel Nagar, quand à New Delhi. Je commence à me rendre compte que ce quartier est vraiment pas mal. C'est en fait un quartier résidentiel « classe moyenne » habité surtout par des réfugiés hindous, sans doute aisés au départ, du Pakistan, ancien Penjab. Au cours de mes premiers passages à Delhi, comme beaucoup de routards je descendais à Paharganj ou Chandni Chowk. Puis je me suis rendu compte que Pahar Ganj, ses ruelles étroites, sa saleté parfois répugnante sont aussi dangereux. Un incendie dans ce quartier, ou un tremblement de terre laisseraient peu de chance d'en sortir vivant. Quand à Chandni Chowk, il ya trop de musulmans.
East Patel Nagar est organisé autour de deux parcs, East Patel Nagar Main Chowk et Jogger's Park. Le quartier est relativement aéré. Il n'y a pas trop de chiens errants galeux et n'est pas envahi par les ordures ou les gravats. A part quelques flaques d'eau stagnantes et le mélange d'arrogance et de snobisme qui caractérise la classe moyenne indienne, le quartier est plutôt confortable et pratique. Il y a des ATM un peu partout, des restaurants, pâtisseries, chocolatiers, abondance de nettoyages à sec, et même un de ces Coffee Days auxquels Sonia Gandhi a fait, peut-être involontairement, de la pub car on la voit sur une photo officielle déguster un expresso de cette marque. Il suffirait d'un rien pour que le quartier soit parfait.
Malheureusement, beaucoup de ces bâtiments sont de construction récente, en béton. Les plus anciens remontent peut-être aux années 50. Malgré cela, ces maisons arrivent à manifester une certaine élégance : styles néo-classique un peu kitsch combinant des éléments de l'architecture moghol, hellénistique et/ou rustique britannique qui donnent parfois des résultats assez agréables à regarder.
Ess Gee's (19/9 East Patel Nagar) appartient à la dernière catégorie. Bâti sans doute entre les deux guerres ou immédiatement après l'Indépendance, le bâtiment de deux étages couronné d'une sorte de penthouse au troisième niveau, vérandas et fenêtre à petits carreaux, a l'allure d'un cottage britannique. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont aménagés en chambres d'hôtes, les propriétaires occupent un deuxième étage aménagé en penthouse.
La construction a l'air de brique peinte en blanc, de bois et de béton. Un petit front yard la précède, par lequel on accède à une véranda-antichambre suivie d'un corridor où donnent les trois chambres d'hôtes, suivi d'une deuxième antichambre aménagée en salon éclairé par une verrière de vitraux.
Au bout d'un second couloir se dirigeant vers le fond de la maison une cuisine et une salle à manger où officient deux gamins arrogants, sans doute enfants, apparentés ou amis de cette famille de brahmines ou de kshatriya. Au bout de ce couloir une porte donne sur la ruelle desservant l'arrière des maisons de la rue.
A l'étage, trois chambres dont une donnant sur un balcon et la rue, une autre sur l'antichambre du rez-de-chaussée, la troisième étant aveugle.
Ce soir après avoir dîné dans un « bar-restaurant », les seuls où l'on puisse trouver de la bière, je me promène dans le quartier en en fumant un. Un vieux qui rentre chez lui à vélo me sourit au passage de toutes les dents qui lui restent et m'invite du geste à sauter sur son porte-paquet. Échange de sourires.
A la TL, une Indienne exhorte ses compatriotes à la compassion à l'égard des animaux.
Je déteste souvent les Indiens, autant qu'ils se détestent eux-mêmes, mais je les aime aussi. La naïveté et la grande sensibilité qui se cache derrière leur superbe m'émeut parfois.
Plausibilité d'une OCPB (Organisation de la Conférence des Pays Bouddhistes : pays où il y a des bouddhistes) ?
Delhi, le 22 décembre 2010
Dans le cadre de la visite du président Medvedev en Inde, la Russie, plus explicite que les USA dans sa dénonciation du rôle joué par le Pakistan dans l'organisation de l'attentat de Mumbai, a appelé ce pays à « rapidement inculper ses organisateurs, auteurs et complices ». Le président Medvedev a par ailleurs déclaré à Delhi que « les états qui aident ou protègent des terroristes sont coupables autant que ces derniers ». La déclaration commune affirme que « la situation ne pourra être stabilisée en Afghanistan avant que les refuges et infrastructures logistiques utilisés par les terroristes et autres extrémistes violents en Afghanistan, mais aussi au Pakistan, soient éliminés (Times of India).
Delhi, le 23 décembre 2010
Dans le cadre de l'enquête portant sur deux attentats – le 18 mai 2007 à la mosquée Mecca de Hyderabad et le 11 octobre au Ajmer Sharif Dargah - dont les auteurs appartiennent à la mouvance RSS de l'extrême droite hindoue, le CBI a convoqué Indres Kumar, un des leaders de ce mouvement, suspectés d'avoir joué un rôle dans l'organisation du premier de ces deux attentats. La droite hindoue, suite aux déclarations de Rahul Gandhi sur la dangerosité de la droite religieuse hindoue plus grande que celle du terrorisme islamiste, accuse le Congrès de machination (Mail Today, New Delhi).
Katmandou le 24 décembre 2010
Comme à chacun de mes retours, il me faut commencer par démêler ou renouer les fils de l'imbroglio politique népalais.
Après je crois dix-sept tentatives, toujours pas de Premier ministre si ce n'est Madav Kumar Nepal (UML) qui dirigeait la coalition précédente et expédie à présent les affaires courantes. Le noeud du problème reste le refus des maoïstes de Prachanda majoritaires aux dernières législatives, de dissoudre leurs milices, de les intégrer dans l'armée népalaise et renvoyer dans leurs foyers ceux qui ne sont pas qualifiés à cet effet.
Face à ce donné, c'est l'attitude des deux autres grands partis NC et UML qui détermine les options possibles. Le NC est clair et cohérent : il réclame le poste de PM pour le NC Paudel, ou le leader UML Jhala Nath Khanal. Mais l'ULM est plus divisé. La faction centriste – pluraliste et « démocratique » - de ce parti nominalement marxiste (réformiste), que représente le PM sortant, préférerait se joindre à une coalition avec le NC centriste mais pas avec Paudel comme Premier. Il faudrait donc que Paudel retire sa candidature.
La frange gauchiste de l'ULM, dirigée par Khanal, préférerait par contre une coalition avec les maoïstes, arguant qu'un gouvernement sous lequel l'Assemblée devra rédiger une nouvelle constitution ne peut laisser le parti le plus important en voix dans l'opposition. Mais Khanal lui aussi ne serait prêt à une telle union qu'à condition que l'armée populaire maoïste soit dissoute.
Les politiques népalais n'arrivant pas, de manière assez puérile, à se dépêtrer des luttes de personnes à l'intérieur même des partis, surtout de l'ULM et des maos, indépendamment de tout enjeu concret ou idéologique réel, le sujet en devient incompréhensible et inintéressant. La situation est telle qu'elle pourrait donner des arguments aux monarchistes qui considèrent tous les politiciens comme corrompus et, pire, incompétents, si ce qui reste de la famille royale après le massacre de 2001 ne l'était pas autant, voire plus.
Après son dernier esclandre dans le Chitwan, Terai, l'ancien prince héritier Paras (cf 14 décembre) fut mis sous les verrous pendant trois jours à Bharatpur. Cela provoqua des manifestations de sympathie de la part d'une fraction de la population locale. D'où les spéculations sur une base possible pour une résurgence monarchiste, et hindouiste, dans le Terai. D'après Chandra Kishore cependant (Kathmandu Post, 24 décembre 2010), suite au retour en force du BJP (droite hindoue) dans la coalition qui gouverne le Bihar, juste de l'autre côté de la frontière, les opinions publiques conservatrices du Terai pourraient être d'avantage attirées par la perspective d'une « république hindoue » que par celle d'un retour à la monarchie.
Le 26 décembre 2010
Une dizaine de jours après la visite de Wen Jiabao, la poussière est retombée et il apparaît clairement que si sur le plan commercial, elle n'est pas un échec, il n'en est pas de même sur les plans politique et diplomatique. Wen Jiabao a refusé de se prononcer sur la question des visas agrafés accordés au ressortissants du Jammu-Cachemire, de mentionner le rôle du Pakistan dans l'attentat de Mumbai, louant au contraire les efforts de son allié dans la lutte contre le terrorisme en général. La Chine évalue également sa frontière commune avec l'Inde à quelque 2000 km, au lieu de 3500 km, ce qui implique qu'elle ne considère comme indiens ni le Cachemire, ni l'Arunachal Pradesh. Cela s'ajoute au fait que depuis 1963, au lendemain de la guerre sino-indienne d'octobre 1962, la Chine est militairement présente dans la vallée de Shakigam, en Azad Cachemire ou PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) et plus récemment dans la région de Gilgit-Baltistan dans le Nord du Pakistan. Bin Laden serait-il l'hôte des Chinois ?
L'Empire du Milieu n'a donc fait aucune concession sur les questions de fond. En réponse l'Inde, revenant sur trois déclarations conjointes précédentes, a cette fois refusé de mentionner son adhésion à la doctrine « Une Chine » et de reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan et le Tibet.
« Il n'est pas besoin d'être expert en relations internationales pour comprendre que la visite indienne de Wen Jiabao est un flop » déclare le journaliste pakistanais Kuldip Nayar, en poste à New Delhi (Repùblica). Loin d'estomper les différends, il en ressort au contraire que l'Inde sera de plus en aspirée dans une alliance avec les USA, l'Otan, l'Occident et sans doute la Russie tandis que le Pakistan entrera de plus en plus dans la sphère d'influence chinoise, dressant la scène de la prochaine Guerre Froide et éloignant la perspective d'un improbable marché commun de l'Asie du Sud (SAARC).
Le 31 décembre 2010
L'édition de décembre de la Tibetan Review (p. 15) relayant Marketplace online (Nov. 9) annonce que suivant l'économiste allemand Nils Hendrik Klann « les pays qui reçoivent le Dalaï Lama perdent entre 8,1 et 16,9 % de leurs exportations vers la Chine au cours des deux années qui suivent, suivant l'importance relative des dignitaires impliqués dans l'événement. Cet effet négatif pour les exportations s'effacerait cependant après une paire d'année.
Tous les pays ne sont pas traités à la même enseigne. Ainsi le fait que le président des USA, Barrack Obama ait rencontré le leader tibétain au début de cette année n'a pas empêché que l'année 2010 se solde par un record des exportations américaines vers la Chine.
Il est cependant fort probable que ces visites du Dalaï Lama se poursuivront ponctuellement car les politiques occidentaux subissent de la part de leurs opinions publiques une forte pression en ce sens et elles leur permettent de gagner en crédibilité sur le front de la défense des Droits de l'homme et de la démocratie.
*
La Chine pop a l'habitude de conduire des manœuvres militaires à armes réelles (war games) lorsqu'elle veut faire passer un message diplomatique ou politique. Il en fut ainsi lorsqu'elle procéda à des tirs de missiles après que Lee Teng Hui organisât les premières élections libres à Taïwan dans les années 90. En novembre dernier les manœuvres en Mer de Chine du Sud, à proximité de l'île de Hainan, impliquant la marine et les forces aériennes, peuvent être perçues comme une réponse au renouvellement de la pourtant récente alliance du Vietnam avec les USA. Les exercices aériens et terrestres à proximité de la frontière indo-tibétaine constitueraient un « avertissement » à l'Inde suite à son projet de réactivation de la base aérienne avancée de Nyoma au Ladakh, ainsi qu'aux récentes visites de Manmohan Singh au Japon, au Vietnam et en Malaisie.
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