Asie du Sud et du Sud-Est 2010-2011
Journal de voyage et revue des presses indienne et népalaise 2010-début 2011
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samedi 12 mars 2011
jeudi 3 mars 2011
Le Népal a un Premier ministre et aurait ... un gouvernement. Loi pakistanaise contre le blasphème
Le 2 mars 2011
Rentré depuis un peu plus d'un mois (le 29 janvier 2011) juste à temps pour jouir de la dernière offensive de l'hiver belge, confortablement ré-installé dans ma tour d'ivoire liégeoise, j'ai enfin le temps de mettre de l'ordre dans les dernières coupures de presse népalaise emportées.
Au 25 janvier, les derniers faits marquant de la vie politique népalaise étaient la participation de la PLA (armée populaire) maoïste à la cérémonie de transfert des compétences en matière de gestion des différents groupes armés ayant participé à la guerre civile au SC (Special Comitteee for Supervision, Integration and Rehabilitation of PLA combatants), et l'octroi par le Président de l'État, Ram Baran Yadav, d'un dernier délai pour aboutir atteindre à un accord de gouvernement. Ce dernier délai arrivait à échéance le 26 janvier. Tous semblaient par ailleurs accepter le principe d'un gouvernement d'une coalition entre deux des trois principaux partis ou de gouvernements par rotation (tous les 4 mois) jusqu'à la complétion de la Constitution et la résolution du problème des combattants maoïstes.
Tout se jouait entre les trois partis principaux – Congrès (NC), maoïstes et UML – et surtout entre les deux fractions, gauchiste et centriste de l'ULM, le leader de la première, Jhala Nath Khanal, également président de son parti, étant partisan d'une coalition UML-mao, et le Comité permanent du parti d'une coalition NC-ULM.
Le Kathmandu Post du 25 rend compte des dernières escarmouches entre les maos et le Congrès avant l'échéance du 26, le lendemain, le NC réclamant de conduire le premier gouvernement, arguant que les coalitions précédentes avaient été conduites par les maos et l'ULM, les maos répétant leurs prétentions à la conduite d'une coalition arguant du fait qu'ils sont le plus important des trois partis principaux. Ils proposent aussi que leurs forces soient intégrées dans une nouvelle agence ad hoc, plutôt que dans les agences sécuritaires – armée, police et police armée – existant déjà.
L'édition du même quotidien, le 26 janvier, enregistre peu de nouveautés sinon que plusieurs petits partis madeshi (MJF, TLMP, Sadhbhavana) dont les rivalités ont contribué à défaire une alliance (SLMM : Samyukta Loktantrik Madeshi Morcha) qui aurait pu les mettre au nombre des "grands partis", ont décidé de réactiver leur alliance.
On y apprend aussi que le UPR (Universal Periodic Review, Genève), organe de l'ONU chargé de suivre les progrès dans l'application des traités en matière de Droits de l'Homme, reproche au gouvernement népalais d'avoir présenté dans son rapport les "efforts faits" en vue d'une meilleure application de la loi sans rendre suffisamment compte des résultats de ces efforts. Le UPR s'inquiète particulièrement de l'impunité des atteintes aux droits des dalits, des femmes, des enfants et des invalides ainsi que des cas de torture par la police lors de gardes à vue.
Transitant par Londres le 28 janvier, je lis dans The Independent que Mumtaz Quadri, garde du corps de Salmaan Taseer, gouverneur du Pendjab pakistanais, qui assassina son employeur pour le punir de s'opposer à la loi punissant le blasphème de la peine de mort. Cette loi est fréquemment utilisée pour intimider ou faire chanter des non-musulmans ou des musulmans soupçonnés de tiédeur.
Mumtaz Quadri appartenait pourtant à la mouvance soufi de l'islam pakistanais, elle-même en butte aux exactions de l'islam wahabite et du Deoband, école juridique connue pour son interprétation littéraliste de la Charia. Depuis le meurtre du gouverneur, la famille de Mumtaz Quadri est couverte de louange et de dons divers y compris par des organisations sunnites telles que le Sunni Tehreek de la secte sunnite "modérée" Barelvi. La mise occidentale de la journaliste TL Meher Bokhari, par ailleurs virulemment anti-Talibans, ne l'empêcha pas d'encourager le meurtre et de l'approuver une fois perpétré. L'islam pakistanais a beau comprendre des variantes multiples, allant du sunnisme wahabite au chiisme et les ahmadistes en passant par le soufisme et les écoles plus tolérantes du sunnisme pakistanais traditionnel, l'opposition à la réforme de la loi sur le blasphème semble faire l'unité parmi eux conclut le journaliste Omar Waraich, musulman lui-aussi.
Le 3 mars 2011
Au Népal, la situation semble se débloquer depuis que Jhala Nath Khanal, président de l'ULM et leader de la fraction "gauchiste" du parti a été désigné comme Premier ministre le 3 février dernier, à la tête d'une coalition UML– maoïstes. On apprend aujourd'hui (Nepali Times) exactement un mois après, un dernier point de contention – qui portait sur le portefeuille de l'Intérieur, revendiqué par les maoïstes – étant résolu, que le nouveau gouvernement est enfin en place à l'issue de sept mois de crise. Il comprendrait onze ministres maoïstes.
Khanal aurait promis à Prachanda que le portefeuille de l'Intérieur reviendrait aux maos lorsque que le processus d'intégration des forces maoïstes dans l'armée et la police serait suffisamment avancé (The Kathmandu Post).
dimanche 23 janvier 2011
Le 10 janvier 2011
The Himalayan annonce que pour éviter que le pays ne devienne un "hub of international criminals" , le gouvernement s'apprête à présenter devant le Parlement un projet de loi qui lui permettra de mettre à jour l'accord d'extradition signé avec l'Inde en 1988 et de l'étendre à d'autres pays ainsi que de signer avec des pays partenaires des accords d' "assistance mutuelle" en matière de sécurité et de menace de l'ordre public.
Plus de cinq cent travailleurs clandestins du Bangladesh, entrés avec un visa de tourisme pour travailler dans la construction dans la Vallée de Katmandou vont être expulsés. Plusieurs d'entre eux étaient "en transit" vers des destinations plus attrayantes – pays du Golfe, Pologne, Azerbaidjan – munis de faux passeports népalais.
Le 18 janvier 2011
Allé hier vers 13 h au monastère financé par le gouvernement chinois (Chine pop.) dont j'avais rencontré l'abbé la semaine dernière chez le papetier musulman de Parsa et qui m'avait invité à lui rendre visite.
Les abords du monastère se sont dégradés depuis que je l'avais découvert en 2005. Ils sont à présent complètement envahis par les "marchands du Temple", des natifs, hindous ou musulmans, souvent à la mine patibulaire. Les gardiens des sandales et souliers, que l'on doit laisser devant l'entrée donnant accès au jardin qui précède le sanctuaire, ne sont guère plus avenants.
Les colonnes peintes en rouge soutenant la galerie entourant le jardin intérieur sont à présent couvertes de graffiti. Et les jeunes assis juste devant le sanctuaire, vide de tout moine ou moniale à cette heure, ne sont ni accueillant ni vraiment utiles à quoi que ce soit. Leur unique fonction semble être de veiller au tronc où les pèlerins laissent leurs oboles.
Je me présente, décline mon identité, que je réside au LIRI et leur montre le bout de papier où l'abbé a écrit son nom. Le plus âgé des deux "concierges" me dit que les moines et moniales dorment à cette heure. J'insiste pour qu'il m'annonce, ce qu'il fait de mauvaise grâce. Je vois de loin le moine apparaître sur le seuil de sa chambre. Le concierge revient me confirmant que l'abbé ne peut me recevoir à cette heure. La sieste doit pourtant tirer vers la fin car je vois deux nonnes s'affairer autour de la statue de Metteya à l'entrée.
Ces moines subsidiés par le gouvernement communiste de la Chine populaire se comportent comme des fonctionnaires. Trop paresseux sans doute ou corrompus pour s'occuper sérieusement et personnellement de l'accueil des visiteurs et de la protection du site, comme c'était encore le cas il y a cinq ans, ils délèguent cette charge aux maffias locales qui s'acquittent plutôt mal que bien de cette tâche pourtant guère difficile.
Ne résistant pas à l'envie de dire à ces nonnes ce que je pense de l'accueil – je crois qu'elle comprennent au moins le ton de mon discours car elles me considèrent d'un air un peu contrarié - je m'en vais sans intention de revenir pour sonder l'abbé, comme c'était mon projet, sur ce qu'il pense de la politique chinoise vis-à-vis du Pakistan et de l'islam en général, de plus en plus convaincu qu'il n'y a pas grand chose à tirer de ces moines ignares et corrompus que seuls intéressent les visiteurs dont il est possible de retirer quelqu'avantage matériel.
Le 19 janvier 2011
Le Kathmandu Post annonce que suite au départ la semaine dernière des troupes de l'ONU (UNMIN) chargées de veiller aux accords passés entre les Sept Partis et les maoïstes et d'éviter un reprise des hostilités entre ces derniers et l'armée népalaise, le gouvernement chargés des affaires courantes (on dirait une histoire belge) et le UCPN maoïste sont convenu de transférer solennellement, le 22 janvier, le commandement de la PLA maoïste à un Comité Spécial dirigé par le Premier ministre.
Étonnant pays, un des plus pauvres de la planète, un des plus arriérés et sous certains aspects des plus conservateurs, mais qui s'apprête à voter, après qu'un comité Same Sex Marriage ait étudié les législations des pays l'autorisant et enquêté sur le terrain en Norvège, une loi rendant possible le mariage de personnes de même sexe. L'opinion publique réagit paraît-il (Idem) de manière équilibrée à cette perspective.
Le 23 janvier 2011
Maharana, le pasteur de l'église protestante voisine, et directeur d'une école primaire qui jouit d'une excellente réputation, m'apprend que Rajesh, le laitier, à qui j'ai filé 1000 NR pour qu'il fasse soigner sa fille à Bhairawa, lorsque je l'ai rencontré au cours d'une balade à vélo que je faisais dans son village, est en fait "un homme riche". Il a treize vache et livre lait et yaourt à tout le village de Ramagaun. Rajesh, lorsqu'il a tenté avec succès de m'apitoyer sur la grosse fièvre de sa fille - il aurait voulu 3000 NR - m'a donc doublement menti, en me présentant son étable comme sa maison et en prétendant que seules trois des vaches - sur les 12 qu'abritait l'étable - lui appartenaient. Il serait en fait propriétaire de tout le troupeau ainsi que d'une maison en dur dans le village.
The Himalayan annonce que pour éviter que le pays ne devienne un "hub of international criminals" , le gouvernement s'apprête à présenter devant le Parlement un projet de loi qui lui permettra de mettre à jour l'accord d'extradition signé avec l'Inde en 1988 et de l'étendre à d'autres pays ainsi que de signer avec des pays partenaires des accords d' "assistance mutuelle" en matière de sécurité et de menace de l'ordre public.
Plus de cinq cent travailleurs clandestins du Bangladesh, entrés avec un visa de tourisme pour travailler dans la construction dans la Vallée de Katmandou vont être expulsés. Plusieurs d'entre eux étaient "en transit" vers des destinations plus attrayantes – pays du Golfe, Pologne, Azerbaidjan – munis de faux passeports népalais.
Le 18 janvier 2011
Allé hier vers 13 h au monastère financé par le gouvernement chinois (Chine pop.) dont j'avais rencontré l'abbé la semaine dernière chez le papetier musulman de Parsa et qui m'avait invité à lui rendre visite.
Les abords du monastère se sont dégradés depuis que je l'avais découvert en 2005. Ils sont à présent complètement envahis par les "marchands du Temple", des natifs, hindous ou musulmans, souvent à la mine patibulaire. Les gardiens des sandales et souliers, que l'on doit laisser devant l'entrée donnant accès au jardin qui précède le sanctuaire, ne sont guère plus avenants.
Les colonnes peintes en rouge soutenant la galerie entourant le jardin intérieur sont à présent couvertes de graffiti. Et les jeunes assis juste devant le sanctuaire, vide de tout moine ou moniale à cette heure, ne sont ni accueillant ni vraiment utiles à quoi que ce soit. Leur unique fonction semble être de veiller au tronc où les pèlerins laissent leurs oboles.
Je me présente, décline mon identité, que je réside au LIRI et leur montre le bout de papier où l'abbé a écrit son nom. Le plus âgé des deux "concierges" me dit que les moines et moniales dorment à cette heure. J'insiste pour qu'il m'annonce, ce qu'il fait de mauvaise grâce. Je vois de loin le moine apparaître sur le seuil de sa chambre. Le concierge revient me confirmant que l'abbé ne peut me recevoir à cette heure. La sieste doit pourtant tirer vers la fin car je vois deux nonnes s'affairer autour de la statue de Metteya à l'entrée.
Ces moines subsidiés par le gouvernement communiste de la Chine populaire se comportent comme des fonctionnaires. Trop paresseux sans doute ou corrompus pour s'occuper sérieusement et personnellement de l'accueil des visiteurs et de la protection du site, comme c'était encore le cas il y a cinq ans, ils délèguent cette charge aux maffias locales qui s'acquittent plutôt mal que bien de cette tâche pourtant guère difficile.
Ne résistant pas à l'envie de dire à ces nonnes ce que je pense de l'accueil – je crois qu'elle comprennent au moins le ton de mon discours car elles me considèrent d'un air un peu contrarié - je m'en vais sans intention de revenir pour sonder l'abbé, comme c'était mon projet, sur ce qu'il pense de la politique chinoise vis-à-vis du Pakistan et de l'islam en général, de plus en plus convaincu qu'il n'y a pas grand chose à tirer de ces moines ignares et corrompus que seuls intéressent les visiteurs dont il est possible de retirer quelqu'avantage matériel.
Le 19 janvier 2011
Le Kathmandu Post annonce que suite au départ la semaine dernière des troupes de l'ONU (UNMIN) chargées de veiller aux accords passés entre les Sept Partis et les maoïstes et d'éviter un reprise des hostilités entre ces derniers et l'armée népalaise, le gouvernement chargés des affaires courantes (on dirait une histoire belge) et le UCPN maoïste sont convenu de transférer solennellement, le 22 janvier, le commandement de la PLA maoïste à un Comité Spécial dirigé par le Premier ministre.
Étonnant pays, un des plus pauvres de la planète, un des plus arriérés et sous certains aspects des plus conservateurs, mais qui s'apprête à voter, après qu'un comité Same Sex Marriage ait étudié les législations des pays l'autorisant et enquêté sur le terrain en Norvège, une loi rendant possible le mariage de personnes de même sexe. L'opinion publique réagit paraît-il (Idem) de manière équilibrée à cette perspective.
Le 23 janvier 2011
Maharana, le pasteur de l'église protestante voisine, et directeur d'une école primaire qui jouit d'une excellente réputation, m'apprend que Rajesh, le laitier, à qui j'ai filé 1000 NR pour qu'il fasse soigner sa fille à Bhairawa, lorsque je l'ai rencontré au cours d'une balade à vélo que je faisais dans son village, est en fait "un homme riche". Il a treize vache et livre lait et yaourt à tout le village de Ramagaun. Rajesh, lorsqu'il a tenté avec succès de m'apitoyer sur la grosse fièvre de sa fille - il aurait voulu 3000 NR - m'a donc doublement menti, en me présentant son étable comme sa maison et en prétendant que seules trois des vaches - sur les 12 qu'abritait l'étable - lui appartenaient. Il serait en fait propriétaire de tout le troupeau ainsi que d'une maison en dur dans le village.
mardi 11 janvier 2011
Retour à Lumbini. Les moines doivent-ils contribuer au développement ?
Bien que nous soyons en 2011 comme je serai encore sur la route jusqu'au 28 janvier, je continuerai donc à poster ce journal de voyage commencé en 2010 jusqu'à cette date.
Lumbini, le 1er janvier 2011
L'hiver est arrivé dans le Terai juste pour le Nouvel An. Hier il faisait encore soleil de 10 h du matin à 17 h. Ce matin la brume était au rendez-vous et j'ai tout de suite senti qu'elle y était pour rester. Ciel plombé toute la journée comme en Belgique. Le garde m'a dit qu'il avait neigé dans l'Ouest du Népal et dans l'Uttaranchal, état indien voisin. Ici on devra se contenter de la grisaille. Il ne neige quasiment jamais dans la vallée du Gange.
Depuis mon arrivée, Christophe est charmant. Après cinq, presque six ans, je le connais et le comprends un peu mieux et peux donc mieux éviter les malentendus et autres problèmes. Bien que sa raideur, à laquelle il semble avoir mis une sourdine – on n'est pas allemand et fils d'un juriste catholique membre de l'Opus Dei sans conséquence - soit bien réelle, une autre source des problèmes que j'ai connu avec lui tient aussi au fait que son autoritarisme et son caractère obsessionnel se combinent avec une certaine confusion mentale. Autoritaire et confus ! La pire des combinaisons possible ! Ou cette confusion tient-elle au caractère approximatif de son anglais ?
Mais vraiment gentil et généreux quand il vous a à la bonne Il s'est coupé en quatre pour me faire parvenir de Katmandou du café et du fromage de yak, m'a a invité deux fois au restau, etc..
Lundi 3 janvier 2011
The Kathmandu Post annonçait hier qu'au dire de l'UCPN (maoïstes) l'administration (Ministère de l'Intérieur) a lancé des mandats d'arrêt contre des dizaines de cadres nationaux ou régionaux du parti accusés d'avoir commis des crimes au cours des années d'insurrection. Un des accusés, Balkrishna Dhungel, parlementaire maoïste, aurait le 8 septembre dernier été condamné à vie par la Cour Suprême pour un meurtre commis en 1998. Les maos protestent invoquant le CPA (Comprehensive Peace Accord) au termes duquel "les cours de justice ne seraient pas compétentes pour les délits commis pour des motifs politiques au cours des années de de conflit". Il est vrai que l'armée s'est aussi rendu coupable d'atteintes aux Droits de l'Homme et de crimes divers, sans qu'elle ait jusqu'à présent eu à en répondre.
Hier à Parsa, village à majorité musulmane, comme je me trouvais dans une des deux pharmacies, celle tenue par un jeune hindou, docteur en médecine, un client local, musulman à en juger par son accoutrement et son attitude, me demande avec le sourire mais d'un ton impérieux, alors que je m'apprête à partir, si je suis bouddhiste. Comme je suis déjà prêt à enfourcher mon vélo, il me fait de la main un signe, m'intimant de revenir vers lui pour continuer la conversation sans doute. Je l'ignore et reprends ma route vers le LIRI.
A Parsa également une association luttant contre la coutume des dots (payées par la famille d'une femme à celle de l'époux), les mariages d'enfants, et les harcèlements ou mauvais traitements suite à une accusation de sorcellerie aurait obtenu l'engagement de 500 personnes - comprenant des hindous de castes "inférieures", des Tharu, des Madeshi et des musulmans - de ne pas exiger ni offrir de dots à l'occasion du mariages de leurs enfants. Cette pratique est qualifié par un article du Kathmandu Post (Ibid.) de "social evil".
Le Vénérable Sagara m'intéresse dans la mesure où il est imparfait. Pas le moine typique : il s'intéresse à la politique, et est nationaliste népalais ou en tous cas n'est pas pro-occidental. Indice : en dehors de l'anglais, qu'il parle assez bien, il s'intéresse surtout aux langues indiennes et au thaï. Il connaît aussi très bien l'histoire du Népal et m'a appris l'autre jour que Kangra (Himachal) avait été contrôlé par le Népal jusqu'à ce que, au 19e siècle, les Britanniques s'en emparent. Ce qu'il a l'air de ne pas encore leur avoir pardonné. Sagara réagit souvent non seulement en népalais mais aussi en Shah. Ces derniers s'étaient en effet toujours opposé à la pénétration de l'influence britannique au Népal. Les Rana, "shoguns" népalais qui "régnèrent" à la place des Shah de 1846 à 1953, par contre ouvrirent d'avantage le pays aux influences britanniques et occidentales et se firent construire un palais de style néo-classique adjoignant le palais royal.
Ce kshatriya s'est "converti" au theravâda alors qu'il travaillait au Sri Lanka – comme volontaire ? - pour l'UNDP. Je ne peux m'empêcher de penser que la perspective d'un statut social respecté et même dominant, ainsi que d'une subsistance assurée, figuraient au nombre de ses motivations conscientes ou inconscientes. Peut-être veut-il restaurer au Népal, dont il a complètement disparu, s'il y fut jamais notablement représenté, un theravda à la singhalaise, où les moines représentent une aristocratie oisive, improductive, irresponsable et souvent abusive.
Du Kshatriya il a en tous cas gardé le ton assuré, parfois autoritaire, ainsi que des dispositions (à la manipulation ou aux tentatives d'intimidation par exemple) qui en Occident l'apparenterait plus aux maffias criminelles qu'aux noblesses d'épée, telles en tous cas qu'elles sont devenues chez nous. Ou les kshatriyas indiens et les chhetris népalais donnent ils une idée assez proche de ce que nos noblesses furent avant les révolutions qui abolirent ou réduisirent leurs privilèges : suffisantes, arrogantes, arbitraires, assurées de leur impunité, brutales ?
Lorsqu'après quelques mois passé en dehors de Lumbini, je le retrouve assis sur une espèce de trône en compagnie d'un moine de Kapilavastu, tenant à la main la petite serviette souillée de nourriture, de boisson ou de sueur, qui ne le quitte jamais même au cours des fonctions les plus officielles, et que connaissant le rituel, je m'agenouille sur le tapis placé à cet effet, je le sens flatté de voir, devant témoin, un Occidental dans cette posture. Je ne prolonge pas l'entrevue au delà de quelques minutes et, rendez-vous pris pour le lendemain afin de parler de l'informant qu'il pourrait me fournir, prends congé.
Le lendemain, je le retrouve encore en compagnie mais cette fois de moinillons qui se sont récemment joints à sa communauté, et qu'il me présente comme faisant partie de "sa caste". Quant à moi je leur trouve une aussi sale tête. Attirant l'un d'entre eux vers lui il plaisante "this one is specially naughty".
Je reconnais Raju, son majordome, la vingtaine, pour l'avoir rencontré hier à vélo. Il m'avait abordé en me disant qu'il me connaissait et connaissait même mon nom : Elen. Il veut dire "Huynen". Je lui réponds qu'il se trompe sans doute car Elen est un nom de femme, et m'éloigne. Je le retrouve aujourd'hui en compagnie de Sagara qui me dit de lui qu'il est " a very good boy". Personnellement, je lui trouve une tête de voyou, et continue à l'ignorer.
J'ai appris que les cinq écoles fondées sur des terrains de son père par Metteya, lui aussi hindou de haute caste converti au bouddhisme theravada, ne sont en fait pas gratuites. Le droit d'inscription reviendrait à 300 NR/ par mois. Pas rien pour une famille népalaise. Mes sources sont Elise Sintès, qui me demande de ne pas en parler à Bernadette – intermédiaire de plusieurs donateurs allemands – ainsi que par le Vénérable Sagara lui-même. Cela, si c'est vrai, ne m'étonne pas trop. Je pensais bien qu'un brahmine ne pouvait être ni naïf ni complètement désintéressé. Mais le niveau de sous-développement à Lumbini et aux alentours est tel que, même intéressée, la démarche de Metteya et de son père n'en est pas moins positive. Tout ce qui est de nature à tirer la région de la misère poussiéreuse où elle stagne depuis des siècles, même si cela ne bénéficie qu'à une minorité, à mes yeux, est bon.
Visité hier le hameau où vit Rajesh qui me vend le lait de sa bufflone et ai découvert que lui, sa famille et son bétail vivent dans une "maison d'herbe", longue hutte, qui en hiver ne leur offre quasiment aucune protection. Nombreux sont ceux qui aux alentours vivent dans des conditions semblables, obligé parfois de laver leurs assiettes et leurs tasses dans l'égoût.
Sagara m'a-t-il fait cette confidence relative aux écoles de Metteya pour appuyer son opinion suivant laquelle "Ce n'est le rôle ni du bouddhisme, ni des moines de se préoccuper de développement. Le rôle de ces derniers est exclusivement de 'poursuivre le nirvâna' ". Critique déguisée du moine, beau gosse en plus, et qui pourrait bien au cours de ses pérégrinations occidentales se laisser séduire par une dévote et opter pour le bouddhisme tibétain, qui permet le mariage à ses lamas ? A moins que ce ne soit par un petit ami ?
Je lui fais franchement part de mon point de vue : les bouddhistes à Lumbini, en majorité étrangers, sont considérés comme riches par les populations locales, musulmanes et hindoues. Si les communautés monastiques du Master Plan ne contribuent pas au développement de la région, ces populations pourraient finir par développer du ressentiment vis-à-vis du dharma et des bouddhistes plutôt que de la sympathie. Cela a l'air de le faire réfléchir.
Comme le Vénérable me laisse de nouveau agenouillé à ses pieds, et à ceux des moinillons, je lui propose que nous nous revoyions au cours d'un déjeûner que je lui offrirais, et de la rappeler après le week-end.
Il m'appelle le lendemain pour m'inviter, fixe la date (le lendemain) et le lieu, sans s'enquérir de mes disponibilités, et conclut par un "OK ?" qui ne laisse pas d'appel. A sa surprise, je crois, je lui réponds "No, not OK, I am sorry !". Effectivement je suis invité le lendemain et le surlendemain au symposium de l'UNESCO sur la zone Lumbini-Kapilavastu. Je lui répète que je reprendrai contact avec lui en début de la semaine suivante.
Le lendemain je suis surtout impressionné par Robin Connigham, archéologue enseignant à l'Université de Durham près de Newcastle, et son équipe d'étudiants qui vont entamer les fouilles du Village Mound où l'on soupçonne des vestiges de l'ancienne Rumindei (Lumbini), soit le village qui surgit sur les lieux entre le Bouddha et Asoka soit peut-être d'installations hôtelières utilisées par les deux familles alliées des Sakiya et des Koliya, clan de la mère du Sakyan, avant même que Sakyamuni devînsse le Bouddha..
Pour le deuxième jour du symposium, Sagara, en tant qu'ancien Vice-Président du LDT, s'est fait inviter.
Les moments où je préfère Sagara sont évidemment ceux où laissant tomber sa façade de Chhetri, abbé du plus ancien monastère theravada à Lumbini, peut-être illuminé – il aimerait certainement que je le croie - il se montre simplement humain comme lorsqu'il me confie qu'il vient d'acheter un glycomètre car sa glycémie l'inquiète. Il me demande de lui apprendre à l'utiliser, ce que je fais au retour de cette deuxième journée de symposium.
Lumbini, le 1er janvier 2011
L'hiver est arrivé dans le Terai juste pour le Nouvel An. Hier il faisait encore soleil de 10 h du matin à 17 h. Ce matin la brume était au rendez-vous et j'ai tout de suite senti qu'elle y était pour rester. Ciel plombé toute la journée comme en Belgique. Le garde m'a dit qu'il avait neigé dans l'Ouest du Népal et dans l'Uttaranchal, état indien voisin. Ici on devra se contenter de la grisaille. Il ne neige quasiment jamais dans la vallée du Gange.
Depuis mon arrivée, Christophe est charmant. Après cinq, presque six ans, je le connais et le comprends un peu mieux et peux donc mieux éviter les malentendus et autres problèmes. Bien que sa raideur, à laquelle il semble avoir mis une sourdine – on n'est pas allemand et fils d'un juriste catholique membre de l'Opus Dei sans conséquence - soit bien réelle, une autre source des problèmes que j'ai connu avec lui tient aussi au fait que son autoritarisme et son caractère obsessionnel se combinent avec une certaine confusion mentale. Autoritaire et confus ! La pire des combinaisons possible ! Ou cette confusion tient-elle au caractère approximatif de son anglais ?
Mais vraiment gentil et généreux quand il vous a à la bonne Il s'est coupé en quatre pour me faire parvenir de Katmandou du café et du fromage de yak, m'a a invité deux fois au restau, etc..
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Lundi 3 janvier 2011
The Kathmandu Post annonçait hier qu'au dire de l'UCPN (maoïstes) l'administration (Ministère de l'Intérieur) a lancé des mandats d'arrêt contre des dizaines de cadres nationaux ou régionaux du parti accusés d'avoir commis des crimes au cours des années d'insurrection. Un des accusés, Balkrishna Dhungel, parlementaire maoïste, aurait le 8 septembre dernier été condamné à vie par la Cour Suprême pour un meurtre commis en 1998. Les maos protestent invoquant le CPA (Comprehensive Peace Accord) au termes duquel "les cours de justice ne seraient pas compétentes pour les délits commis pour des motifs politiques au cours des années de de conflit". Il est vrai que l'armée s'est aussi rendu coupable d'atteintes aux Droits de l'Homme et de crimes divers, sans qu'elle ait jusqu'à présent eu à en répondre.
Hier à Parsa, village à majorité musulmane, comme je me trouvais dans une des deux pharmacies, celle tenue par un jeune hindou, docteur en médecine, un client local, musulman à en juger par son accoutrement et son attitude, me demande avec le sourire mais d'un ton impérieux, alors que je m'apprête à partir, si je suis bouddhiste. Comme je suis déjà prêt à enfourcher mon vélo, il me fait de la main un signe, m'intimant de revenir vers lui pour continuer la conversation sans doute. Je l'ignore et reprends ma route vers le LIRI.
A Parsa également une association luttant contre la coutume des dots (payées par la famille d'une femme à celle de l'époux), les mariages d'enfants, et les harcèlements ou mauvais traitements suite à une accusation de sorcellerie aurait obtenu l'engagement de 500 personnes - comprenant des hindous de castes "inférieures", des Tharu, des Madeshi et des musulmans - de ne pas exiger ni offrir de dots à l'occasion du mariages de leurs enfants. Cette pratique est qualifié par un article du Kathmandu Post (Ibid.) de "social evil".
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Le Vénérable Sagara m'intéresse dans la mesure où il est imparfait. Pas le moine typique : il s'intéresse à la politique, et est nationaliste népalais ou en tous cas n'est pas pro-occidental. Indice : en dehors de l'anglais, qu'il parle assez bien, il s'intéresse surtout aux langues indiennes et au thaï. Il connaît aussi très bien l'histoire du Népal et m'a appris l'autre jour que Kangra (Himachal) avait été contrôlé par le Népal jusqu'à ce que, au 19e siècle, les Britanniques s'en emparent. Ce qu'il a l'air de ne pas encore leur avoir pardonné. Sagara réagit souvent non seulement en népalais mais aussi en Shah. Ces derniers s'étaient en effet toujours opposé à la pénétration de l'influence britannique au Népal. Les Rana, "shoguns" népalais qui "régnèrent" à la place des Shah de 1846 à 1953, par contre ouvrirent d'avantage le pays aux influences britanniques et occidentales et se firent construire un palais de style néo-classique adjoignant le palais royal.
Ce kshatriya s'est "converti" au theravâda alors qu'il travaillait au Sri Lanka – comme volontaire ? - pour l'UNDP. Je ne peux m'empêcher de penser que la perspective d'un statut social respecté et même dominant, ainsi que d'une subsistance assurée, figuraient au nombre de ses motivations conscientes ou inconscientes. Peut-être veut-il restaurer au Népal, dont il a complètement disparu, s'il y fut jamais notablement représenté, un theravda à la singhalaise, où les moines représentent une aristocratie oisive, improductive, irresponsable et souvent abusive.
Du Kshatriya il a en tous cas gardé le ton assuré, parfois autoritaire, ainsi que des dispositions (à la manipulation ou aux tentatives d'intimidation par exemple) qui en Occident l'apparenterait plus aux maffias criminelles qu'aux noblesses d'épée, telles en tous cas qu'elles sont devenues chez nous. Ou les kshatriyas indiens et les chhetris népalais donnent ils une idée assez proche de ce que nos noblesses furent avant les révolutions qui abolirent ou réduisirent leurs privilèges : suffisantes, arrogantes, arbitraires, assurées de leur impunité, brutales ?
Lorsqu'après quelques mois passé en dehors de Lumbini, je le retrouve assis sur une espèce de trône en compagnie d'un moine de Kapilavastu, tenant à la main la petite serviette souillée de nourriture, de boisson ou de sueur, qui ne le quitte jamais même au cours des fonctions les plus officielles, et que connaissant le rituel, je m'agenouille sur le tapis placé à cet effet, je le sens flatté de voir, devant témoin, un Occidental dans cette posture. Je ne prolonge pas l'entrevue au delà de quelques minutes et, rendez-vous pris pour le lendemain afin de parler de l'informant qu'il pourrait me fournir, prends congé.
Le lendemain, je le retrouve encore en compagnie mais cette fois de moinillons qui se sont récemment joints à sa communauté, et qu'il me présente comme faisant partie de "sa caste". Quant à moi je leur trouve une aussi sale tête. Attirant l'un d'entre eux vers lui il plaisante "this one is specially naughty".
Je reconnais Raju, son majordome, la vingtaine, pour l'avoir rencontré hier à vélo. Il m'avait abordé en me disant qu'il me connaissait et connaissait même mon nom : Elen. Il veut dire "Huynen". Je lui réponds qu'il se trompe sans doute car Elen est un nom de femme, et m'éloigne. Je le retrouve aujourd'hui en compagnie de Sagara qui me dit de lui qu'il est " a very good boy". Personnellement, je lui trouve une tête de voyou, et continue à l'ignorer.
*
J'ai appris que les cinq écoles fondées sur des terrains de son père par Metteya, lui aussi hindou de haute caste converti au bouddhisme theravada, ne sont en fait pas gratuites. Le droit d'inscription reviendrait à 300 NR/ par mois. Pas rien pour une famille népalaise. Mes sources sont Elise Sintès, qui me demande de ne pas en parler à Bernadette – intermédiaire de plusieurs donateurs allemands – ainsi que par le Vénérable Sagara lui-même. Cela, si c'est vrai, ne m'étonne pas trop. Je pensais bien qu'un brahmine ne pouvait être ni naïf ni complètement désintéressé. Mais le niveau de sous-développement à Lumbini et aux alentours est tel que, même intéressée, la démarche de Metteya et de son père n'en est pas moins positive. Tout ce qui est de nature à tirer la région de la misère poussiéreuse où elle stagne depuis des siècles, même si cela ne bénéficie qu'à une minorité, à mes yeux, est bon.
Visité hier le hameau où vit Rajesh qui me vend le lait de sa bufflone et ai découvert que lui, sa famille et son bétail vivent dans une "maison d'herbe", longue hutte, qui en hiver ne leur offre quasiment aucune protection. Nombreux sont ceux qui aux alentours vivent dans des conditions semblables, obligé parfois de laver leurs assiettes et leurs tasses dans l'égoût.
Sagara m'a-t-il fait cette confidence relative aux écoles de Metteya pour appuyer son opinion suivant laquelle "Ce n'est le rôle ni du bouddhisme, ni des moines de se préoccuper de développement. Le rôle de ces derniers est exclusivement de 'poursuivre le nirvâna' ". Critique déguisée du moine, beau gosse en plus, et qui pourrait bien au cours de ses pérégrinations occidentales se laisser séduire par une dévote et opter pour le bouddhisme tibétain, qui permet le mariage à ses lamas ? A moins que ce ne soit par un petit ami ?
Je lui fais franchement part de mon point de vue : les bouddhistes à Lumbini, en majorité étrangers, sont considérés comme riches par les populations locales, musulmanes et hindoues. Si les communautés monastiques du Master Plan ne contribuent pas au développement de la région, ces populations pourraient finir par développer du ressentiment vis-à-vis du dharma et des bouddhistes plutôt que de la sympathie. Cela a l'air de le faire réfléchir.
Comme le Vénérable me laisse de nouveau agenouillé à ses pieds, et à ceux des moinillons, je lui propose que nous nous revoyions au cours d'un déjeûner que je lui offrirais, et de la rappeler après le week-end.
Il m'appelle le lendemain pour m'inviter, fixe la date (le lendemain) et le lieu, sans s'enquérir de mes disponibilités, et conclut par un "OK ?" qui ne laisse pas d'appel. A sa surprise, je crois, je lui réponds "No, not OK, I am sorry !". Effectivement je suis invité le lendemain et le surlendemain au symposium de l'UNESCO sur la zone Lumbini-Kapilavastu. Je lui répète que je reprendrai contact avec lui en début de la semaine suivante.
Le lendemain je suis surtout impressionné par Robin Connigham, archéologue enseignant à l'Université de Durham près de Newcastle, et son équipe d'étudiants qui vont entamer les fouilles du Village Mound où l'on soupçonne des vestiges de l'ancienne Rumindei (Lumbini), soit le village qui surgit sur les lieux entre le Bouddha et Asoka soit peut-être d'installations hôtelières utilisées par les deux familles alliées des Sakiya et des Koliya, clan de la mère du Sakyan, avant même que Sakyamuni devînsse le Bouddha..
Pour le deuxième jour du symposium, Sagara, en tant qu'ancien Vice-Président du LDT, s'est fait inviter.
Les moments où je préfère Sagara sont évidemment ceux où laissant tomber sa façade de Chhetri, abbé du plus ancien monastère theravada à Lumbini, peut-être illuminé – il aimerait certainement que je le croie - il se montre simplement humain comme lorsqu'il me confie qu'il vient d'acheter un glycomètre car sa glycémie l'inquiète. Il me demande de lui apprendre à l'utiliser, ce que je fais au retour de cette deuxième journée de symposium.
samedi 1 janvier 2011
East Patel Nagar. Une nouvelle guerre froide entre la Chine, plus quelques autres, et le reste du monde ?
Delhi, le 21 décembre 2010
Voyagé de Mac Leod Ganj en bus et en compagnie de Tashi, ce jeune moine, Sherpa d'obédience tibétaine qui nous avait servi de guide dans certains des hauts lieux historiques du bouddhisme tibétain en Himachal, dont le lac Rewelsar où, en route pour le Tibet, se serait arrêté Padmasambhava, fondateur indien du lignage tibétain des Niyingma Pa, auquel appartient Tashi. On pourrait donc tout aussi bien dire que Tashi nous a emmené aux hauts lieux de l'histoire des Niyingma Pa en Himachal.
Tashi est finalement sympathique, cynique et généreux en même temps. Nous nous entendons bien. Il est également drôle. Pas coincé, il laisse facilement transparaître ses goûts et dégoûts, voire ses haines ou ses inquiétudes. Bref il me convient.
Sherpa, il est né dans le tourisme et me confie qu'il voudrait « se lancer dans les affaires ». Il pense à une « guesthouse bouddhiste ». Me rappelant la communauté niyingma pa de la rue de Livourne à Bruxelles qui tire ses revenus de deux ou trois restaurants végétariens en ville, je lui suggère de commencer par un restaurant, plus facile peut-être qu'une guesthouse.
Il m'a proposé de me rendre les 2000 INR qu'il m'avait « empruntés ». J'ai refusé tout en lui répétant que je regrettais de ne pas pouvoir faire plus pour ses oeuvres.
Ses oeuvres marchent d'ailleurs plutôt bien puisqu'il est arrivé à lever suffisamment de fonds pour équiper son monastère de quatre panneaux solaires qui fournissent l'électricité pour l'éclairage des environs et de la rue qui passe devant son monastère. Roublard, mais cela sert à quelque chose et promeut les sources d'énergie renouvelables.
Troisième fois que je descends au Ess Gee's, chez Gaurav Chadah, dans East Patel Nagar, quand à New Delhi. Je commence à me rendre compte que ce quartier est vraiment pas mal. C'est en fait un quartier résidentiel « classe moyenne » habité surtout par des réfugiés hindous, sans doute aisés au départ, du Pakistan, ancien Penjab. Au cours de mes premiers passages à Delhi, comme beaucoup de routards je descendais à Paharganj ou Chandni Chowk. Puis je me suis rendu compte que Pahar Ganj, ses ruelles étroites, sa saleté parfois répugnante sont aussi dangereux. Un incendie dans ce quartier, ou un tremblement de terre laisseraient peu de chance d'en sortir vivant. Quand à Chandni Chowk, il ya trop de musulmans.
East Patel Nagar est organisé autour de deux parcs, East Patel Nagar Main Chowk et Jogger's Park. Le quartier est relativement aéré. Il n'y a pas trop de chiens errants galeux et n'est pas envahi par les ordures ou les gravats. A part quelques flaques d'eau stagnantes et le mélange d'arrogance et de snobisme qui caractérise la classe moyenne indienne, le quartier est plutôt confortable et pratique. Il y a des ATM un peu partout, des restaurants, pâtisseries, chocolatiers, abondance de nettoyages à sec, et même un de ces Coffee Days auxquels Sonia Gandhi a fait, peut-être involontairement, de la pub car on la voit sur une photo officielle déguster un expresso de cette marque. Il suffirait d'un rien pour que le quartier soit parfait.
Malheureusement, beaucoup de ces bâtiments sont de construction récente, en béton. Les plus anciens remontent peut-être aux années 50. Malgré cela, ces maisons arrivent à manifester une certaine élégance : styles néo-classique un peu kitsch combinant des éléments de l'architecture moghol, hellénistique et/ou rustique britannique qui donnent parfois des résultats assez agréables à regarder.
Ess Gee's (19/9 East Patel Nagar) appartient à la dernière catégorie. Bâti sans doute entre les deux guerres ou immédiatement après l'Indépendance, le bâtiment de deux étages couronné d'une sorte de penthouse au troisième niveau, vérandas et fenêtre à petits carreaux, a l'allure d'un cottage britannique. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont aménagés en chambres d'hôtes, les propriétaires occupent un deuxième étage aménagé en penthouse.
La construction a l'air de brique peinte en blanc, de bois et de béton. Un petit front yard la précède, par lequel on accède à une véranda-antichambre suivie d'un corridor où donnent les trois chambres d'hôtes, suivi d'une deuxième antichambre aménagée en salon éclairé par une verrière de vitraux.
Au bout d'un second couloir se dirigeant vers le fond de la maison une cuisine et une salle à manger où officient deux gamins arrogants, sans doute enfants, apparentés ou amis de cette famille de brahmines ou de kshatriya. Au bout de ce couloir une porte donne sur la ruelle desservant l'arrière des maisons de la rue.
A l'étage, trois chambres dont une donnant sur un balcon et la rue, une autre sur l'antichambre du rez-de-chaussée, la troisième étant aveugle.
Ce soir après avoir dîné dans un « bar-restaurant », les seuls où l'on puisse trouver de la bière, je me promène dans le quartier en en fumant un. Un vieux qui rentre chez lui à vélo me sourit au passage de toutes les dents qui lui restent et m'invite du geste à sauter sur son porte-paquet. Échange de sourires.
A la TL, une Indienne exhorte ses compatriotes à la compassion à l'égard des animaux.
Je déteste souvent les Indiens, autant qu'ils se détestent eux-mêmes, mais je les aime aussi. La naïveté et la grande sensibilité qui se cache derrière leur superbe m'émeut parfois.
Plausibilité d'une OCPB (Organisation de la Conférence des Pays Bouddhistes : pays où il y a des bouddhistes) ?
Delhi, le 22 décembre 2010
Dans le cadre de la visite du président Medvedev en Inde, la Russie, plus explicite que les USA dans sa dénonciation du rôle joué par le Pakistan dans l'organisation de l'attentat de Mumbai, a appelé ce pays à « rapidement inculper ses organisateurs, auteurs et complices ». Le président Medvedev a par ailleurs déclaré à Delhi que « les états qui aident ou protègent des terroristes sont coupables autant que ces derniers ». La déclaration commune affirme que « la situation ne pourra être stabilisée en Afghanistan avant que les refuges et infrastructures logistiques utilisés par les terroristes et autres extrémistes violents en Afghanistan, mais aussi au Pakistan, soient éliminés (Times of India).
Delhi, le 23 décembre 2010
Dans le cadre de l'enquête portant sur deux attentats – le 18 mai 2007 à la mosquée Mecca de Hyderabad et le 11 octobre au Ajmer Sharif Dargah - dont les auteurs appartiennent à la mouvance RSS de l'extrême droite hindoue, le CBI a convoqué Indres Kumar, un des leaders de ce mouvement, suspectés d'avoir joué un rôle dans l'organisation du premier de ces deux attentats. La droite hindoue, suite aux déclarations de Rahul Gandhi sur la dangerosité de la droite religieuse hindoue plus grande que celle du terrorisme islamiste, accuse le Congrès de machination (Mail Today, New Delhi).
Katmandou le 24 décembre 2010
Comme à chacun de mes retours, il me faut commencer par démêler ou renouer les fils de l'imbroglio politique népalais.
Après je crois dix-sept tentatives, toujours pas de Premier ministre si ce n'est Madav Kumar Nepal (UML) qui dirigeait la coalition précédente et expédie à présent les affaires courantes. Le noeud du problème reste le refus des maoïstes de Prachanda majoritaires aux dernières législatives, de dissoudre leurs milices, de les intégrer dans l'armée népalaise et renvoyer dans leurs foyers ceux qui ne sont pas qualifiés à cet effet.
Face à ce donné, c'est l'attitude des deux autres grands partis NC et UML qui détermine les options possibles. Le NC est clair et cohérent : il réclame le poste de PM pour le NC Paudel, ou le leader UML Jhala Nath Khanal. Mais l'ULM est plus divisé. La faction centriste – pluraliste et « démocratique » - de ce parti nominalement marxiste (réformiste), que représente le PM sortant, préférerait se joindre à une coalition avec le NC centriste mais pas avec Paudel comme Premier. Il faudrait donc que Paudel retire sa candidature.
La frange gauchiste de l'ULM, dirigée par Khanal, préférerait par contre une coalition avec les maoïstes, arguant qu'un gouvernement sous lequel l'Assemblée devra rédiger une nouvelle constitution ne peut laisser le parti le plus important en voix dans l'opposition. Mais Khanal lui aussi ne serait prêt à une telle union qu'à condition que l'armée populaire maoïste soit dissoute.
Les politiques népalais n'arrivant pas, de manière assez puérile, à se dépêtrer des luttes de personnes à l'intérieur même des partis, surtout de l'ULM et des maos, indépendamment de tout enjeu concret ou idéologique réel, le sujet en devient incompréhensible et inintéressant. La situation est telle qu'elle pourrait donner des arguments aux monarchistes qui considèrent tous les politiciens comme corrompus et, pire, incompétents, si ce qui reste de la famille royale après le massacre de 2001 ne l'était pas autant, voire plus.
Après son dernier esclandre dans le Chitwan, Terai, l'ancien prince héritier Paras (cf 14 décembre) fut mis sous les verrous pendant trois jours à Bharatpur. Cela provoqua des manifestations de sympathie de la part d'une fraction de la population locale. D'où les spéculations sur une base possible pour une résurgence monarchiste, et hindouiste, dans le Terai. D'après Chandra Kishore cependant (Kathmandu Post, 24 décembre 2010), suite au retour en force du BJP (droite hindoue) dans la coalition qui gouverne le Bihar, juste de l'autre côté de la frontière, les opinions publiques conservatrices du Terai pourraient être d'avantage attirées par la perspective d'une « république hindoue » que par celle d'un retour à la monarchie.
Le 26 décembre 2010
Une dizaine de jours après la visite de Wen Jiabao, la poussière est retombée et il apparaît clairement que si sur le plan commercial, elle n'est pas un échec, il n'en est pas de même sur les plans politique et diplomatique. Wen Jiabao a refusé de se prononcer sur la question des visas agrafés accordés au ressortissants du Jammu-Cachemire, de mentionner le rôle du Pakistan dans l'attentat de Mumbai, louant au contraire les efforts de son allié dans la lutte contre le terrorisme en général. La Chine évalue également sa frontière commune avec l'Inde à quelque 2000 km, au lieu de 3500 km, ce qui implique qu'elle ne considère comme indiens ni le Cachemire, ni l'Arunachal Pradesh. Cela s'ajoute au fait que depuis 1963, au lendemain de la guerre sino-indienne d'octobre 1962, la Chine est militairement présente dans la vallée de Shakigam, en Azad Cachemire ou PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) et plus récemment dans la région de Gilgit-Baltistan dans le Nord du Pakistan. Bin Laden serait-il l'hôte des Chinois ?
L'Empire du Milieu n'a donc fait aucune concession sur les questions de fond. En réponse l'Inde, revenant sur trois déclarations conjointes précédentes, a cette fois refusé de mentionner son adhésion à la doctrine « Une Chine » et de reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan et le Tibet.
« Il n'est pas besoin d'être expert en relations internationales pour comprendre que la visite indienne de Wen Jiabao est un flop » déclare le journaliste pakistanais Kuldip Nayar, en poste à New Delhi (Repùblica). Loin d'estomper les différends, il en ressort au contraire que l'Inde sera de plus en aspirée dans une alliance avec les USA, l'Otan, l'Occident et sans doute la Russie tandis que le Pakistan entrera de plus en plus dans la sphère d'influence chinoise, dressant la scène de la prochaine Guerre Froide et éloignant la perspective d'un improbable marché commun de l'Asie du Sud (SAARC).
Le 31 décembre 2010
L'édition de décembre de la Tibetan Review (p. 15) relayant Marketplace online (Nov. 9) annonce que suivant l'économiste allemand Nils Hendrik Klann « les pays qui reçoivent le Dalaï Lama perdent entre 8,1 et 16,9 % de leurs exportations vers la Chine au cours des deux années qui suivent, suivant l'importance relative des dignitaires impliqués dans l'événement. Cet effet négatif pour les exportations s'effacerait cependant après une paire d'année.
Tous les pays ne sont pas traités à la même enseigne. Ainsi le fait que le président des USA, Barrack Obama ait rencontré le leader tibétain au début de cette année n'a pas empêché que l'année 2010 se solde par un record des exportations américaines vers la Chine.
Il est cependant fort probable que ces visites du Dalaï Lama se poursuivront ponctuellement car les politiques occidentaux subissent de la part de leurs opinions publiques une forte pression en ce sens et elles leur permettent de gagner en crédibilité sur le front de la défense des Droits de l'homme et de la démocratie.
La Chine pop a l'habitude de conduire des manœuvres militaires à armes réelles (war games) lorsqu'elle veut faire passer un message diplomatique ou politique. Il en fut ainsi lorsqu'elle procéda à des tirs de missiles après que Lee Teng Hui organisât les premières élections libres à Taïwan dans les années 90. En novembre dernier les manœuvres en Mer de Chine du Sud, à proximité de l'île de Hainan, impliquant la marine et les forces aériennes, peuvent être perçues comme une réponse au renouvellement de la pourtant récente alliance du Vietnam avec les USA. Les exercices aériens et terrestres à proximité de la frontière indo-tibétaine constitueraient un « avertissement » à l'Inde suite à son projet de réactivation de la base aérienne avancée de Nyoma au Ladakh, ainsi qu'aux récentes visites de Manmohan Singh au Japon, au Vietnam et en Malaisie.
Voyagé de Mac Leod Ganj en bus et en compagnie de Tashi, ce jeune moine, Sherpa d'obédience tibétaine qui nous avait servi de guide dans certains des hauts lieux historiques du bouddhisme tibétain en Himachal, dont le lac Rewelsar où, en route pour le Tibet, se serait arrêté Padmasambhava, fondateur indien du lignage tibétain des Niyingma Pa, auquel appartient Tashi. On pourrait donc tout aussi bien dire que Tashi nous a emmené aux hauts lieux de l'histoire des Niyingma Pa en Himachal.
Tashi est finalement sympathique, cynique et généreux en même temps. Nous nous entendons bien. Il est également drôle. Pas coincé, il laisse facilement transparaître ses goûts et dégoûts, voire ses haines ou ses inquiétudes. Bref il me convient.
Sherpa, il est né dans le tourisme et me confie qu'il voudrait « se lancer dans les affaires ». Il pense à une « guesthouse bouddhiste ». Me rappelant la communauté niyingma pa de la rue de Livourne à Bruxelles qui tire ses revenus de deux ou trois restaurants végétariens en ville, je lui suggère de commencer par un restaurant, plus facile peut-être qu'une guesthouse.
Il m'a proposé de me rendre les 2000 INR qu'il m'avait « empruntés ». J'ai refusé tout en lui répétant que je regrettais de ne pas pouvoir faire plus pour ses oeuvres.
Ses oeuvres marchent d'ailleurs plutôt bien puisqu'il est arrivé à lever suffisamment de fonds pour équiper son monastère de quatre panneaux solaires qui fournissent l'électricité pour l'éclairage des environs et de la rue qui passe devant son monastère. Roublard, mais cela sert à quelque chose et promeut les sources d'énergie renouvelables.
*
Troisième fois que je descends au Ess Gee's, chez Gaurav Chadah, dans East Patel Nagar, quand à New Delhi. Je commence à me rendre compte que ce quartier est vraiment pas mal. C'est en fait un quartier résidentiel « classe moyenne » habité surtout par des réfugiés hindous, sans doute aisés au départ, du Pakistan, ancien Penjab. Au cours de mes premiers passages à Delhi, comme beaucoup de routards je descendais à Paharganj ou Chandni Chowk. Puis je me suis rendu compte que Pahar Ganj, ses ruelles étroites, sa saleté parfois répugnante sont aussi dangereux. Un incendie dans ce quartier, ou un tremblement de terre laisseraient peu de chance d'en sortir vivant. Quand à Chandni Chowk, il ya trop de musulmans.
East Patel Nagar est organisé autour de deux parcs, East Patel Nagar Main Chowk et Jogger's Park. Le quartier est relativement aéré. Il n'y a pas trop de chiens errants galeux et n'est pas envahi par les ordures ou les gravats. A part quelques flaques d'eau stagnantes et le mélange d'arrogance et de snobisme qui caractérise la classe moyenne indienne, le quartier est plutôt confortable et pratique. Il y a des ATM un peu partout, des restaurants, pâtisseries, chocolatiers, abondance de nettoyages à sec, et même un de ces Coffee Days auxquels Sonia Gandhi a fait, peut-être involontairement, de la pub car on la voit sur une photo officielle déguster un expresso de cette marque. Il suffirait d'un rien pour que le quartier soit parfait.
Malheureusement, beaucoup de ces bâtiments sont de construction récente, en béton. Les plus anciens remontent peut-être aux années 50. Malgré cela, ces maisons arrivent à manifester une certaine élégance : styles néo-classique un peu kitsch combinant des éléments de l'architecture moghol, hellénistique et/ou rustique britannique qui donnent parfois des résultats assez agréables à regarder.
Ess Gee's (19/9 East Patel Nagar) appartient à la dernière catégorie. Bâti sans doute entre les deux guerres ou immédiatement après l'Indépendance, le bâtiment de deux étages couronné d'une sorte de penthouse au troisième niveau, vérandas et fenêtre à petits carreaux, a l'allure d'un cottage britannique. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont aménagés en chambres d'hôtes, les propriétaires occupent un deuxième étage aménagé en penthouse.
La construction a l'air de brique peinte en blanc, de bois et de béton. Un petit front yard la précède, par lequel on accède à une véranda-antichambre suivie d'un corridor où donnent les trois chambres d'hôtes, suivi d'une deuxième antichambre aménagée en salon éclairé par une verrière de vitraux.
Au bout d'un second couloir se dirigeant vers le fond de la maison une cuisine et une salle à manger où officient deux gamins arrogants, sans doute enfants, apparentés ou amis de cette famille de brahmines ou de kshatriya. Au bout de ce couloir une porte donne sur la ruelle desservant l'arrière des maisons de la rue.
A l'étage, trois chambres dont une donnant sur un balcon et la rue, une autre sur l'antichambre du rez-de-chaussée, la troisième étant aveugle.
Ce soir après avoir dîné dans un « bar-restaurant », les seuls où l'on puisse trouver de la bière, je me promène dans le quartier en en fumant un. Un vieux qui rentre chez lui à vélo me sourit au passage de toutes les dents qui lui restent et m'invite du geste à sauter sur son porte-paquet. Échange de sourires.
A la TL, une Indienne exhorte ses compatriotes à la compassion à l'égard des animaux.
Je déteste souvent les Indiens, autant qu'ils se détestent eux-mêmes, mais je les aime aussi. La naïveté et la grande sensibilité qui se cache derrière leur superbe m'émeut parfois.
Plausibilité d'une OCPB (Organisation de la Conférence des Pays Bouddhistes : pays où il y a des bouddhistes) ?
Delhi, le 22 décembre 2010
Dans le cadre de la visite du président Medvedev en Inde, la Russie, plus explicite que les USA dans sa dénonciation du rôle joué par le Pakistan dans l'organisation de l'attentat de Mumbai, a appelé ce pays à « rapidement inculper ses organisateurs, auteurs et complices ». Le président Medvedev a par ailleurs déclaré à Delhi que « les états qui aident ou protègent des terroristes sont coupables autant que ces derniers ». La déclaration commune affirme que « la situation ne pourra être stabilisée en Afghanistan avant que les refuges et infrastructures logistiques utilisés par les terroristes et autres extrémistes violents en Afghanistan, mais aussi au Pakistan, soient éliminés (Times of India).
Delhi, le 23 décembre 2010
Dans le cadre de l'enquête portant sur deux attentats – le 18 mai 2007 à la mosquée Mecca de Hyderabad et le 11 octobre au Ajmer Sharif Dargah - dont les auteurs appartiennent à la mouvance RSS de l'extrême droite hindoue, le CBI a convoqué Indres Kumar, un des leaders de ce mouvement, suspectés d'avoir joué un rôle dans l'organisation du premier de ces deux attentats. La droite hindoue, suite aux déclarations de Rahul Gandhi sur la dangerosité de la droite religieuse hindoue plus grande que celle du terrorisme islamiste, accuse le Congrès de machination (Mail Today, New Delhi).
Katmandou le 24 décembre 2010
Comme à chacun de mes retours, il me faut commencer par démêler ou renouer les fils de l'imbroglio politique népalais.
Après je crois dix-sept tentatives, toujours pas de Premier ministre si ce n'est Madav Kumar Nepal (UML) qui dirigeait la coalition précédente et expédie à présent les affaires courantes. Le noeud du problème reste le refus des maoïstes de Prachanda majoritaires aux dernières législatives, de dissoudre leurs milices, de les intégrer dans l'armée népalaise et renvoyer dans leurs foyers ceux qui ne sont pas qualifiés à cet effet.
Face à ce donné, c'est l'attitude des deux autres grands partis NC et UML qui détermine les options possibles. Le NC est clair et cohérent : il réclame le poste de PM pour le NC Paudel, ou le leader UML Jhala Nath Khanal. Mais l'ULM est plus divisé. La faction centriste – pluraliste et « démocratique » - de ce parti nominalement marxiste (réformiste), que représente le PM sortant, préférerait se joindre à une coalition avec le NC centriste mais pas avec Paudel comme Premier. Il faudrait donc que Paudel retire sa candidature.
La frange gauchiste de l'ULM, dirigée par Khanal, préférerait par contre une coalition avec les maoïstes, arguant qu'un gouvernement sous lequel l'Assemblée devra rédiger une nouvelle constitution ne peut laisser le parti le plus important en voix dans l'opposition. Mais Khanal lui aussi ne serait prêt à une telle union qu'à condition que l'armée populaire maoïste soit dissoute.
Les politiques népalais n'arrivant pas, de manière assez puérile, à se dépêtrer des luttes de personnes à l'intérieur même des partis, surtout de l'ULM et des maos, indépendamment de tout enjeu concret ou idéologique réel, le sujet en devient incompréhensible et inintéressant. La situation est telle qu'elle pourrait donner des arguments aux monarchistes qui considèrent tous les politiciens comme corrompus et, pire, incompétents, si ce qui reste de la famille royale après le massacre de 2001 ne l'était pas autant, voire plus.
Après son dernier esclandre dans le Chitwan, Terai, l'ancien prince héritier Paras (cf 14 décembre) fut mis sous les verrous pendant trois jours à Bharatpur. Cela provoqua des manifestations de sympathie de la part d'une fraction de la population locale. D'où les spéculations sur une base possible pour une résurgence monarchiste, et hindouiste, dans le Terai. D'après Chandra Kishore cependant (Kathmandu Post, 24 décembre 2010), suite au retour en force du BJP (droite hindoue) dans la coalition qui gouverne le Bihar, juste de l'autre côté de la frontière, les opinions publiques conservatrices du Terai pourraient être d'avantage attirées par la perspective d'une « république hindoue » que par celle d'un retour à la monarchie.
Le 26 décembre 2010
Une dizaine de jours après la visite de Wen Jiabao, la poussière est retombée et il apparaît clairement que si sur le plan commercial, elle n'est pas un échec, il n'en est pas de même sur les plans politique et diplomatique. Wen Jiabao a refusé de se prononcer sur la question des visas agrafés accordés au ressortissants du Jammu-Cachemire, de mentionner le rôle du Pakistan dans l'attentat de Mumbai, louant au contraire les efforts de son allié dans la lutte contre le terrorisme en général. La Chine évalue également sa frontière commune avec l'Inde à quelque 2000 km, au lieu de 3500 km, ce qui implique qu'elle ne considère comme indiens ni le Cachemire, ni l'Arunachal Pradesh. Cela s'ajoute au fait que depuis 1963, au lendemain de la guerre sino-indienne d'octobre 1962, la Chine est militairement présente dans la vallée de Shakigam, en Azad Cachemire ou PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) et plus récemment dans la région de Gilgit-Baltistan dans le Nord du Pakistan. Bin Laden serait-il l'hôte des Chinois ?
L'Empire du Milieu n'a donc fait aucune concession sur les questions de fond. En réponse l'Inde, revenant sur trois déclarations conjointes précédentes, a cette fois refusé de mentionner son adhésion à la doctrine « Une Chine » et de reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan et le Tibet.
« Il n'est pas besoin d'être expert en relations internationales pour comprendre que la visite indienne de Wen Jiabao est un flop » déclare le journaliste pakistanais Kuldip Nayar, en poste à New Delhi (Repùblica). Loin d'estomper les différends, il en ressort au contraire que l'Inde sera de plus en aspirée dans une alliance avec les USA, l'Otan, l'Occident et sans doute la Russie tandis que le Pakistan entrera de plus en plus dans la sphère d'influence chinoise, dressant la scène de la prochaine Guerre Froide et éloignant la perspective d'un improbable marché commun de l'Asie du Sud (SAARC).
Le 31 décembre 2010
L'édition de décembre de la Tibetan Review (p. 15) relayant Marketplace online (Nov. 9) annonce que suivant l'économiste allemand Nils Hendrik Klann « les pays qui reçoivent le Dalaï Lama perdent entre 8,1 et 16,9 % de leurs exportations vers la Chine au cours des deux années qui suivent, suivant l'importance relative des dignitaires impliqués dans l'événement. Cet effet négatif pour les exportations s'effacerait cependant après une paire d'année.
Tous les pays ne sont pas traités à la même enseigne. Ainsi le fait que le président des USA, Barrack Obama ait rencontré le leader tibétain au début de cette année n'a pas empêché que l'année 2010 se solde par un record des exportations américaines vers la Chine.
Il est cependant fort probable que ces visites du Dalaï Lama se poursuivront ponctuellement car les politiques occidentaux subissent de la part de leurs opinions publiques une forte pression en ce sens et elles leur permettent de gagner en crédibilité sur le front de la défense des Droits de l'homme et de la démocratie.
*
La Chine pop a l'habitude de conduire des manœuvres militaires à armes réelles (war games) lorsqu'elle veut faire passer un message diplomatique ou politique. Il en fut ainsi lorsqu'elle procéda à des tirs de missiles après que Lee Teng Hui organisât les premières élections libres à Taïwan dans les années 90. En novembre dernier les manœuvres en Mer de Chine du Sud, à proximité de l'île de Hainan, impliquant la marine et les forces aériennes, peuvent être perçues comme une réponse au renouvellement de la pourtant récente alliance du Vietnam avec les USA. Les exercices aériens et terrestres à proximité de la frontière indo-tibétaine constitueraient un « avertissement » à l'Inde suite à son projet de réactivation de la base aérienne avancée de Nyoma au Ladakh, ainsi qu'aux récentes visites de Manmohan Singh au Japon, au Vietnam et en Malaisie.
samedi 18 décembre 2010
Visite de Wen Jiabao en Inde. Scandale des spectres 2G. Russie et Pakistan
Le 16 décembre 2010
Deux cadres maoïstes népalais de la région de Lumbini ont été arrêtés en Inde en possession d'explosifs destinés à leurs camarades maoïstes indiens (Times of India).
Alors que le Premier chinois Wen Jiabao se trouve à New Delhi, le Gouvernement tibétain en exil déclare que la question tibétaine et celles des différends frontaliers entre l'Inde et la Chine sont intimement liées. La question tibétaine est un des éléments essentiel des relations bilatérales entre les deux pays insistent les ONG tibétaines en exil. En retraçant l'historique, elle rappellent que « la plupart des Indiens n'ont aucune idée de la manière dont la Chine est devenue un des pays voisins ». Il n'y avait pas de Chine sur leur frontière nord lorsque l'Inde accéda à l'indépendance en 1947. C'est seulement en 1949 que les troupes d'occupation chinoises envahirent le Tibet. Ce qui ne fut d'abord pas remarqué par les Indiens car le Tibet, vaste, sauvage et relativement peu peuplé, conservait malgré tout son caractère de « tampon » entre les deux grandes nations. Telle était la situation lorsque l'Inde reconnut la souveraineté chinoise sur le Tibet. Cette situation a entre- temps considérablement changé. Le rythme de ce changement s'est encore accéléré récemment avec la construction de tunnels dans l'Ouest du Cachemir occupé par le Pakistan (PoK) du Pakistan, ce qui place plusieurs villes indiennes à portée de missiles chinois. L'extension du réseau ferroviaire chinois jusqu'aux frontières du Népal, du Sikkim et de l'Arunachal Pradesh, où d'après The Tribune, un autre tunnel (117 km) viendrait d'être percé passant sous le Mont Galongla et connectant directement le district tibétain de Bomi à celui de Mo Tuo (Metok en tibétain) à la frontière indienne en Arunachal Pradesh, représente également une menace pour la sécurité indienne. Le voyage entre Bomi et Motuo prend actuellement 10 heures de marche.
Il serait naïf de croire qu'une paix durable entre l'Inde et la Chine et dans la région soit possible sans règlement de la question tibétaine, conclut le de facto Premier ministre tibétain, Samdhong Rimpoche (Idem).
Mais l'essentiel des conversations sino-indiennes devrait porter sur les importations et exportations respectives et mutuelles des deux pays, sur les investissements et sur les moyens d'équilibrer une balance commerciale nettement favorable à la Chine : 30 milliards de dollars, 2% du PNB indien et 3 fois le volume des exportations indiennes vers la Chine. Alors que la Chine est le premier partenaire commercial de l'Inde, celle-ci ne vient qu'au 7e rang des partenaires de la Chine. Cependant le taux de croissance de ce déficit commercial ralentit depuis 2006. Des accords pour des échanges entre secteurs privés respectifs des deux pays évalués à 16 milliards de dollars devraient être signés au cours de la visite de Wen Jiabao, à l'issue de laquelle ce dernier, « de manière significative » souligne The Tribune, se rendra au Pakistan.
Les Indiens demandent un accès plus facile au marché chinois pour leurs produits et leurs investissements. L'Inde pousse sa production en matière de produits pharmaceutiques, génériques en particulier, biotechnologie, ainsi que son expertise en services financiers cependant qu'elle espère profiter du savoir-faire chinois en matière d'infrastructures (The Tribune).
A l'issue de l'incident entre Paras et des membres de la famille Koirala à Pokhara (cf supra), l'ancien prince héritier aurait été mis sous les verrous pour trois jours (Idem).
Un mendiant du village de Sahawar Shah, âgé de 70 ans, a été élu maire par les résidents. Le nouveau maire n'en continue pas moins à mendier en dehors des heures où il exerce ses fonctions officielles (Idem).
Comme dans beaucoup de cultes animistes, dont l'hindouisme n'est d'ailleurs qu'une « fédération », les femmes sont considérées comme impures pendant leurs périodes de menstruation, et tenues à l'écart de certains endroits et l'accès à certains lieux de culte leur est interdit.
Parmi les religions monothéistes le judaïsme et l'islam comprennent eux aussi ce genre d'interdit, relique de l'animisme.
L'accès au Temple de Sabarimala (Periyar, Kerala) est ainsi interdit aux femmes entre 10 et 50 ans. Afin de défier cette règle, depuis 2006, l'actrice Jayamala violerait régulièrement l'interdit. Avec de nombreux partisans elle espère ainsi obtenir, au nom de l'égalité des sexes, son abrogation. Ses partisans invoquent que « coutumes et traditions, y compris religieuses, évoluent continuellement … il fut un temps où l'accès de certains temples était interdit aux 'intouchables' … beaucoup acceptent maintenant l'idée de femmes prêtres... » Paradoxes de l'hindouisme ! D'une part conservateur et souvent facteur d'arriération. D'autre part doué d'une capacité d'évolution et d'une flexibilité inhérente, remarquablement absentes du catholicisme par exemple.
Yahoo News India annonce que Antony, ministre indien de la Défense gardera la pression sur les USA au sujet de la portion de leur aide détournée par le Pakistan pour s'équiper en armement visant l'Inde et subsidier les groupes terroristes anti-indiens.
Le scandale dit des « 2G spectrum » (auquel je ne me suis guère intéressé jusqu'à présent) continue à faire la Une. Pour rappel le ministre des Communication, A. Raja, a alloué des spectres de communication pour les téléphones sans fil de seconde génération (2 G) à partir de 2007, à leur prix tel qu'en 1998 sur la base du principe « premier arrivé, premier servi » plutôt que sur celle de soumissions consécutives à un appel d'offres. Ce qui aboutit à un manque à gagner pour les caisses de l'état central se montant à un trillion de INR. Le ministre Raja a depuis lors donné sa démission à la mi-novembre mais le scandale, le plus important depuis l'Indépendance du pays en 1947, continue à faire des vagues et donne lieu à un chapelet d'enquêtes visant des personnalités en général liées au Congrès.
Le 17 décembre 2010
« Notre relation a transcendé la dimension bilatérale pour revêtir une portée globale et stratégique » a déclaré Manmohan Singh en portant un toast à son hôte Wen Jiaobao à l'issue d'une visite de deux jours de ce dernier où l'on discuta affaires mais aussi sécurité, terrorisme, contentieux frontaliers et non prolifération. Une ligne téléphonique directe (hot line) entre les deux premiers ministres avait été inaugurée peu avant la visite du Chinois, ce qui ne peut manquer de rappeler la guerre froide entre l'URSS et l'OTAN. Sur les points les plus sensibles, la Chine aurait accepté de soutenir à l'ONU le projet de résolution bannissant les organisations terroristes en général, Al Quaeda et Lashkar-e-Taiba en particulier. Delhi de son côté serait rassuré sur le point du contrat de fourniture par la Chine au Pakistan de nouveaux réacteurs en plus de ceux fournis avant l'existence du NSG. Ces nouveaux réacteurs ont assuré les Chinois seront strictement conformes aux règles de l'AIEA. Cependant le réel souci des Indiens concerne les réacteurs de Khushab et de Chasma qui échappent eux au contrôle de l'AIEA.
« ISI blows cover of CIA man in Islamabad » annonce le Times of India. Un Pakistanais du Nord Waziristan, Karim Khan, dont le fils et le frère ont été tués lors d'une attaque de drones a, d'après le Times of India, sous l'instigation de membres de l'ISI, nommément assigné le principal agent de la CIA (Station Chief) en poste à Islamabad. Les plaignants le désignent comme le pilote des drônes, par GPS. L'identité des Station Chiefs est en général tenue secrète. Le monde de l'espionnage américain serait en émoi, y compris au siège central de l'agence en Virginie. Le Station Chief devrait être évacué du Pakistan de manière imminente. Alors que la presse en général se garde d'attribuer la responsabilité de de cette « révélation » à l'ISI, la presse indienne ne semble pas en douter, se gargarisant de la dernière « trahison » de l'allié des USA.
Le 18 décembre 2010
The Tribune rapporte un wikileak suivant lequel Bin Laden aurait promis aux insurgés cachemiri qu'ils ne tomberaient pas « à court de fonds » et qu'il était prêt à engager 20 millions de dollars pour les supporter.
En brève également, l'influence du Dalaï Lama diminuerait dans la communauté tibétaine en exil. Il est vrai que deux jeunes tibétains m'ont déjà laissé entendre que le Dalaï Lama était « très intelligent » mais … Et un jeune moine, Tashi, avec qui je voyage lundi soir en bus de nuit vers New Delhi, m'a dit « nous avons perdu le Tibet à cause des Gelugpa (le lignage du Dalaï Lama) ».
Dans « Implications of Iran going nuclear : Saudi, Pak moves to be watched » (The Tribune) D.Suba Chandan évoque la possibilité, en cas où l'Iran arriverait à développer de l'armement nucléaire, de voir les identités et entités sunnites et chiites resserrer le rangs et, concrètement, le Pakistan fournir savoir-faire, équipement ou protection (parapluie nucléaire) à l'Arabie Saoudite et à d'autres pays du Golfe, également sunnites. La révolution iranienne de 1979 et l'islamisation (« sunnisation », commente The Tribune) du Pakistan sous le régime du général Zia ont en effet accentué l'antagonisme sunnites-chiites au Pakistan et installé une tension dans les rapports irano-pakistanais. Un accord secret aurait déjà été signé en ce sens en 2003 entre l'Arabie et le Pakistan où l'influence du wahabisme n'a cessé de croître depuis les années 80. Le Pakistan avançant ses pions en Afghanistan, économiquement (pipeline amenant le gaz turkmène) mais aussi par Talibans interposés, afin de se préparer au retrait des troupes américaines, risque également de ne pas laisser l'Iran, voisin occidental de Kaboul, indifférent. Cela intéresse l'Inde dans la mesure où de tels engagements, bien que signant l'arrêt de mort des rêves de non-prolifération et de désarmement, entraînerait aussi un déplacement vers le Moyen-Orient de l'épicentre des tensions nucléaires et une réorganisation, moins « indo-centrique », de l'appareil dissuasif pakistanais.
Les organisateurs des Jeux du Commonwealth devraient encore des millions de dollars à quelque quinze firmes étrangères (Australie, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne) ayant organisé les cérémonies d'ouverture et de fin des Jeux. Non seulement les factures ne sont pas payées sept semaines après les échéances mais les appels téléphoniques et les -e-mails sont restés sans réponse. De plus les firmes rencontreraient des difficultés à récupérer matériel et outillage valant plusieurs dizaines de millions de dollars.
Un wikileak révèle que Rahul Gandhi aurait en 2009 déclaré à l'ambassadeur américain Roemer que les « extrémistes hindous représentent un danger plus grave pour le pays que le LeT ou les islamistes indiens (mujahideens) »(Idem).
Avec la visite du Président Medvedev la semaine prochaine au cours de laquelle seront signés une quinzaine d'accords renouvelant la « relation stratégique » entre la Russie et l'Inde, il se confirme que cette dernière se trouve au centre d'un mouvement de re-déploiement géostratégique, confirmation d'alliances anciennes (USA, Russie), création de nouvelles (France, UE) et tentatives de désamorçage du potentiel de conflit avec la Chine (The Tribune). A l'issue de sa visite, Wen Jiabao a cependant critiqué les réactions de la presse indienne à sa visite, qu'il a sans doute trouvées trop tièdes, voire hostiles. Reconnaissant que la presse en Inde est libre, il ne l'en a pas moins invité à jouer un rôle plus positif dans la promotion de l'amitié entre les deux pays au lieu de risquer d'endommager les relations bilatérales (The Times of India).
La Russie, en plus de s'engager dans une coopération en matière d'armement – conception conjointe d'un avion de combat de 5e génération – et de nucléaire civil, rappelle qu'elle appuie depuis vingt ans un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité pour l'Inde et, après l'UE, appelle Islamabad à mettre un terme à l'activité de quelque quarante camps d'entraînement terroristes sur son territoire. Ces derniers, a déclaré Alexandre Kadakin, ambassadeur russe à Delhi, sont le centre d'où le cancer du terrorisme international visant Moscou, Mumbai, Madrid, Londres se déploie (The Tribune),
Le Times of India se scandalise que le leader du JuD, Hafiz Saeed - en résidence surveillée depuis décembre 2008 suite à l'implication de son mouvement dans l'attentat de Mumbai mais libéré, « faute de preuve » par la Haute Cour de Lahore suite au refus de l'Inde de livrer le seul terroriste survivant Ajmal Kasab – soit dernièrement apparu en public, en compagnie de poids lourds de la politique pakistanaise, à l'occasion d'une manifestation contre l'abrogation de la loi sanctionnant le blasphème actuellement débattue au Parlement. La manifestation était organisée par le JuL (Jamât Ulema-e-Islam) peut-être pour faire oublier l'embarrassant wikileak révélant que son leader Fazlur Rehman avait demandé l'appui de l'ambassadrice américaine Patterson afin d'obtenir le poste de Premier ministre.
Malgré les optimistes déclarations d'intention sino-indiennes, on ne peut empêcher l'impression que de nouveaux axes se dessinent : USA, UE, Russie, Inde d'une part, Chine, Pakistan, Corée du Nord, Myanmar, d'autre part.
Deux cadres maoïstes népalais de la région de Lumbini ont été arrêtés en Inde en possession d'explosifs destinés à leurs camarades maoïstes indiens (Times of India).
Alors que le Premier chinois Wen Jiabao se trouve à New Delhi, le Gouvernement tibétain en exil déclare que la question tibétaine et celles des différends frontaliers entre l'Inde et la Chine sont intimement liées. La question tibétaine est un des éléments essentiel des relations bilatérales entre les deux pays insistent les ONG tibétaines en exil. En retraçant l'historique, elle rappellent que « la plupart des Indiens n'ont aucune idée de la manière dont la Chine est devenue un des pays voisins ». Il n'y avait pas de Chine sur leur frontière nord lorsque l'Inde accéda à l'indépendance en 1947. C'est seulement en 1949 que les troupes d'occupation chinoises envahirent le Tibet. Ce qui ne fut d'abord pas remarqué par les Indiens car le Tibet, vaste, sauvage et relativement peu peuplé, conservait malgré tout son caractère de « tampon » entre les deux grandes nations. Telle était la situation lorsque l'Inde reconnut la souveraineté chinoise sur le Tibet. Cette situation a entre- temps considérablement changé. Le rythme de ce changement s'est encore accéléré récemment avec la construction de tunnels dans l'Ouest du Cachemir occupé par le Pakistan (PoK) du Pakistan, ce qui place plusieurs villes indiennes à portée de missiles chinois. L'extension du réseau ferroviaire chinois jusqu'aux frontières du Népal, du Sikkim et de l'Arunachal Pradesh, où d'après The Tribune, un autre tunnel (117 km) viendrait d'être percé passant sous le Mont Galongla et connectant directement le district tibétain de Bomi à celui de Mo Tuo (Metok en tibétain) à la frontière indienne en Arunachal Pradesh, représente également une menace pour la sécurité indienne. Le voyage entre Bomi et Motuo prend actuellement 10 heures de marche.
Il serait naïf de croire qu'une paix durable entre l'Inde et la Chine et dans la région soit possible sans règlement de la question tibétaine, conclut le de facto Premier ministre tibétain, Samdhong Rimpoche (Idem).
Mais l'essentiel des conversations sino-indiennes devrait porter sur les importations et exportations respectives et mutuelles des deux pays, sur les investissements et sur les moyens d'équilibrer une balance commerciale nettement favorable à la Chine : 30 milliards de dollars, 2% du PNB indien et 3 fois le volume des exportations indiennes vers la Chine. Alors que la Chine est le premier partenaire commercial de l'Inde, celle-ci ne vient qu'au 7e rang des partenaires de la Chine. Cependant le taux de croissance de ce déficit commercial ralentit depuis 2006. Des accords pour des échanges entre secteurs privés respectifs des deux pays évalués à 16 milliards de dollars devraient être signés au cours de la visite de Wen Jiabao, à l'issue de laquelle ce dernier, « de manière significative » souligne The Tribune, se rendra au Pakistan.
Les Indiens demandent un accès plus facile au marché chinois pour leurs produits et leurs investissements. L'Inde pousse sa production en matière de produits pharmaceutiques, génériques en particulier, biotechnologie, ainsi que son expertise en services financiers cependant qu'elle espère profiter du savoir-faire chinois en matière d'infrastructures (The Tribune).
A l'issue de l'incident entre Paras et des membres de la famille Koirala à Pokhara (cf supra), l'ancien prince héritier aurait été mis sous les verrous pour trois jours (Idem).
Un mendiant du village de Sahawar Shah, âgé de 70 ans, a été élu maire par les résidents. Le nouveau maire n'en continue pas moins à mendier en dehors des heures où il exerce ses fonctions officielles (Idem).
Comme dans beaucoup de cultes animistes, dont l'hindouisme n'est d'ailleurs qu'une « fédération », les femmes sont considérées comme impures pendant leurs périodes de menstruation, et tenues à l'écart de certains endroits et l'accès à certains lieux de culte leur est interdit.
Parmi les religions monothéistes le judaïsme et l'islam comprennent eux aussi ce genre d'interdit, relique de l'animisme.
L'accès au Temple de Sabarimala (Periyar, Kerala) est ainsi interdit aux femmes entre 10 et 50 ans. Afin de défier cette règle, depuis 2006, l'actrice Jayamala violerait régulièrement l'interdit. Avec de nombreux partisans elle espère ainsi obtenir, au nom de l'égalité des sexes, son abrogation. Ses partisans invoquent que « coutumes et traditions, y compris religieuses, évoluent continuellement … il fut un temps où l'accès de certains temples était interdit aux 'intouchables' … beaucoup acceptent maintenant l'idée de femmes prêtres... » Paradoxes de l'hindouisme ! D'une part conservateur et souvent facteur d'arriération. D'autre part doué d'une capacité d'évolution et d'une flexibilité inhérente, remarquablement absentes du catholicisme par exemple.
Yahoo News India annonce que Antony, ministre indien de la Défense gardera la pression sur les USA au sujet de la portion de leur aide détournée par le Pakistan pour s'équiper en armement visant l'Inde et subsidier les groupes terroristes anti-indiens.
Le scandale dit des « 2G spectrum » (auquel je ne me suis guère intéressé jusqu'à présent) continue à faire la Une. Pour rappel le ministre des Communication, A. Raja, a alloué des spectres de communication pour les téléphones sans fil de seconde génération (2 G) à partir de 2007, à leur prix tel qu'en 1998 sur la base du principe « premier arrivé, premier servi » plutôt que sur celle de soumissions consécutives à un appel d'offres. Ce qui aboutit à un manque à gagner pour les caisses de l'état central se montant à un trillion de INR. Le ministre Raja a depuis lors donné sa démission à la mi-novembre mais le scandale, le plus important depuis l'Indépendance du pays en 1947, continue à faire des vagues et donne lieu à un chapelet d'enquêtes visant des personnalités en général liées au Congrès.
Le 17 décembre 2010
« Notre relation a transcendé la dimension bilatérale pour revêtir une portée globale et stratégique » a déclaré Manmohan Singh en portant un toast à son hôte Wen Jiaobao à l'issue d'une visite de deux jours de ce dernier où l'on discuta affaires mais aussi sécurité, terrorisme, contentieux frontaliers et non prolifération. Une ligne téléphonique directe (hot line) entre les deux premiers ministres avait été inaugurée peu avant la visite du Chinois, ce qui ne peut manquer de rappeler la guerre froide entre l'URSS et l'OTAN. Sur les points les plus sensibles, la Chine aurait accepté de soutenir à l'ONU le projet de résolution bannissant les organisations terroristes en général, Al Quaeda et Lashkar-e-Taiba en particulier. Delhi de son côté serait rassuré sur le point du contrat de fourniture par la Chine au Pakistan de nouveaux réacteurs en plus de ceux fournis avant l'existence du NSG. Ces nouveaux réacteurs ont assuré les Chinois seront strictement conformes aux règles de l'AIEA. Cependant le réel souci des Indiens concerne les réacteurs de Khushab et de Chasma qui échappent eux au contrôle de l'AIEA.
« ISI blows cover of CIA man in Islamabad » annonce le Times of India. Un Pakistanais du Nord Waziristan, Karim Khan, dont le fils et le frère ont été tués lors d'une attaque de drones a, d'après le Times of India, sous l'instigation de membres de l'ISI, nommément assigné le principal agent de la CIA (Station Chief) en poste à Islamabad. Les plaignants le désignent comme le pilote des drônes, par GPS. L'identité des Station Chiefs est en général tenue secrète. Le monde de l'espionnage américain serait en émoi, y compris au siège central de l'agence en Virginie. Le Station Chief devrait être évacué du Pakistan de manière imminente. Alors que la presse en général se garde d'attribuer la responsabilité de de cette « révélation » à l'ISI, la presse indienne ne semble pas en douter, se gargarisant de la dernière « trahison » de l'allié des USA.
Le 18 décembre 2010
The Tribune rapporte un wikileak suivant lequel Bin Laden aurait promis aux insurgés cachemiri qu'ils ne tomberaient pas « à court de fonds » et qu'il était prêt à engager 20 millions de dollars pour les supporter.
En brève également, l'influence du Dalaï Lama diminuerait dans la communauté tibétaine en exil. Il est vrai que deux jeunes tibétains m'ont déjà laissé entendre que le Dalaï Lama était « très intelligent » mais … Et un jeune moine, Tashi, avec qui je voyage lundi soir en bus de nuit vers New Delhi, m'a dit « nous avons perdu le Tibet à cause des Gelugpa (le lignage du Dalaï Lama) ».
Dans « Implications of Iran going nuclear : Saudi, Pak moves to be watched » (The Tribune) D.Suba Chandan évoque la possibilité, en cas où l'Iran arriverait à développer de l'armement nucléaire, de voir les identités et entités sunnites et chiites resserrer le rangs et, concrètement, le Pakistan fournir savoir-faire, équipement ou protection (parapluie nucléaire) à l'Arabie Saoudite et à d'autres pays du Golfe, également sunnites. La révolution iranienne de 1979 et l'islamisation (« sunnisation », commente The Tribune) du Pakistan sous le régime du général Zia ont en effet accentué l'antagonisme sunnites-chiites au Pakistan et installé une tension dans les rapports irano-pakistanais. Un accord secret aurait déjà été signé en ce sens en 2003 entre l'Arabie et le Pakistan où l'influence du wahabisme n'a cessé de croître depuis les années 80. Le Pakistan avançant ses pions en Afghanistan, économiquement (pipeline amenant le gaz turkmène) mais aussi par Talibans interposés, afin de se préparer au retrait des troupes américaines, risque également de ne pas laisser l'Iran, voisin occidental de Kaboul, indifférent. Cela intéresse l'Inde dans la mesure où de tels engagements, bien que signant l'arrêt de mort des rêves de non-prolifération et de désarmement, entraînerait aussi un déplacement vers le Moyen-Orient de l'épicentre des tensions nucléaires et une réorganisation, moins « indo-centrique », de l'appareil dissuasif pakistanais.
Les organisateurs des Jeux du Commonwealth devraient encore des millions de dollars à quelque quinze firmes étrangères (Australie, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne) ayant organisé les cérémonies d'ouverture et de fin des Jeux. Non seulement les factures ne sont pas payées sept semaines après les échéances mais les appels téléphoniques et les -e-mails sont restés sans réponse. De plus les firmes rencontreraient des difficultés à récupérer matériel et outillage valant plusieurs dizaines de millions de dollars.
Un wikileak révèle que Rahul Gandhi aurait en 2009 déclaré à l'ambassadeur américain Roemer que les « extrémistes hindous représentent un danger plus grave pour le pays que le LeT ou les islamistes indiens (mujahideens) »(Idem).
Avec la visite du Président Medvedev la semaine prochaine au cours de laquelle seront signés une quinzaine d'accords renouvelant la « relation stratégique » entre la Russie et l'Inde, il se confirme que cette dernière se trouve au centre d'un mouvement de re-déploiement géostratégique, confirmation d'alliances anciennes (USA, Russie), création de nouvelles (France, UE) et tentatives de désamorçage du potentiel de conflit avec la Chine (The Tribune). A l'issue de sa visite, Wen Jiabao a cependant critiqué les réactions de la presse indienne à sa visite, qu'il a sans doute trouvées trop tièdes, voire hostiles. Reconnaissant que la presse en Inde est libre, il ne l'en a pas moins invité à jouer un rôle plus positif dans la promotion de l'amitié entre les deux pays au lieu de risquer d'endommager les relations bilatérales (The Times of India).
La Russie, en plus de s'engager dans une coopération en matière d'armement – conception conjointe d'un avion de combat de 5e génération – et de nucléaire civil, rappelle qu'elle appuie depuis vingt ans un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité pour l'Inde et, après l'UE, appelle Islamabad à mettre un terme à l'activité de quelque quarante camps d'entraînement terroristes sur son territoire. Ces derniers, a déclaré Alexandre Kadakin, ambassadeur russe à Delhi, sont le centre d'où le cancer du terrorisme international visant Moscou, Mumbai, Madrid, Londres se déploie (The Tribune),
Le Times of India se scandalise que le leader du JuD, Hafiz Saeed - en résidence surveillée depuis décembre 2008 suite à l'implication de son mouvement dans l'attentat de Mumbai mais libéré, « faute de preuve » par la Haute Cour de Lahore suite au refus de l'Inde de livrer le seul terroriste survivant Ajmal Kasab – soit dernièrement apparu en public, en compagnie de poids lourds de la politique pakistanaise, à l'occasion d'une manifestation contre l'abrogation de la loi sanctionnant le blasphème actuellement débattue au Parlement. La manifestation était organisée par le JuL (Jamât Ulema-e-Islam) peut-être pour faire oublier l'embarrassant wikileak révélant que son leader Fazlur Rehman avait demandé l'appui de l'ambassadrice américaine Patterson afin d'obtenir le poste de Premier ministre.
Malgré les optimistes déclarations d'intention sino-indiennes, on ne peut empêcher l'impression que de nouveaux axes se dessinent : USA, UE, Russie, Inde d'une part, Chine, Pakistan, Corée du Nord, Myanmar, d'autre part.
mercredi 15 décembre 2010
Snobish Bores. Kangra. Coopération stratégique Inde-UE. Wikifakes. Gaz.
Le 8 décembre 2010
Kayani, général en chef de l'armée pakistanaise aurait échappé hier mardi à une attaque de roquettes tirées par les Talibans dans le Sud-Waziristan (The Indian Express).
Considérant son impeccable respect des règles de non-prolifération, l'Allemagne, s'ajoutant aux USA et à la France, soutient l'admission de l'Inde au NSG (groupe des fournisseurs de matériel nucléaire) bien qu'elle n'ai pas signé le Traité de Non Prolifération.
Les Wikileaks, dont ceux concernant la sécurité de l'Inde, se poursuivent. On apprend entre autre que la plus grande partie des fonds alimentant les groupes terroristes tels que le Let et les Talibans, proviennent d'Arabie Saoudite. Kevin Rudd, ministre australien des Affaires étrangères, un sinophile, mais aussi un « réaliste brutal », aurait conseillé aux USA d'être prêt à faire usage de la force si la situation l'exigeait.
Le 9 décembre 2010
Un attentat a fait une victime et 39 blessés hier à Bénarès. Motivé par le jugement rendu récemment ordonnant le partage entre hindous et musulmans du site de la mosquée Babri démolie par des extrémistes hindous à Ayodhya, il a été revendiqué par les Indian Mujaheedeen, les mêmes qui sont aussi à l'origine de l'attentat contre la German Bakery de Pune l'année dernière,. Parmi les blessés, plusieurs touristes étrangers. L'Uttar Pradesh a connu 18 attentats depuis 2000 dont trois à Bénarès.
En riposte certains milieux du VHP contestent le principe même d'un partage du site entre hindous et musulmans. Les pesanteurs de l'histoire indienne semblent refuser de céder et refaire surface à chaque nouvel attentat, petit ou grand, qui ponctue la vie quotidienne du sous-continent depuis la Partition. Elles semblent laisser peu de chance à l'optimisme de libéraux indiens tels que Shashi Tharoor ou Chetan Bhagat de voir jamais se réaliser leurs projections qui, pour sympathiques qu'elles soient, n'en sont pas moins aussi naïves que l'ont été celles de nos gauches européennes. Ces dernières avaient l'excuse de ne pas être familières de l'islam et des musulmans, avec lesquels nos relations récentes jusqu'à la fin de la colonisation nous avait placé dans la position de l'oppresseur. La gauche indienne n'a pas cette excuse. Un millénaire de présence musulmane dans le sous-continent et quatre siècles de domination de l'Hindoustan par l'islam moghol devraient pourtant leur avoir enlevé leurs illusions.
C'est un Indien qui le dit. Quant à moi, je me contente de trouver parfois dans ce fumier quelques perles d'humanité qui contredisent ce portrait peu flatteur, comme ce berger Gaddi reconverti dans le commerce d' écharpes, châles et pantoufles de laine ou de feutre, qui m'explique qu'on ne sait pas si les Gaddis descendent de soldats d'Alexandre – qui aurait livré bataille pas loin d'ici à Kangra entre 326 et 317 AEC – ou de pasteurs nomades hindous fuyant le Rajasthan devant les musulmans en deux vagues, l'une au 8e EC, la seconde vers le 16e EC. Ou ce gentil vendeur de journaux propriétaire d'un joli petit chien blanc appelé Tofu, et qui me garde les journaux du jours quelque soit l'heure où je passe les chercher. Ou deviens-je moi-même déjà un peu indien ?
Le 10 décembre 2010
Visité hier le fort de Kangra qui fut longtemps le siège du pouvoir des Katoch, une des plus anciennes dynasties indiennes, mentionnées dans le Ramayana sous le nom de Trigarta. Rajanaka Susarma Chandra, un des protagonistes du Mahabharata, combattant au côté des Kauravas, un Katoch, aurait bâti le Kangra Qila. Suite à la défaite des Kauravas, les Katoch auraient renoncé au Sud du Pendjab (Multan) n'en conservant que la partie montagneuse, le Jalandhar, actuel Himachal Pradesh. Voilà pour la légende épique. Quant à l'histoire, la dynastie est mentionnée par Ptolémée (Sôter I) qui accompagna Alexandre le Grand en Inde au 4 e siècle AEC. Porus (Phaegus/Parmanand Chandra) qui stoppa l'avancée des grecs vers l'Est aurait été un Katoch. Le Fort de Kangra serait le plus important de tout l'Himalaya. « Who hold the fort holds the hills » (Qui tient le fort, contrôle la partie montagneuse du Pendjab) disait-on. Shahjahan relaie l'opinion suivant laquelle le fort de Kangra est tellement ancien qu'on ne peut estimer son âge, ainsi que celle suivant laquelle il aurait toujours été propriété des Katoch. Les Maures d'Espagne se seraient inspirés de son architecture pour leurs propres ouvrages fortifiés sur la péninsule ibérique.
Descendu à pied de Mac Leod et pris le bus pour Kangra au Dharamsala Bus Stand. Prends à pied la direction du fort, 3 km en dehors de la ville. Je m'approche donc progressivement du site découvrant au passage un très beau et sauvage paysage de cours d'eau, de collines et de roches abrupts. Puis le choc à la découverte du mastodonte dominant le confluent des rivières Manjhi et Ban Ganga. Choc d'autant plus profond que je commence à réaliser l'importance historique et culturelle de l'endroit où je me trouve, que je suis en fait aux franges orientales de ce Pendjab, ce pays des Cinq Rivières tellement important dans l'histoire et la culture du sous-continent, puisqu'il en est en quelque sorte la matrice, lui donnant son nom et sa religion. La visite du bâtiment lui-même, de ses différents niveaux, de l'aire des temples puis, tout au sommet de la citadelle, de l'aire résidentielle, enfilade de terrasses donnant vue sur les monts et vaux environnant, et qui sert d'arrière-fond à plusieurs miniatures évoquant des scènes de la vie de la Cour de Kangra, ne me déçoit pas non plus. Je me promets d'y revenir. Le Dalaï Lama a bien choisi son coin, pensai-je, un des plus sacrés non seulement pour l'histoire du bouddhisme tibétain mais aussi pour l'histoire du sous-continent.et de ses rapports anciens avec l'Europe.
Beaucoup de magasins sont fermés aujourd'hui en l'honneur de Liu Xiao Bao, lauréat du Prix Nobel de la Paix qui lui sera remis in absentia aujourd'hui à Oslo.
L'hiver s'installe. Le soleil aujourd'hui n'a pas réussi à dissiper le brouillard qui enveloppe Mac Leod. Cela devrait durer jusqu'en février. Ambiance assez semblable aux hivers belges.
Je devrais partir pour Delhi et le Népal en fin de la semaine prochaine, le 20 au plus tard, et m'étonne de partir avec quelques regrets. Heureux signe que j'ai bien trouvé ma place, dans cette région de l'Inde, à cheval sur les bassin du Ganges et de l'Indus, qui vit passer les envahisseurs aryens venant d'Iran, dont les dynastes Katoches sont mentionnés dans le Ramayana et le Mahabharata, où les gènes grecs prolifèrent encore, et qui vit passer les missionnaires indiens qui convertirent le Tibet au bouddhisme ainsi que l'a rappelé hier le Dalaï Lama au cours d'un brunch offert aux députés du Parlement de l'état (Times of India, 10 décembre 2010). En réponse le Premier ministre de l'état qualifie le Dalaï Lama de « Bouddha vivant » universellement reconnu comme figure de paix. Ce lieu restera-t-il un des hubs à partir desquels se dessinera la réponse de l'humanité à la folie paranoïaque et sanguinaire des monothéismes ? Je le crois et l'espère.
Deux jours après l'attentat de Bénarès trois bombes grossières trouvées, comme celle de Bénarès, dans une poubelle, ont été désamorcées à Allahabad (Idem). Le Premier de l'Union, Manmohan Singh, annonce son intention d'approfondir la coopération de l'Inde avec l'UE dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et autres menaces « non-traditionnelles » à la sécurité (Ibidem).
Le 11 décembre 2010
Après les Wikileaks, les Wikifakes. Les journaux pakistanais The News et The Express Tribune se sont excusés hier d'avoir relayé de faux wikileaks diffusés par des sites web pakistanais anti-indiens attribuant à des diplomates américains une description peu élogieuse d'officiers indiens « vaniteux, uniquement préoccupés de leur image, et génocidaires ». Le quotidien The Nation, connu pour ses positions anti-indiennes, n'aurait par contre manifesté aucun regret, publiant au contraire un éditorial intitulé « Le vrai visage de l'Inde » (Times of India, 11 décembre 2010).
La Chine se lancerait dans la construction de mosquées et l'aménagement de cimetières réservés aux musulmans un peu partout dans le pays, pour satisfaire aux besoins et exigences de ses quelques 20 millions de musulmans. Le Guandong et les provinces côtières qui ont vu ces dernières années une immigration importante de musulmans de leur habitat traditionnel dans l'Ouest du pays seraient particulièrement concernés (Idem).
L'ancien Vice-Président taïwanais Lien Chan, lauréat du Prix Confucius pour la Paix, récemment créé en catastrophe pour faire pièce au Prix Nobel accordé à Liu Xiao Bao, se serait excusé de ne pouvoir assister à la cérémonie de remise du prix (Idem).
Le processus de négociation d'une accord bilatéral entamé en 2007 entre l'Inde et l'UE et portant sur le commerce et les investissement vient de franchir une étape importante hier à Bruxelles (Idem). Les deux parties sont convenues de s'accorder mutuellement accès à leurs marchés respectifs en matière de services. Cet accord représente d'après les signataires, Manmohan Singh, Hermann Van Rompuy et José Manuel Barroso, des opportunités illimitées pour les deux partenaires, et précède la conclusion prévue pour mars 2011 d'un accord complet de libre échange (BTIA : Broad Based Trade and Investment Agreement).
Le 12 décembre 2010
Wikileaks, suite. Comme le gouvernement espagnol de droite (Aznar) après l'attentat de Madrid, qui l'avait d'abord attribué aux terroristes basques, le parti indien du Congrès – dont un large pan de la politique consiste à éviter l'affrontement avec sa clientèle musulmane – aurait, après l'attentat de Mumbai, attribué l'attaque à des extrémistes hindous. La répugnance à envisager la vérité lorsqu'elle n'est pas pratique semble être un trait universel. L'occasion n'a pas été perdue par certains milieux musulmans indiens qui encore aujourd'hui répugnent à reconnaître la responsabilité du Pakistan dans ce méfait.
Sommet Inde-UE. Après les affaires, la sécurité. Une déclaration commune définit la lutte contre terrorisme international comme une des priorités essentielles de la relation stratégique entre les deux partenaires. Ces derniers s'associent également pour promouvoir l'intégration au droit international d'une Convention globale sur le terrorisme transfrontalier, légiférant sur la tolérance ou l'hébergement d'entreprises terroristes sur les territoires nationaux. Ce qui semble viser directement le Pakistan.
Le Sunday Times of India se réjouit de ce qu'il voit, de la part de l'UE, contrastant avec la prudence américaine, comme un rapprochement des thèses indiennes, pour lesquelles le double-jeu de leur voisin est une évidence qui n'a pas besoin d'être démontrée. La déclaration conjointe appelle explicitement le Pakistan à faire comparaître les responsables de l'attentat de Mumbai devant la justice.
Le quotidien publie par ailleurs un article de Shaun Gregory(Université de Bradford, GB) intitulé 'US is paying for Pak protection racket' (Les USA paient le Pakistan pour se protéger d'attaques sur leur territoire). Bien que son auteur ne soit pas indien, l'article reflète assez bien le regard que porte l'Inde sur la relation américano-pakistanaise. Sans aller jusqu'à accuser les USA de complicité avec l'état et l'armée pakistanais, Shaun Gregory écrit que « les USA paient le Pakistan pour empêcher qu'ils atteignent leurs propres objectifs en Afghanistan et soutiennent un état qui est le centre mondial du terrorisme international et de la prolifération nucléaire. … La plus grande partie des 11 milliards de dollars versés au Pakistan par le gouvernement Bush II entre 2001 et 2008, aurait été investies dans de l'armement visant l'Inde, à ré-équilibrer la balance des paiements pakistanaise, et à accroître les actifs économiques et financiers de l'armée pakistanaise. … De ce pactole, une très petite partie aurait été consacrée à la lutte contre le terrorisme interne (sur le front afghan). Les patrouilles frontalières pakistanaises étant financées par les USA, l'article souligne l'absurdité de voir financer par les USA la défense des frontières du Pakistan, de sa sécurité et de sa souveraineté, qui normalement ressort des compétences exclusives de tout état normal :.. La Chine par contre se gardant de gaspiller des ressources à financer l'armée pakistanaise ou l'ISI par exemple, jette les fondations d'une relation à long terme en investissant plutôt en infrastructure durables - pipelines, port de Gwadar – ainsi que dans le renseignement. Les USA investissent massivement à fonds perdus pour des intérêts à cour terme tandis que le Chine investit sélectivement mais pour le long terme. Si la raison profonde des options américaines n'est pas la crainte de voir ce pays soutenir encore plus activement le terrorisme international, et de le voir fournir matériel et technologie nucléaire à des groupes terroristes étrangers, n'est-il pas temps se demande l'auteur de « mettre un terme à l'aide militaire américaine au Pakistan » ?
Pour convaincant que semblent ces arguments l'article omet cependant de mentionner un autre des motifs possibles des USA, sans doute le plus substantiel : empêcher l'influence chinoise de s'y développer.
Le 13 décembre 2010
Le ministre indien du Pétrole a signé au Turkménistan avec ce pays, le Pakistan et l'Afghanistan un accord de contribution a financement du projet américain de construction d'un pipeline de gaz naturel d'Asie centrale (10 milliards de dollars) destiné à faire concurrence au réseau russe de transport de ce carburant. Malgré ses craintes relatives à la sécurité du projet – l'Inde a accepté de prendre livraison du gaz à la frontière turkmène, son transport subséquent à travers l'Afghanistan et le Pakistan lui incombant – la participation des USA au consortium semble suffire à la rassurer (Times of India).
Après la déclaration conjointe Indo-UE sur le terrorisme transfrontalier, le quotidien (Idem) considère la déclaration de Angel Merkel, visant nommément le Pakistan, suivant laquelle « le terrorisme ne peut jamais être un moyen d'atteindre des objectifs politiques », comme une seconde victoire diplomatique de l'Inde au cours de la visite européenne de Manmohan Singh.
L'article « The US 'viceroy' rules Islamabad » (Idem) voit la relation américano-pakistanaise par le bout de la lorgnette opposé à celui de Gregory Shaun (cf supra, 12 décembre). Les « trois A » Allah, Armée et Amérique, mais surtout le dernier, définiraient le Pakistan. Ce pays serait devenu « une colonie américaine », d'après Kamran Rehmat éditeur du Islamabad Dateline. Au point que le général Kayani aurait discuté avec l'ambassadrice Patterson l'éventuel remplacement de Zardari comme président, que ce dernier lui aurait suggéré sa soeur pour lui succéder au cas où il serait assassiné et qu'un des maulana (théologien) les plus critiques de l'impérialisme américain, Fazlur Rehman, secrétaire général de la Jamiat Ulema-e-Islam, aurait sollicité l'appui de l'ambassadrice américaine à sa candidature comme premier ministre.
Le 14 décembre 2010
Le gouvernement du Bihar, dans la foulée de la ré-élection triomphale de Nitish Kumar, et dans la cadre de sa politique de sécurisation de l'état et de résorption du chômage, aurait décidé d'engager 50 000 policiers (Times of India).
Les universités britanniques seraient devenues des viviers de terroristes islamistes d'après Anthony Glees, directeur des Security Studies à l'Université de Buckingham (Idem).
Paras – le joyaux qui génère l'or - ancien prince héritier de la couronne népalaise - et ami personnel de CC - aurait à nouveau frappé. Il est réputé pour être susceptible et avoir la gâchette facile. Il a ainsi exécuté en public dans un bar un chanteur qui se serait moqué de lui ou de la famille régnante. Cette fois c'est en réponse à de supposées « insultes » visant son père, de la part de la Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sujata Koirala, rencontrée également dans un restaurant à Pokhara où elle se trouvait en compagnie de son époux et de son fils, que le Prince tira, en l'air, une volée de cartouches (Idem).
Le Premier chinois Wen Jia Bao arrive demain à Delhi pour parler affaires. Les commentateurs se concentrent sur la question "comment continuer à collaborer en matière économique alors que les contentieux politiques et frontaliers entre les deux pays se multiplient au point que certains se demandent si la Chine ne représentera pas dans un futur qui pourrait être proche une menace plus imminente que le Pakistan?"
Le 15 décembre 2010
Les chutes de neige sur les sommet du Chamba rendent difficile le travail des patrouilles le long des 216 km de frontière de cette région avec l'état instable du Jammu et Cachemire. Le dernier attentat perpétré par des agents infiltrés du Cachemire avait en 1998 fait 35 morts (Times of India).
Kayani, général en chef de l'armée pakistanaise aurait échappé hier mardi à une attaque de roquettes tirées par les Talibans dans le Sud-Waziristan (The Indian Express).
Considérant son impeccable respect des règles de non-prolifération, l'Allemagne, s'ajoutant aux USA et à la France, soutient l'admission de l'Inde au NSG (groupe des fournisseurs de matériel nucléaire) bien qu'elle n'ai pas signé le Traité de Non Prolifération.
Les Wikileaks, dont ceux concernant la sécurité de l'Inde, se poursuivent. On apprend entre autre que la plus grande partie des fonds alimentant les groupes terroristes tels que le Let et les Talibans, proviennent d'Arabie Saoudite. Kevin Rudd, ministre australien des Affaires étrangères, un sinophile, mais aussi un « réaliste brutal », aurait conseillé aux USA d'être prêt à faire usage de la force si la situation l'exigeait.
Le 9 décembre 2010
Un attentat a fait une victime et 39 blessés hier à Bénarès. Motivé par le jugement rendu récemment ordonnant le partage entre hindous et musulmans du site de la mosquée Babri démolie par des extrémistes hindous à Ayodhya, il a été revendiqué par les Indian Mujaheedeen, les mêmes qui sont aussi à l'origine de l'attentat contre la German Bakery de Pune l'année dernière,. Parmi les blessés, plusieurs touristes étrangers. L'Uttar Pradesh a connu 18 attentats depuis 2000 dont trois à Bénarès.
En riposte certains milieux du VHP contestent le principe même d'un partage du site entre hindous et musulmans. Les pesanteurs de l'histoire indienne semblent refuser de céder et refaire surface à chaque nouvel attentat, petit ou grand, qui ponctue la vie quotidienne du sous-continent depuis la Partition. Elles semblent laisser peu de chance à l'optimisme de libéraux indiens tels que Shashi Tharoor ou Chetan Bhagat de voir jamais se réaliser leurs projections qui, pour sympathiques qu'elles soient, n'en sont pas moins aussi naïves que l'ont été celles de nos gauches européennes. Ces dernières avaient l'excuse de ne pas être familières de l'islam et des musulmans, avec lesquels nos relations récentes jusqu'à la fin de la colonisation nous avait placé dans la position de l'oppresseur. La gauche indienne n'a pas cette excuse. Un millénaire de présence musulmane dans le sous-continent et quatre siècles de domination de l'Hindoustan par l'islam moghol devraient pourtant leur avoir enlevé leurs illusions.
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Winston Churchill disait des Indiens qu'ils étaient des « emmerdeurs et des snobs » (snobish bores). L'opinion de V.K. Kapoor (The Tribune, 'Nazrana, Sukhrana, Jabrana', 9 décembre 2010) n'est guère plus indulgente ; « Al -Beruni described the Indian character as 'sentimentality with brutality, family ties with well-concealed adultery, … renunciation with avarice and chastity with sex obsession … a weakness for adulation and titles … Some of the scions of the princely states of India are called 'Maharajas' and 'Maharanis'. They [still]enjoy the decayed remains of past glory. Napoleon called these people 'hereditary asses, imbeciles, and the curse of the nation'. Privilege breeds boredom and boredom breeds empty people. Behind the hero stands an invalid. … Words have no fixed meaning; treachery comme easy, and truth is so slippery that it cannot be seized. … To be honest and straightforward is like wearing a chastity belt in a brothel. » (Al Beruni décrit la personnalité de base des Indiens comme faite de 'sentimentalité et de brutalité, … d'attachement à la famille s'accommodant de l'adultère, soigneusement masqué, … de renoncement et d'avarice, de chasteté et d'obsession sexuelle … ainsi que d'un faible pour les titres ronflants … Certains des rejetons des anciens rajas se font encore appeler 'maharaja' ou 'maharani', jouissant encore des restes avariés de leur gloire passée. Napoléon appelait ce genre de personnages 'ânes héréditaires, imbéciles et malédiction de la nation'. Les privilèges engendrent l'ennui, et l'ennui produit des gens sans substance. Derrière les façades héroïques, on trouve des invalides. … Les mots n'ont pas de sens fixe, la trahison est facile et la vérité tellement fuyante qu'il est impossible de s'en saisir. … Être honnête [dans ce contexte] reviendrait à porter une ceinture de chasteté dans un bordel.)
C'est un Indien qui le dit. Quant à moi, je me contente de trouver parfois dans ce fumier quelques perles d'humanité qui contredisent ce portrait peu flatteur, comme ce berger Gaddi reconverti dans le commerce d' écharpes, châles et pantoufles de laine ou de feutre, qui m'explique qu'on ne sait pas si les Gaddis descendent de soldats d'Alexandre – qui aurait livré bataille pas loin d'ici à Kangra entre 326 et 317 AEC – ou de pasteurs nomades hindous fuyant le Rajasthan devant les musulmans en deux vagues, l'une au 8e EC, la seconde vers le 16e EC. Ou ce gentil vendeur de journaux propriétaire d'un joli petit chien blanc appelé Tofu, et qui me garde les journaux du jours quelque soit l'heure où je passe les chercher. Ou deviens-je moi-même déjà un peu indien ?
Le 10 décembre 2010
Visité hier le fort de Kangra qui fut longtemps le siège du pouvoir des Katoch, une des plus anciennes dynasties indiennes, mentionnées dans le Ramayana sous le nom de Trigarta. Rajanaka Susarma Chandra, un des protagonistes du Mahabharata, combattant au côté des Kauravas, un Katoch, aurait bâti le Kangra Qila. Suite à la défaite des Kauravas, les Katoch auraient renoncé au Sud du Pendjab (Multan) n'en conservant que la partie montagneuse, le Jalandhar, actuel Himachal Pradesh. Voilà pour la légende épique. Quant à l'histoire, la dynastie est mentionnée par Ptolémée (Sôter I) qui accompagna Alexandre le Grand en Inde au 4 e siècle AEC. Porus (Phaegus/Parmanand Chandra) qui stoppa l'avancée des grecs vers l'Est aurait été un Katoch. Le Fort de Kangra serait le plus important de tout l'Himalaya. « Who hold the fort holds the hills » (Qui tient le fort, contrôle la partie montagneuse du Pendjab) disait-on. Shahjahan relaie l'opinion suivant laquelle le fort de Kangra est tellement ancien qu'on ne peut estimer son âge, ainsi que celle suivant laquelle il aurait toujours été propriété des Katoch. Les Maures d'Espagne se seraient inspirés de son architecture pour leurs propres ouvrages fortifiés sur la péninsule ibérique.
Descendu à pied de Mac Leod et pris le bus pour Kangra au Dharamsala Bus Stand. Prends à pied la direction du fort, 3 km en dehors de la ville. Je m'approche donc progressivement du site découvrant au passage un très beau et sauvage paysage de cours d'eau, de collines et de roches abrupts. Puis le choc à la découverte du mastodonte dominant le confluent des rivières Manjhi et Ban Ganga. Choc d'autant plus profond que je commence à réaliser l'importance historique et culturelle de l'endroit où je me trouve, que je suis en fait aux franges orientales de ce Pendjab, ce pays des Cinq Rivières tellement important dans l'histoire et la culture du sous-continent, puisqu'il en est en quelque sorte la matrice, lui donnant son nom et sa religion. La visite du bâtiment lui-même, de ses différents niveaux, de l'aire des temples puis, tout au sommet de la citadelle, de l'aire résidentielle, enfilade de terrasses donnant vue sur les monts et vaux environnant, et qui sert d'arrière-fond à plusieurs miniatures évoquant des scènes de la vie de la Cour de Kangra, ne me déçoit pas non plus. Je me promets d'y revenir. Le Dalaï Lama a bien choisi son coin, pensai-je, un des plus sacrés non seulement pour l'histoire du bouddhisme tibétain mais aussi pour l'histoire du sous-continent.et de ses rapports anciens avec l'Europe.
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Beaucoup de magasins sont fermés aujourd'hui en l'honneur de Liu Xiao Bao, lauréat du Prix Nobel de la Paix qui lui sera remis in absentia aujourd'hui à Oslo.
L'hiver s'installe. Le soleil aujourd'hui n'a pas réussi à dissiper le brouillard qui enveloppe Mac Leod. Cela devrait durer jusqu'en février. Ambiance assez semblable aux hivers belges.
Je devrais partir pour Delhi et le Népal en fin de la semaine prochaine, le 20 au plus tard, et m'étonne de partir avec quelques regrets. Heureux signe que j'ai bien trouvé ma place, dans cette région de l'Inde, à cheval sur les bassin du Ganges et de l'Indus, qui vit passer les envahisseurs aryens venant d'Iran, dont les dynastes Katoches sont mentionnés dans le Ramayana et le Mahabharata, où les gènes grecs prolifèrent encore, et qui vit passer les missionnaires indiens qui convertirent le Tibet au bouddhisme ainsi que l'a rappelé hier le Dalaï Lama au cours d'un brunch offert aux députés du Parlement de l'état (Times of India, 10 décembre 2010). En réponse le Premier ministre de l'état qualifie le Dalaï Lama de « Bouddha vivant » universellement reconnu comme figure de paix. Ce lieu restera-t-il un des hubs à partir desquels se dessinera la réponse de l'humanité à la folie paranoïaque et sanguinaire des monothéismes ? Je le crois et l'espère.
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Deux jours après l'attentat de Bénarès trois bombes grossières trouvées, comme celle de Bénarès, dans une poubelle, ont été désamorcées à Allahabad (Idem). Le Premier de l'Union, Manmohan Singh, annonce son intention d'approfondir la coopération de l'Inde avec l'UE dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et autres menaces « non-traditionnelles » à la sécurité (Ibidem).
Le 11 décembre 2010
Après les Wikileaks, les Wikifakes. Les journaux pakistanais The News et The Express Tribune se sont excusés hier d'avoir relayé de faux wikileaks diffusés par des sites web pakistanais anti-indiens attribuant à des diplomates américains une description peu élogieuse d'officiers indiens « vaniteux, uniquement préoccupés de leur image, et génocidaires ». Le quotidien The Nation, connu pour ses positions anti-indiennes, n'aurait par contre manifesté aucun regret, publiant au contraire un éditorial intitulé « Le vrai visage de l'Inde » (Times of India, 11 décembre 2010).
La Chine se lancerait dans la construction de mosquées et l'aménagement de cimetières réservés aux musulmans un peu partout dans le pays, pour satisfaire aux besoins et exigences de ses quelques 20 millions de musulmans. Le Guandong et les provinces côtières qui ont vu ces dernières années une immigration importante de musulmans de leur habitat traditionnel dans l'Ouest du pays seraient particulièrement concernés (Idem).
L'ancien Vice-Président taïwanais Lien Chan, lauréat du Prix Confucius pour la Paix, récemment créé en catastrophe pour faire pièce au Prix Nobel accordé à Liu Xiao Bao, se serait excusé de ne pouvoir assister à la cérémonie de remise du prix (Idem).
Le processus de négociation d'une accord bilatéral entamé en 2007 entre l'Inde et l'UE et portant sur le commerce et les investissement vient de franchir une étape importante hier à Bruxelles (Idem). Les deux parties sont convenues de s'accorder mutuellement accès à leurs marchés respectifs en matière de services. Cet accord représente d'après les signataires, Manmohan Singh, Hermann Van Rompuy et José Manuel Barroso, des opportunités illimitées pour les deux partenaires, et précède la conclusion prévue pour mars 2011 d'un accord complet de libre échange (BTIA : Broad Based Trade and Investment Agreement).
Le 12 décembre 2010
Wikileaks, suite. Comme le gouvernement espagnol de droite (Aznar) après l'attentat de Madrid, qui l'avait d'abord attribué aux terroristes basques, le parti indien du Congrès – dont un large pan de la politique consiste à éviter l'affrontement avec sa clientèle musulmane – aurait, après l'attentat de Mumbai, attribué l'attaque à des extrémistes hindous. La répugnance à envisager la vérité lorsqu'elle n'est pas pratique semble être un trait universel. L'occasion n'a pas été perdue par certains milieux musulmans indiens qui encore aujourd'hui répugnent à reconnaître la responsabilité du Pakistan dans ce méfait.
Sommet Inde-UE. Après les affaires, la sécurité. Une déclaration commune définit la lutte contre terrorisme international comme une des priorités essentielles de la relation stratégique entre les deux partenaires. Ces derniers s'associent également pour promouvoir l'intégration au droit international d'une Convention globale sur le terrorisme transfrontalier, légiférant sur la tolérance ou l'hébergement d'entreprises terroristes sur les territoires nationaux. Ce qui semble viser directement le Pakistan.
Le Sunday Times of India se réjouit de ce qu'il voit, de la part de l'UE, contrastant avec la prudence américaine, comme un rapprochement des thèses indiennes, pour lesquelles le double-jeu de leur voisin est une évidence qui n'a pas besoin d'être démontrée. La déclaration conjointe appelle explicitement le Pakistan à faire comparaître les responsables de l'attentat de Mumbai devant la justice.
Le quotidien publie par ailleurs un article de Shaun Gregory(Université de Bradford, GB) intitulé 'US is paying for Pak protection racket' (Les USA paient le Pakistan pour se protéger d'attaques sur leur territoire). Bien que son auteur ne soit pas indien, l'article reflète assez bien le regard que porte l'Inde sur la relation américano-pakistanaise. Sans aller jusqu'à accuser les USA de complicité avec l'état et l'armée pakistanais, Shaun Gregory écrit que « les USA paient le Pakistan pour empêcher qu'ils atteignent leurs propres objectifs en Afghanistan et soutiennent un état qui est le centre mondial du terrorisme international et de la prolifération nucléaire. … La plus grande partie des 11 milliards de dollars versés au Pakistan par le gouvernement Bush II entre 2001 et 2008, aurait été investies dans de l'armement visant l'Inde, à ré-équilibrer la balance des paiements pakistanaise, et à accroître les actifs économiques et financiers de l'armée pakistanaise. … De ce pactole, une très petite partie aurait été consacrée à la lutte contre le terrorisme interne (sur le front afghan). Les patrouilles frontalières pakistanaises étant financées par les USA, l'article souligne l'absurdité de voir financer par les USA la défense des frontières du Pakistan, de sa sécurité et de sa souveraineté, qui normalement ressort des compétences exclusives de tout état normal :.. La Chine par contre se gardant de gaspiller des ressources à financer l'armée pakistanaise ou l'ISI par exemple, jette les fondations d'une relation à long terme en investissant plutôt en infrastructure durables - pipelines, port de Gwadar – ainsi que dans le renseignement. Les USA investissent massivement à fonds perdus pour des intérêts à cour terme tandis que le Chine investit sélectivement mais pour le long terme. Si la raison profonde des options américaines n'est pas la crainte de voir ce pays soutenir encore plus activement le terrorisme international, et de le voir fournir matériel et technologie nucléaire à des groupes terroristes étrangers, n'est-il pas temps se demande l'auteur de « mettre un terme à l'aide militaire américaine au Pakistan » ?
Pour convaincant que semblent ces arguments l'article omet cependant de mentionner un autre des motifs possibles des USA, sans doute le plus substantiel : empêcher l'influence chinoise de s'y développer.
Le 13 décembre 2010
Le ministre indien du Pétrole a signé au Turkménistan avec ce pays, le Pakistan et l'Afghanistan un accord de contribution a financement du projet américain de construction d'un pipeline de gaz naturel d'Asie centrale (10 milliards de dollars) destiné à faire concurrence au réseau russe de transport de ce carburant. Malgré ses craintes relatives à la sécurité du projet – l'Inde a accepté de prendre livraison du gaz à la frontière turkmène, son transport subséquent à travers l'Afghanistan et le Pakistan lui incombant – la participation des USA au consortium semble suffire à la rassurer (Times of India).
Après la déclaration conjointe Indo-UE sur le terrorisme transfrontalier, le quotidien (Idem) considère la déclaration de Angel Merkel, visant nommément le Pakistan, suivant laquelle « le terrorisme ne peut jamais être un moyen d'atteindre des objectifs politiques », comme une seconde victoire diplomatique de l'Inde au cours de la visite européenne de Manmohan Singh.
L'article « The US 'viceroy' rules Islamabad » (Idem) voit la relation américano-pakistanaise par le bout de la lorgnette opposé à celui de Gregory Shaun (cf supra, 12 décembre). Les « trois A » Allah, Armée et Amérique, mais surtout le dernier, définiraient le Pakistan. Ce pays serait devenu « une colonie américaine », d'après Kamran Rehmat éditeur du Islamabad Dateline. Au point que le général Kayani aurait discuté avec l'ambassadrice Patterson l'éventuel remplacement de Zardari comme président, que ce dernier lui aurait suggéré sa soeur pour lui succéder au cas où il serait assassiné et qu'un des maulana (théologien) les plus critiques de l'impérialisme américain, Fazlur Rehman, secrétaire général de la Jamiat Ulema-e-Islam, aurait sollicité l'appui de l'ambassadrice américaine à sa candidature comme premier ministre.
Le 14 décembre 2010
Le gouvernement du Bihar, dans la foulée de la ré-élection triomphale de Nitish Kumar, et dans la cadre de sa politique de sécurisation de l'état et de résorption du chômage, aurait décidé d'engager 50 000 policiers (Times of India).
Les universités britanniques seraient devenues des viviers de terroristes islamistes d'après Anthony Glees, directeur des Security Studies à l'Université de Buckingham (Idem).
Paras – le joyaux qui génère l'or - ancien prince héritier de la couronne népalaise - et ami personnel de CC - aurait à nouveau frappé. Il est réputé pour être susceptible et avoir la gâchette facile. Il a ainsi exécuté en public dans un bar un chanteur qui se serait moqué de lui ou de la famille régnante. Cette fois c'est en réponse à de supposées « insultes » visant son père, de la part de la Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Sujata Koirala, rencontrée également dans un restaurant à Pokhara où elle se trouvait en compagnie de son époux et de son fils, que le Prince tira, en l'air, une volée de cartouches (Idem).
Le Premier chinois Wen Jia Bao arrive demain à Delhi pour parler affaires. Les commentateurs se concentrent sur la question "comment continuer à collaborer en matière économique alors que les contentieux politiques et frontaliers entre les deux pays se multiplient au point que certains se demandent si la Chine ne représentera pas dans un futur qui pourrait être proche une menace plus imminente que le Pakistan?"
Le 15 décembre 2010
Les chutes de neige sur les sommet du Chamba rendent difficile le travail des patrouilles le long des 216 km de frontière de cette région avec l'état instable du Jammu et Cachemire. Le dernier attentat perpétré par des agents infiltrés du Cachemire avait en 1998 fait 35 morts (Times of India).
La visite de Wen Jia Bao se déroule sur un fond géopolitique mouvant. La Chine a rétabli la semaine dernière ses relations militaires avec les USA. Elle les avait interrompues après la livraison d'armes américaines à Taïwan au début de l'année. L'Inde a rompu les rapports militaires suite au refus chinois de délivrer un visa normal à un général indien basé au Jammu-Cachemire, territoire contesté entre l'Inde, le Pakistan et la Chine. Le fait que l'ambassadeur indien à Oslo ait assisté à la remise du Prix Nobel de la Paix au dissident chinois Liu Xiao Bao ne devrait pas interférer estiment les commentateurs (Idem). Notant que la Chine est le seul membre permanent du Conseil de Sécurité dont l'appui à la candidature indienne n'est pas assuré, le quotidien titre aussi (p. 11) « India won't bend backward for UNSC seat » (L'Inde ne se livrera pas à des contorsions devant la Chine afin d'obtenir son appui pour l'obtention d'un siège permanent).
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