Journal de voyage et revue des presses indienne et népalaise 2010-début 2011
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samedi 12 mars 2011
jeudi 3 mars 2011
Le Népal a un Premier ministre et aurait ... un gouvernement. Loi pakistanaise contre le blasphème
Le 2 mars 2011
Rentré depuis un peu plus d'un mois (le 29 janvier 2011) juste à temps pour jouir de la dernière offensive de l'hiver belge, confortablement ré-installé dans ma tour d'ivoire liégeoise, j'ai enfin le temps de mettre de l'ordre dans les dernières coupures de presse népalaise emportées.
Au 25 janvier, les derniers faits marquant de la vie politique népalaise étaient la participation de la PLA (armée populaire) maoïste à la cérémonie de transfert des compétences en matière de gestion des différents groupes armés ayant participé à la guerre civile au SC (Special Comitteee for Supervision, Integration and Rehabilitation of PLA combatants), et l'octroi par le Président de l'État, Ram Baran Yadav, d'un dernier délai pour aboutir atteindre à un accord de gouvernement. Ce dernier délai arrivait à échéance le 26 janvier. Tous semblaient par ailleurs accepter le principe d'un gouvernement d'une coalition entre deux des trois principaux partis ou de gouvernements par rotation (tous les 4 mois) jusqu'à la complétion de la Constitution et la résolution du problème des combattants maoïstes.
Tout se jouait entre les trois partis principaux – Congrès (NC), maoïstes et UML – et surtout entre les deux fractions, gauchiste et centriste de l'ULM, le leader de la première, Jhala Nath Khanal, également président de son parti, étant partisan d'une coalition UML-mao, et le Comité permanent du parti d'une coalition NC-ULM.
Le Kathmandu Post du 25 rend compte des dernières escarmouches entre les maos et le Congrès avant l'échéance du 26, le lendemain, le NC réclamant de conduire le premier gouvernement, arguant que les coalitions précédentes avaient été conduites par les maos et l'ULM, les maos répétant leurs prétentions à la conduite d'une coalition arguant du fait qu'ils sont le plus important des trois partis principaux. Ils proposent aussi que leurs forces soient intégrées dans une nouvelle agence ad hoc, plutôt que dans les agences sécuritaires – armée, police et police armée – existant déjà.
L'édition du même quotidien, le 26 janvier, enregistre peu de nouveautés sinon que plusieurs petits partis madeshi (MJF, TLMP, Sadhbhavana) dont les rivalités ont contribué à défaire une alliance (SLMM : Samyukta Loktantrik Madeshi Morcha) qui aurait pu les mettre au nombre des "grands partis", ont décidé de réactiver leur alliance.
On y apprend aussi que le UPR (Universal Periodic Review, Genève), organe de l'ONU chargé de suivre les progrès dans l'application des traités en matière de Droits de l'Homme, reproche au gouvernement népalais d'avoir présenté dans son rapport les "efforts faits" en vue d'une meilleure application de la loi sans rendre suffisamment compte des résultats de ces efforts. Le UPR s'inquiète particulièrement de l'impunité des atteintes aux droits des dalits, des femmes, des enfants et des invalides ainsi que des cas de torture par la police lors de gardes à vue.
Transitant par Londres le 28 janvier, je lis dans The Independent que Mumtaz Quadri, garde du corps de Salmaan Taseer, gouverneur du Pendjab pakistanais, qui assassina son employeur pour le punir de s'opposer à la loi punissant le blasphème de la peine de mort. Cette loi est fréquemment utilisée pour intimider ou faire chanter des non-musulmans ou des musulmans soupçonnés de tiédeur.
Mumtaz Quadri appartenait pourtant à la mouvance soufi de l'islam pakistanais, elle-même en butte aux exactions de l'islam wahabite et du Deoband, école juridique connue pour son interprétation littéraliste de la Charia. Depuis le meurtre du gouverneur, la famille de Mumtaz Quadri est couverte de louange et de dons divers y compris par des organisations sunnites telles que le Sunni Tehreek de la secte sunnite "modérée" Barelvi. La mise occidentale de la journaliste TL Meher Bokhari, par ailleurs virulemment anti-Talibans, ne l'empêcha pas d'encourager le meurtre et de l'approuver une fois perpétré. L'islam pakistanais a beau comprendre des variantes multiples, allant du sunnisme wahabite au chiisme et les ahmadistes en passant par le soufisme et les écoles plus tolérantes du sunnisme pakistanais traditionnel, l'opposition à la réforme de la loi sur le blasphème semble faire l'unité parmi eux conclut le journaliste Omar Waraich, musulman lui-aussi.
Le 3 mars 2011
Au Népal, la situation semble se débloquer depuis que Jhala Nath Khanal, président de l'ULM et leader de la fraction "gauchiste" du parti a été désigné comme Premier ministre le 3 février dernier, à la tête d'une coalition UML– maoïstes. On apprend aujourd'hui (Nepali Times) exactement un mois après, un dernier point de contention – qui portait sur le portefeuille de l'Intérieur, revendiqué par les maoïstes – étant résolu, que le nouveau gouvernement est enfin en place à l'issue de sept mois de crise. Il comprendrait onze ministres maoïstes.
Khanal aurait promis à Prachanda que le portefeuille de l'Intérieur reviendrait aux maos lorsque que le processus d'intégration des forces maoïstes dans l'armée et la police serait suffisamment avancé (The Kathmandu Post).
dimanche 23 janvier 2011
Le 10 janvier 2011
The Himalayan annonce que pour éviter que le pays ne devienne un "hub of international criminals" , le gouvernement s'apprête à présenter devant le Parlement un projet de loi qui lui permettra de mettre à jour l'accord d'extradition signé avec l'Inde en 1988 et de l'étendre à d'autres pays ainsi que de signer avec des pays partenaires des accords d' "assistance mutuelle" en matière de sécurité et de menace de l'ordre public.
Plus de cinq cent travailleurs clandestins du Bangladesh, entrés avec un visa de tourisme pour travailler dans la construction dans la Vallée de Katmandou vont être expulsés. Plusieurs d'entre eux étaient "en transit" vers des destinations plus attrayantes – pays du Golfe, Pologne, Azerbaidjan – munis de faux passeports népalais.
Le 18 janvier 2011
Allé hier vers 13 h au monastère financé par le gouvernement chinois (Chine pop.) dont j'avais rencontré l'abbé la semaine dernière chez le papetier musulman de Parsa et qui m'avait invité à lui rendre visite.
Les abords du monastère se sont dégradés depuis que je l'avais découvert en 2005. Ils sont à présent complètement envahis par les "marchands du Temple", des natifs, hindous ou musulmans, souvent à la mine patibulaire. Les gardiens des sandales et souliers, que l'on doit laisser devant l'entrée donnant accès au jardin qui précède le sanctuaire, ne sont guère plus avenants.
Les colonnes peintes en rouge soutenant la galerie entourant le jardin intérieur sont à présent couvertes de graffiti. Et les jeunes assis juste devant le sanctuaire, vide de tout moine ou moniale à cette heure, ne sont ni accueillant ni vraiment utiles à quoi que ce soit. Leur unique fonction semble être de veiller au tronc où les pèlerins laissent leurs oboles.
Je me présente, décline mon identité, que je réside au LIRI et leur montre le bout de papier où l'abbé a écrit son nom. Le plus âgé des deux "concierges" me dit que les moines et moniales dorment à cette heure. J'insiste pour qu'il m'annonce, ce qu'il fait de mauvaise grâce. Je vois de loin le moine apparaître sur le seuil de sa chambre. Le concierge revient me confirmant que l'abbé ne peut me recevoir à cette heure. La sieste doit pourtant tirer vers la fin car je vois deux nonnes s'affairer autour de la statue de Metteya à l'entrée.
Ces moines subsidiés par le gouvernement communiste de la Chine populaire se comportent comme des fonctionnaires. Trop paresseux sans doute ou corrompus pour s'occuper sérieusement et personnellement de l'accueil des visiteurs et de la protection du site, comme c'était encore le cas il y a cinq ans, ils délèguent cette charge aux maffias locales qui s'acquittent plutôt mal que bien de cette tâche pourtant guère difficile.
Ne résistant pas à l'envie de dire à ces nonnes ce que je pense de l'accueil – je crois qu'elle comprennent au moins le ton de mon discours car elles me considèrent d'un air un peu contrarié - je m'en vais sans intention de revenir pour sonder l'abbé, comme c'était mon projet, sur ce qu'il pense de la politique chinoise vis-à-vis du Pakistan et de l'islam en général, de plus en plus convaincu qu'il n'y a pas grand chose à tirer de ces moines ignares et corrompus que seuls intéressent les visiteurs dont il est possible de retirer quelqu'avantage matériel.
Le 19 janvier 2011
Le Kathmandu Post annonce que suite au départ la semaine dernière des troupes de l'ONU (UNMIN) chargées de veiller aux accords passés entre les Sept Partis et les maoïstes et d'éviter un reprise des hostilités entre ces derniers et l'armée népalaise, le gouvernement chargés des affaires courantes (on dirait une histoire belge) et le UCPN maoïste sont convenu de transférer solennellement, le 22 janvier, le commandement de la PLA maoïste à un Comité Spécial dirigé par le Premier ministre.
Étonnant pays, un des plus pauvres de la planète, un des plus arriérés et sous certains aspects des plus conservateurs, mais qui s'apprête à voter, après qu'un comité Same Sex Marriage ait étudié les législations des pays l'autorisant et enquêté sur le terrain en Norvège, une loi rendant possible le mariage de personnes de même sexe. L'opinion publique réagit paraît-il (Idem) de manière équilibrée à cette perspective.
Le 23 janvier 2011
Maharana, le pasteur de l'église protestante voisine, et directeur d'une école primaire qui jouit d'une excellente réputation, m'apprend que Rajesh, le laitier, à qui j'ai filé 1000 NR pour qu'il fasse soigner sa fille à Bhairawa, lorsque je l'ai rencontré au cours d'une balade à vélo que je faisais dans son village, est en fait "un homme riche". Il a treize vache et livre lait et yaourt à tout le village de Ramagaun. Rajesh, lorsqu'il a tenté avec succès de m'apitoyer sur la grosse fièvre de sa fille - il aurait voulu 3000 NR - m'a donc doublement menti, en me présentant son étable comme sa maison et en prétendant que seules trois des vaches - sur les 12 qu'abritait l'étable - lui appartenaient. Il serait en fait propriétaire de tout le troupeau ainsi que d'une maison en dur dans le village.
The Himalayan annonce que pour éviter que le pays ne devienne un "hub of international criminals" , le gouvernement s'apprête à présenter devant le Parlement un projet de loi qui lui permettra de mettre à jour l'accord d'extradition signé avec l'Inde en 1988 et de l'étendre à d'autres pays ainsi que de signer avec des pays partenaires des accords d' "assistance mutuelle" en matière de sécurité et de menace de l'ordre public.
Plus de cinq cent travailleurs clandestins du Bangladesh, entrés avec un visa de tourisme pour travailler dans la construction dans la Vallée de Katmandou vont être expulsés. Plusieurs d'entre eux étaient "en transit" vers des destinations plus attrayantes – pays du Golfe, Pologne, Azerbaidjan – munis de faux passeports népalais.
Le 18 janvier 2011
Allé hier vers 13 h au monastère financé par le gouvernement chinois (Chine pop.) dont j'avais rencontré l'abbé la semaine dernière chez le papetier musulman de Parsa et qui m'avait invité à lui rendre visite.
Les abords du monastère se sont dégradés depuis que je l'avais découvert en 2005. Ils sont à présent complètement envahis par les "marchands du Temple", des natifs, hindous ou musulmans, souvent à la mine patibulaire. Les gardiens des sandales et souliers, que l'on doit laisser devant l'entrée donnant accès au jardin qui précède le sanctuaire, ne sont guère plus avenants.
Les colonnes peintes en rouge soutenant la galerie entourant le jardin intérieur sont à présent couvertes de graffiti. Et les jeunes assis juste devant le sanctuaire, vide de tout moine ou moniale à cette heure, ne sont ni accueillant ni vraiment utiles à quoi que ce soit. Leur unique fonction semble être de veiller au tronc où les pèlerins laissent leurs oboles.
Je me présente, décline mon identité, que je réside au LIRI et leur montre le bout de papier où l'abbé a écrit son nom. Le plus âgé des deux "concierges" me dit que les moines et moniales dorment à cette heure. J'insiste pour qu'il m'annonce, ce qu'il fait de mauvaise grâce. Je vois de loin le moine apparaître sur le seuil de sa chambre. Le concierge revient me confirmant que l'abbé ne peut me recevoir à cette heure. La sieste doit pourtant tirer vers la fin car je vois deux nonnes s'affairer autour de la statue de Metteya à l'entrée.
Ces moines subsidiés par le gouvernement communiste de la Chine populaire se comportent comme des fonctionnaires. Trop paresseux sans doute ou corrompus pour s'occuper sérieusement et personnellement de l'accueil des visiteurs et de la protection du site, comme c'était encore le cas il y a cinq ans, ils délèguent cette charge aux maffias locales qui s'acquittent plutôt mal que bien de cette tâche pourtant guère difficile.
Ne résistant pas à l'envie de dire à ces nonnes ce que je pense de l'accueil – je crois qu'elle comprennent au moins le ton de mon discours car elles me considèrent d'un air un peu contrarié - je m'en vais sans intention de revenir pour sonder l'abbé, comme c'était mon projet, sur ce qu'il pense de la politique chinoise vis-à-vis du Pakistan et de l'islam en général, de plus en plus convaincu qu'il n'y a pas grand chose à tirer de ces moines ignares et corrompus que seuls intéressent les visiteurs dont il est possible de retirer quelqu'avantage matériel.
Le 19 janvier 2011
Le Kathmandu Post annonce que suite au départ la semaine dernière des troupes de l'ONU (UNMIN) chargées de veiller aux accords passés entre les Sept Partis et les maoïstes et d'éviter un reprise des hostilités entre ces derniers et l'armée népalaise, le gouvernement chargés des affaires courantes (on dirait une histoire belge) et le UCPN maoïste sont convenu de transférer solennellement, le 22 janvier, le commandement de la PLA maoïste à un Comité Spécial dirigé par le Premier ministre.
Étonnant pays, un des plus pauvres de la planète, un des plus arriérés et sous certains aspects des plus conservateurs, mais qui s'apprête à voter, après qu'un comité Same Sex Marriage ait étudié les législations des pays l'autorisant et enquêté sur le terrain en Norvège, une loi rendant possible le mariage de personnes de même sexe. L'opinion publique réagit paraît-il (Idem) de manière équilibrée à cette perspective.
Le 23 janvier 2011
Maharana, le pasteur de l'église protestante voisine, et directeur d'une école primaire qui jouit d'une excellente réputation, m'apprend que Rajesh, le laitier, à qui j'ai filé 1000 NR pour qu'il fasse soigner sa fille à Bhairawa, lorsque je l'ai rencontré au cours d'une balade à vélo que je faisais dans son village, est en fait "un homme riche". Il a treize vache et livre lait et yaourt à tout le village de Ramagaun. Rajesh, lorsqu'il a tenté avec succès de m'apitoyer sur la grosse fièvre de sa fille - il aurait voulu 3000 NR - m'a donc doublement menti, en me présentant son étable comme sa maison et en prétendant que seules trois des vaches - sur les 12 qu'abritait l'étable - lui appartenaient. Il serait en fait propriétaire de tout le troupeau ainsi que d'une maison en dur dans le village.
mardi 11 janvier 2011
Retour à Lumbini. Les moines doivent-ils contribuer au développement ?
Bien que nous soyons en 2011 comme je serai encore sur la route jusqu'au 28 janvier, je continuerai donc à poster ce journal de voyage commencé en 2010 jusqu'à cette date.
Lumbini, le 1er janvier 2011
L'hiver est arrivé dans le Terai juste pour le Nouvel An. Hier il faisait encore soleil de 10 h du matin à 17 h. Ce matin la brume était au rendez-vous et j'ai tout de suite senti qu'elle y était pour rester. Ciel plombé toute la journée comme en Belgique. Le garde m'a dit qu'il avait neigé dans l'Ouest du Népal et dans l'Uttaranchal, état indien voisin. Ici on devra se contenter de la grisaille. Il ne neige quasiment jamais dans la vallée du Gange.
Depuis mon arrivée, Christophe est charmant. Après cinq, presque six ans, je le connais et le comprends un peu mieux et peux donc mieux éviter les malentendus et autres problèmes. Bien que sa raideur, à laquelle il semble avoir mis une sourdine – on n'est pas allemand et fils d'un juriste catholique membre de l'Opus Dei sans conséquence - soit bien réelle, une autre source des problèmes que j'ai connu avec lui tient aussi au fait que son autoritarisme et son caractère obsessionnel se combinent avec une certaine confusion mentale. Autoritaire et confus ! La pire des combinaisons possible ! Ou cette confusion tient-elle au caractère approximatif de son anglais ?
Mais vraiment gentil et généreux quand il vous a à la bonne Il s'est coupé en quatre pour me faire parvenir de Katmandou du café et du fromage de yak, m'a a invité deux fois au restau, etc..
Lundi 3 janvier 2011
The Kathmandu Post annonçait hier qu'au dire de l'UCPN (maoïstes) l'administration (Ministère de l'Intérieur) a lancé des mandats d'arrêt contre des dizaines de cadres nationaux ou régionaux du parti accusés d'avoir commis des crimes au cours des années d'insurrection. Un des accusés, Balkrishna Dhungel, parlementaire maoïste, aurait le 8 septembre dernier été condamné à vie par la Cour Suprême pour un meurtre commis en 1998. Les maos protestent invoquant le CPA (Comprehensive Peace Accord) au termes duquel "les cours de justice ne seraient pas compétentes pour les délits commis pour des motifs politiques au cours des années de de conflit". Il est vrai que l'armée s'est aussi rendu coupable d'atteintes aux Droits de l'Homme et de crimes divers, sans qu'elle ait jusqu'à présent eu à en répondre.
Hier à Parsa, village à majorité musulmane, comme je me trouvais dans une des deux pharmacies, celle tenue par un jeune hindou, docteur en médecine, un client local, musulman à en juger par son accoutrement et son attitude, me demande avec le sourire mais d'un ton impérieux, alors que je m'apprête à partir, si je suis bouddhiste. Comme je suis déjà prêt à enfourcher mon vélo, il me fait de la main un signe, m'intimant de revenir vers lui pour continuer la conversation sans doute. Je l'ignore et reprends ma route vers le LIRI.
A Parsa également une association luttant contre la coutume des dots (payées par la famille d'une femme à celle de l'époux), les mariages d'enfants, et les harcèlements ou mauvais traitements suite à une accusation de sorcellerie aurait obtenu l'engagement de 500 personnes - comprenant des hindous de castes "inférieures", des Tharu, des Madeshi et des musulmans - de ne pas exiger ni offrir de dots à l'occasion du mariages de leurs enfants. Cette pratique est qualifié par un article du Kathmandu Post (Ibid.) de "social evil".
Le Vénérable Sagara m'intéresse dans la mesure où il est imparfait. Pas le moine typique : il s'intéresse à la politique, et est nationaliste népalais ou en tous cas n'est pas pro-occidental. Indice : en dehors de l'anglais, qu'il parle assez bien, il s'intéresse surtout aux langues indiennes et au thaï. Il connaît aussi très bien l'histoire du Népal et m'a appris l'autre jour que Kangra (Himachal) avait été contrôlé par le Népal jusqu'à ce que, au 19e siècle, les Britanniques s'en emparent. Ce qu'il a l'air de ne pas encore leur avoir pardonné. Sagara réagit souvent non seulement en népalais mais aussi en Shah. Ces derniers s'étaient en effet toujours opposé à la pénétration de l'influence britannique au Népal. Les Rana, "shoguns" népalais qui "régnèrent" à la place des Shah de 1846 à 1953, par contre ouvrirent d'avantage le pays aux influences britanniques et occidentales et se firent construire un palais de style néo-classique adjoignant le palais royal.
Ce kshatriya s'est "converti" au theravâda alors qu'il travaillait au Sri Lanka – comme volontaire ? - pour l'UNDP. Je ne peux m'empêcher de penser que la perspective d'un statut social respecté et même dominant, ainsi que d'une subsistance assurée, figuraient au nombre de ses motivations conscientes ou inconscientes. Peut-être veut-il restaurer au Népal, dont il a complètement disparu, s'il y fut jamais notablement représenté, un theravda à la singhalaise, où les moines représentent une aristocratie oisive, improductive, irresponsable et souvent abusive.
Du Kshatriya il a en tous cas gardé le ton assuré, parfois autoritaire, ainsi que des dispositions (à la manipulation ou aux tentatives d'intimidation par exemple) qui en Occident l'apparenterait plus aux maffias criminelles qu'aux noblesses d'épée, telles en tous cas qu'elles sont devenues chez nous. Ou les kshatriyas indiens et les chhetris népalais donnent ils une idée assez proche de ce que nos noblesses furent avant les révolutions qui abolirent ou réduisirent leurs privilèges : suffisantes, arrogantes, arbitraires, assurées de leur impunité, brutales ?
Lorsqu'après quelques mois passé en dehors de Lumbini, je le retrouve assis sur une espèce de trône en compagnie d'un moine de Kapilavastu, tenant à la main la petite serviette souillée de nourriture, de boisson ou de sueur, qui ne le quitte jamais même au cours des fonctions les plus officielles, et que connaissant le rituel, je m'agenouille sur le tapis placé à cet effet, je le sens flatté de voir, devant témoin, un Occidental dans cette posture. Je ne prolonge pas l'entrevue au delà de quelques minutes et, rendez-vous pris pour le lendemain afin de parler de l'informant qu'il pourrait me fournir, prends congé.
Le lendemain, je le retrouve encore en compagnie mais cette fois de moinillons qui se sont récemment joints à sa communauté, et qu'il me présente comme faisant partie de "sa caste". Quant à moi je leur trouve une aussi sale tête. Attirant l'un d'entre eux vers lui il plaisante "this one is specially naughty".
Je reconnais Raju, son majordome, la vingtaine, pour l'avoir rencontré hier à vélo. Il m'avait abordé en me disant qu'il me connaissait et connaissait même mon nom : Elen. Il veut dire "Huynen". Je lui réponds qu'il se trompe sans doute car Elen est un nom de femme, et m'éloigne. Je le retrouve aujourd'hui en compagnie de Sagara qui me dit de lui qu'il est " a very good boy". Personnellement, je lui trouve une tête de voyou, et continue à l'ignorer.
J'ai appris que les cinq écoles fondées sur des terrains de son père par Metteya, lui aussi hindou de haute caste converti au bouddhisme theravada, ne sont en fait pas gratuites. Le droit d'inscription reviendrait à 300 NR/ par mois. Pas rien pour une famille népalaise. Mes sources sont Elise Sintès, qui me demande de ne pas en parler à Bernadette – intermédiaire de plusieurs donateurs allemands – ainsi que par le Vénérable Sagara lui-même. Cela, si c'est vrai, ne m'étonne pas trop. Je pensais bien qu'un brahmine ne pouvait être ni naïf ni complètement désintéressé. Mais le niveau de sous-développement à Lumbini et aux alentours est tel que, même intéressée, la démarche de Metteya et de son père n'en est pas moins positive. Tout ce qui est de nature à tirer la région de la misère poussiéreuse où elle stagne depuis des siècles, même si cela ne bénéficie qu'à une minorité, à mes yeux, est bon.
Visité hier le hameau où vit Rajesh qui me vend le lait de sa bufflone et ai découvert que lui, sa famille et son bétail vivent dans une "maison d'herbe", longue hutte, qui en hiver ne leur offre quasiment aucune protection. Nombreux sont ceux qui aux alentours vivent dans des conditions semblables, obligé parfois de laver leurs assiettes et leurs tasses dans l'égoût.
Sagara m'a-t-il fait cette confidence relative aux écoles de Metteya pour appuyer son opinion suivant laquelle "Ce n'est le rôle ni du bouddhisme, ni des moines de se préoccuper de développement. Le rôle de ces derniers est exclusivement de 'poursuivre le nirvâna' ". Critique déguisée du moine, beau gosse en plus, et qui pourrait bien au cours de ses pérégrinations occidentales se laisser séduire par une dévote et opter pour le bouddhisme tibétain, qui permet le mariage à ses lamas ? A moins que ce ne soit par un petit ami ?
Je lui fais franchement part de mon point de vue : les bouddhistes à Lumbini, en majorité étrangers, sont considérés comme riches par les populations locales, musulmanes et hindoues. Si les communautés monastiques du Master Plan ne contribuent pas au développement de la région, ces populations pourraient finir par développer du ressentiment vis-à-vis du dharma et des bouddhistes plutôt que de la sympathie. Cela a l'air de le faire réfléchir.
Comme le Vénérable me laisse de nouveau agenouillé à ses pieds, et à ceux des moinillons, je lui propose que nous nous revoyions au cours d'un déjeûner que je lui offrirais, et de la rappeler après le week-end.
Il m'appelle le lendemain pour m'inviter, fixe la date (le lendemain) et le lieu, sans s'enquérir de mes disponibilités, et conclut par un "OK ?" qui ne laisse pas d'appel. A sa surprise, je crois, je lui réponds "No, not OK, I am sorry !". Effectivement je suis invité le lendemain et le surlendemain au symposium de l'UNESCO sur la zone Lumbini-Kapilavastu. Je lui répète que je reprendrai contact avec lui en début de la semaine suivante.
Le lendemain je suis surtout impressionné par Robin Connigham, archéologue enseignant à l'Université de Durham près de Newcastle, et son équipe d'étudiants qui vont entamer les fouilles du Village Mound où l'on soupçonne des vestiges de l'ancienne Rumindei (Lumbini), soit le village qui surgit sur les lieux entre le Bouddha et Asoka soit peut-être d'installations hôtelières utilisées par les deux familles alliées des Sakiya et des Koliya, clan de la mère du Sakyan, avant même que Sakyamuni devînsse le Bouddha..
Pour le deuxième jour du symposium, Sagara, en tant qu'ancien Vice-Président du LDT, s'est fait inviter.
Les moments où je préfère Sagara sont évidemment ceux où laissant tomber sa façade de Chhetri, abbé du plus ancien monastère theravada à Lumbini, peut-être illuminé – il aimerait certainement que je le croie - il se montre simplement humain comme lorsqu'il me confie qu'il vient d'acheter un glycomètre car sa glycémie l'inquiète. Il me demande de lui apprendre à l'utiliser, ce que je fais au retour de cette deuxième journée de symposium.
Lumbini, le 1er janvier 2011
L'hiver est arrivé dans le Terai juste pour le Nouvel An. Hier il faisait encore soleil de 10 h du matin à 17 h. Ce matin la brume était au rendez-vous et j'ai tout de suite senti qu'elle y était pour rester. Ciel plombé toute la journée comme en Belgique. Le garde m'a dit qu'il avait neigé dans l'Ouest du Népal et dans l'Uttaranchal, état indien voisin. Ici on devra se contenter de la grisaille. Il ne neige quasiment jamais dans la vallée du Gange.
Depuis mon arrivée, Christophe est charmant. Après cinq, presque six ans, je le connais et le comprends un peu mieux et peux donc mieux éviter les malentendus et autres problèmes. Bien que sa raideur, à laquelle il semble avoir mis une sourdine – on n'est pas allemand et fils d'un juriste catholique membre de l'Opus Dei sans conséquence - soit bien réelle, une autre source des problèmes que j'ai connu avec lui tient aussi au fait que son autoritarisme et son caractère obsessionnel se combinent avec une certaine confusion mentale. Autoritaire et confus ! La pire des combinaisons possible ! Ou cette confusion tient-elle au caractère approximatif de son anglais ?
Mais vraiment gentil et généreux quand il vous a à la bonne Il s'est coupé en quatre pour me faire parvenir de Katmandou du café et du fromage de yak, m'a a invité deux fois au restau, etc..
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Lundi 3 janvier 2011
The Kathmandu Post annonçait hier qu'au dire de l'UCPN (maoïstes) l'administration (Ministère de l'Intérieur) a lancé des mandats d'arrêt contre des dizaines de cadres nationaux ou régionaux du parti accusés d'avoir commis des crimes au cours des années d'insurrection. Un des accusés, Balkrishna Dhungel, parlementaire maoïste, aurait le 8 septembre dernier été condamné à vie par la Cour Suprême pour un meurtre commis en 1998. Les maos protestent invoquant le CPA (Comprehensive Peace Accord) au termes duquel "les cours de justice ne seraient pas compétentes pour les délits commis pour des motifs politiques au cours des années de de conflit". Il est vrai que l'armée s'est aussi rendu coupable d'atteintes aux Droits de l'Homme et de crimes divers, sans qu'elle ait jusqu'à présent eu à en répondre.
Hier à Parsa, village à majorité musulmane, comme je me trouvais dans une des deux pharmacies, celle tenue par un jeune hindou, docteur en médecine, un client local, musulman à en juger par son accoutrement et son attitude, me demande avec le sourire mais d'un ton impérieux, alors que je m'apprête à partir, si je suis bouddhiste. Comme je suis déjà prêt à enfourcher mon vélo, il me fait de la main un signe, m'intimant de revenir vers lui pour continuer la conversation sans doute. Je l'ignore et reprends ma route vers le LIRI.
A Parsa également une association luttant contre la coutume des dots (payées par la famille d'une femme à celle de l'époux), les mariages d'enfants, et les harcèlements ou mauvais traitements suite à une accusation de sorcellerie aurait obtenu l'engagement de 500 personnes - comprenant des hindous de castes "inférieures", des Tharu, des Madeshi et des musulmans - de ne pas exiger ni offrir de dots à l'occasion du mariages de leurs enfants. Cette pratique est qualifié par un article du Kathmandu Post (Ibid.) de "social evil".
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Le Vénérable Sagara m'intéresse dans la mesure où il est imparfait. Pas le moine typique : il s'intéresse à la politique, et est nationaliste népalais ou en tous cas n'est pas pro-occidental. Indice : en dehors de l'anglais, qu'il parle assez bien, il s'intéresse surtout aux langues indiennes et au thaï. Il connaît aussi très bien l'histoire du Népal et m'a appris l'autre jour que Kangra (Himachal) avait été contrôlé par le Népal jusqu'à ce que, au 19e siècle, les Britanniques s'en emparent. Ce qu'il a l'air de ne pas encore leur avoir pardonné. Sagara réagit souvent non seulement en népalais mais aussi en Shah. Ces derniers s'étaient en effet toujours opposé à la pénétration de l'influence britannique au Népal. Les Rana, "shoguns" népalais qui "régnèrent" à la place des Shah de 1846 à 1953, par contre ouvrirent d'avantage le pays aux influences britanniques et occidentales et se firent construire un palais de style néo-classique adjoignant le palais royal.
Ce kshatriya s'est "converti" au theravâda alors qu'il travaillait au Sri Lanka – comme volontaire ? - pour l'UNDP. Je ne peux m'empêcher de penser que la perspective d'un statut social respecté et même dominant, ainsi que d'une subsistance assurée, figuraient au nombre de ses motivations conscientes ou inconscientes. Peut-être veut-il restaurer au Népal, dont il a complètement disparu, s'il y fut jamais notablement représenté, un theravda à la singhalaise, où les moines représentent une aristocratie oisive, improductive, irresponsable et souvent abusive.
Du Kshatriya il a en tous cas gardé le ton assuré, parfois autoritaire, ainsi que des dispositions (à la manipulation ou aux tentatives d'intimidation par exemple) qui en Occident l'apparenterait plus aux maffias criminelles qu'aux noblesses d'épée, telles en tous cas qu'elles sont devenues chez nous. Ou les kshatriyas indiens et les chhetris népalais donnent ils une idée assez proche de ce que nos noblesses furent avant les révolutions qui abolirent ou réduisirent leurs privilèges : suffisantes, arrogantes, arbitraires, assurées de leur impunité, brutales ?
Lorsqu'après quelques mois passé en dehors de Lumbini, je le retrouve assis sur une espèce de trône en compagnie d'un moine de Kapilavastu, tenant à la main la petite serviette souillée de nourriture, de boisson ou de sueur, qui ne le quitte jamais même au cours des fonctions les plus officielles, et que connaissant le rituel, je m'agenouille sur le tapis placé à cet effet, je le sens flatté de voir, devant témoin, un Occidental dans cette posture. Je ne prolonge pas l'entrevue au delà de quelques minutes et, rendez-vous pris pour le lendemain afin de parler de l'informant qu'il pourrait me fournir, prends congé.
Le lendemain, je le retrouve encore en compagnie mais cette fois de moinillons qui se sont récemment joints à sa communauté, et qu'il me présente comme faisant partie de "sa caste". Quant à moi je leur trouve une aussi sale tête. Attirant l'un d'entre eux vers lui il plaisante "this one is specially naughty".
Je reconnais Raju, son majordome, la vingtaine, pour l'avoir rencontré hier à vélo. Il m'avait abordé en me disant qu'il me connaissait et connaissait même mon nom : Elen. Il veut dire "Huynen". Je lui réponds qu'il se trompe sans doute car Elen est un nom de femme, et m'éloigne. Je le retrouve aujourd'hui en compagnie de Sagara qui me dit de lui qu'il est " a very good boy". Personnellement, je lui trouve une tête de voyou, et continue à l'ignorer.
*
J'ai appris que les cinq écoles fondées sur des terrains de son père par Metteya, lui aussi hindou de haute caste converti au bouddhisme theravada, ne sont en fait pas gratuites. Le droit d'inscription reviendrait à 300 NR/ par mois. Pas rien pour une famille népalaise. Mes sources sont Elise Sintès, qui me demande de ne pas en parler à Bernadette – intermédiaire de plusieurs donateurs allemands – ainsi que par le Vénérable Sagara lui-même. Cela, si c'est vrai, ne m'étonne pas trop. Je pensais bien qu'un brahmine ne pouvait être ni naïf ni complètement désintéressé. Mais le niveau de sous-développement à Lumbini et aux alentours est tel que, même intéressée, la démarche de Metteya et de son père n'en est pas moins positive. Tout ce qui est de nature à tirer la région de la misère poussiéreuse où elle stagne depuis des siècles, même si cela ne bénéficie qu'à une minorité, à mes yeux, est bon.
Visité hier le hameau où vit Rajesh qui me vend le lait de sa bufflone et ai découvert que lui, sa famille et son bétail vivent dans une "maison d'herbe", longue hutte, qui en hiver ne leur offre quasiment aucune protection. Nombreux sont ceux qui aux alentours vivent dans des conditions semblables, obligé parfois de laver leurs assiettes et leurs tasses dans l'égoût.
Sagara m'a-t-il fait cette confidence relative aux écoles de Metteya pour appuyer son opinion suivant laquelle "Ce n'est le rôle ni du bouddhisme, ni des moines de se préoccuper de développement. Le rôle de ces derniers est exclusivement de 'poursuivre le nirvâna' ". Critique déguisée du moine, beau gosse en plus, et qui pourrait bien au cours de ses pérégrinations occidentales se laisser séduire par une dévote et opter pour le bouddhisme tibétain, qui permet le mariage à ses lamas ? A moins que ce ne soit par un petit ami ?
Je lui fais franchement part de mon point de vue : les bouddhistes à Lumbini, en majorité étrangers, sont considérés comme riches par les populations locales, musulmanes et hindoues. Si les communautés monastiques du Master Plan ne contribuent pas au développement de la région, ces populations pourraient finir par développer du ressentiment vis-à-vis du dharma et des bouddhistes plutôt que de la sympathie. Cela a l'air de le faire réfléchir.
Comme le Vénérable me laisse de nouveau agenouillé à ses pieds, et à ceux des moinillons, je lui propose que nous nous revoyions au cours d'un déjeûner que je lui offrirais, et de la rappeler après le week-end.
Il m'appelle le lendemain pour m'inviter, fixe la date (le lendemain) et le lieu, sans s'enquérir de mes disponibilités, et conclut par un "OK ?" qui ne laisse pas d'appel. A sa surprise, je crois, je lui réponds "No, not OK, I am sorry !". Effectivement je suis invité le lendemain et le surlendemain au symposium de l'UNESCO sur la zone Lumbini-Kapilavastu. Je lui répète que je reprendrai contact avec lui en début de la semaine suivante.
Le lendemain je suis surtout impressionné par Robin Connigham, archéologue enseignant à l'Université de Durham près de Newcastle, et son équipe d'étudiants qui vont entamer les fouilles du Village Mound où l'on soupçonne des vestiges de l'ancienne Rumindei (Lumbini), soit le village qui surgit sur les lieux entre le Bouddha et Asoka soit peut-être d'installations hôtelières utilisées par les deux familles alliées des Sakiya et des Koliya, clan de la mère du Sakyan, avant même que Sakyamuni devînsse le Bouddha..
Pour le deuxième jour du symposium, Sagara, en tant qu'ancien Vice-Président du LDT, s'est fait inviter.
Les moments où je préfère Sagara sont évidemment ceux où laissant tomber sa façade de Chhetri, abbé du plus ancien monastère theravada à Lumbini, peut-être illuminé – il aimerait certainement que je le croie - il se montre simplement humain comme lorsqu'il me confie qu'il vient d'acheter un glycomètre car sa glycémie l'inquiète. Il me demande de lui apprendre à l'utiliser, ce que je fais au retour de cette deuxième journée de symposium.
samedi 1 janvier 2011
East Patel Nagar. Une nouvelle guerre froide entre la Chine, plus quelques autres, et le reste du monde ?
Delhi, le 21 décembre 2010
Voyagé de Mac Leod Ganj en bus et en compagnie de Tashi, ce jeune moine, Sherpa d'obédience tibétaine qui nous avait servi de guide dans certains des hauts lieux historiques du bouddhisme tibétain en Himachal, dont le lac Rewelsar où, en route pour le Tibet, se serait arrêté Padmasambhava, fondateur indien du lignage tibétain des Niyingma Pa, auquel appartient Tashi. On pourrait donc tout aussi bien dire que Tashi nous a emmené aux hauts lieux de l'histoire des Niyingma Pa en Himachal.
Tashi est finalement sympathique, cynique et généreux en même temps. Nous nous entendons bien. Il est également drôle. Pas coincé, il laisse facilement transparaître ses goûts et dégoûts, voire ses haines ou ses inquiétudes. Bref il me convient.
Sherpa, il est né dans le tourisme et me confie qu'il voudrait « se lancer dans les affaires ». Il pense à une « guesthouse bouddhiste ». Me rappelant la communauté niyingma pa de la rue de Livourne à Bruxelles qui tire ses revenus de deux ou trois restaurants végétariens en ville, je lui suggère de commencer par un restaurant, plus facile peut-être qu'une guesthouse.
Il m'a proposé de me rendre les 2000 INR qu'il m'avait « empruntés ». J'ai refusé tout en lui répétant que je regrettais de ne pas pouvoir faire plus pour ses oeuvres.
Ses oeuvres marchent d'ailleurs plutôt bien puisqu'il est arrivé à lever suffisamment de fonds pour équiper son monastère de quatre panneaux solaires qui fournissent l'électricité pour l'éclairage des environs et de la rue qui passe devant son monastère. Roublard, mais cela sert à quelque chose et promeut les sources d'énergie renouvelables.
Troisième fois que je descends au Ess Gee's, chez Gaurav Chadah, dans East Patel Nagar, quand à New Delhi. Je commence à me rendre compte que ce quartier est vraiment pas mal. C'est en fait un quartier résidentiel « classe moyenne » habité surtout par des réfugiés hindous, sans doute aisés au départ, du Pakistan, ancien Penjab. Au cours de mes premiers passages à Delhi, comme beaucoup de routards je descendais à Paharganj ou Chandni Chowk. Puis je me suis rendu compte que Pahar Ganj, ses ruelles étroites, sa saleté parfois répugnante sont aussi dangereux. Un incendie dans ce quartier, ou un tremblement de terre laisseraient peu de chance d'en sortir vivant. Quand à Chandni Chowk, il ya trop de musulmans.
East Patel Nagar est organisé autour de deux parcs, East Patel Nagar Main Chowk et Jogger's Park. Le quartier est relativement aéré. Il n'y a pas trop de chiens errants galeux et n'est pas envahi par les ordures ou les gravats. A part quelques flaques d'eau stagnantes et le mélange d'arrogance et de snobisme qui caractérise la classe moyenne indienne, le quartier est plutôt confortable et pratique. Il y a des ATM un peu partout, des restaurants, pâtisseries, chocolatiers, abondance de nettoyages à sec, et même un de ces Coffee Days auxquels Sonia Gandhi a fait, peut-être involontairement, de la pub car on la voit sur une photo officielle déguster un expresso de cette marque. Il suffirait d'un rien pour que le quartier soit parfait.
Malheureusement, beaucoup de ces bâtiments sont de construction récente, en béton. Les plus anciens remontent peut-être aux années 50. Malgré cela, ces maisons arrivent à manifester une certaine élégance : styles néo-classique un peu kitsch combinant des éléments de l'architecture moghol, hellénistique et/ou rustique britannique qui donnent parfois des résultats assez agréables à regarder.
Ess Gee's (19/9 East Patel Nagar) appartient à la dernière catégorie. Bâti sans doute entre les deux guerres ou immédiatement après l'Indépendance, le bâtiment de deux étages couronné d'une sorte de penthouse au troisième niveau, vérandas et fenêtre à petits carreaux, a l'allure d'un cottage britannique. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont aménagés en chambres d'hôtes, les propriétaires occupent un deuxième étage aménagé en penthouse.
La construction a l'air de brique peinte en blanc, de bois et de béton. Un petit front yard la précède, par lequel on accède à une véranda-antichambre suivie d'un corridor où donnent les trois chambres d'hôtes, suivi d'une deuxième antichambre aménagée en salon éclairé par une verrière de vitraux.
Au bout d'un second couloir se dirigeant vers le fond de la maison une cuisine et une salle à manger où officient deux gamins arrogants, sans doute enfants, apparentés ou amis de cette famille de brahmines ou de kshatriya. Au bout de ce couloir une porte donne sur la ruelle desservant l'arrière des maisons de la rue.
A l'étage, trois chambres dont une donnant sur un balcon et la rue, une autre sur l'antichambre du rez-de-chaussée, la troisième étant aveugle.
Ce soir après avoir dîné dans un « bar-restaurant », les seuls où l'on puisse trouver de la bière, je me promène dans le quartier en en fumant un. Un vieux qui rentre chez lui à vélo me sourit au passage de toutes les dents qui lui restent et m'invite du geste à sauter sur son porte-paquet. Échange de sourires.
A la TL, une Indienne exhorte ses compatriotes à la compassion à l'égard des animaux.
Je déteste souvent les Indiens, autant qu'ils se détestent eux-mêmes, mais je les aime aussi. La naïveté et la grande sensibilité qui se cache derrière leur superbe m'émeut parfois.
Plausibilité d'une OCPB (Organisation de la Conférence des Pays Bouddhistes : pays où il y a des bouddhistes) ?
Delhi, le 22 décembre 2010
Dans le cadre de la visite du président Medvedev en Inde, la Russie, plus explicite que les USA dans sa dénonciation du rôle joué par le Pakistan dans l'organisation de l'attentat de Mumbai, a appelé ce pays à « rapidement inculper ses organisateurs, auteurs et complices ». Le président Medvedev a par ailleurs déclaré à Delhi que « les états qui aident ou protègent des terroristes sont coupables autant que ces derniers ». La déclaration commune affirme que « la situation ne pourra être stabilisée en Afghanistan avant que les refuges et infrastructures logistiques utilisés par les terroristes et autres extrémistes violents en Afghanistan, mais aussi au Pakistan, soient éliminés (Times of India).
Delhi, le 23 décembre 2010
Dans le cadre de l'enquête portant sur deux attentats – le 18 mai 2007 à la mosquée Mecca de Hyderabad et le 11 octobre au Ajmer Sharif Dargah - dont les auteurs appartiennent à la mouvance RSS de l'extrême droite hindoue, le CBI a convoqué Indres Kumar, un des leaders de ce mouvement, suspectés d'avoir joué un rôle dans l'organisation du premier de ces deux attentats. La droite hindoue, suite aux déclarations de Rahul Gandhi sur la dangerosité de la droite religieuse hindoue plus grande que celle du terrorisme islamiste, accuse le Congrès de machination (Mail Today, New Delhi).
Katmandou le 24 décembre 2010
Comme à chacun de mes retours, il me faut commencer par démêler ou renouer les fils de l'imbroglio politique népalais.
Après je crois dix-sept tentatives, toujours pas de Premier ministre si ce n'est Madav Kumar Nepal (UML) qui dirigeait la coalition précédente et expédie à présent les affaires courantes. Le noeud du problème reste le refus des maoïstes de Prachanda majoritaires aux dernières législatives, de dissoudre leurs milices, de les intégrer dans l'armée népalaise et renvoyer dans leurs foyers ceux qui ne sont pas qualifiés à cet effet.
Face à ce donné, c'est l'attitude des deux autres grands partis NC et UML qui détermine les options possibles. Le NC est clair et cohérent : il réclame le poste de PM pour le NC Paudel, ou le leader UML Jhala Nath Khanal. Mais l'ULM est plus divisé. La faction centriste – pluraliste et « démocratique » - de ce parti nominalement marxiste (réformiste), que représente le PM sortant, préférerait se joindre à une coalition avec le NC centriste mais pas avec Paudel comme Premier. Il faudrait donc que Paudel retire sa candidature.
La frange gauchiste de l'ULM, dirigée par Khanal, préférerait par contre une coalition avec les maoïstes, arguant qu'un gouvernement sous lequel l'Assemblée devra rédiger une nouvelle constitution ne peut laisser le parti le plus important en voix dans l'opposition. Mais Khanal lui aussi ne serait prêt à une telle union qu'à condition que l'armée populaire maoïste soit dissoute.
Les politiques népalais n'arrivant pas, de manière assez puérile, à se dépêtrer des luttes de personnes à l'intérieur même des partis, surtout de l'ULM et des maos, indépendamment de tout enjeu concret ou idéologique réel, le sujet en devient incompréhensible et inintéressant. La situation est telle qu'elle pourrait donner des arguments aux monarchistes qui considèrent tous les politiciens comme corrompus et, pire, incompétents, si ce qui reste de la famille royale après le massacre de 2001 ne l'était pas autant, voire plus.
Après son dernier esclandre dans le Chitwan, Terai, l'ancien prince héritier Paras (cf 14 décembre) fut mis sous les verrous pendant trois jours à Bharatpur. Cela provoqua des manifestations de sympathie de la part d'une fraction de la population locale. D'où les spéculations sur une base possible pour une résurgence monarchiste, et hindouiste, dans le Terai. D'après Chandra Kishore cependant (Kathmandu Post, 24 décembre 2010), suite au retour en force du BJP (droite hindoue) dans la coalition qui gouverne le Bihar, juste de l'autre côté de la frontière, les opinions publiques conservatrices du Terai pourraient être d'avantage attirées par la perspective d'une « république hindoue » que par celle d'un retour à la monarchie.
Le 26 décembre 2010
Une dizaine de jours après la visite de Wen Jiabao, la poussière est retombée et il apparaît clairement que si sur le plan commercial, elle n'est pas un échec, il n'en est pas de même sur les plans politique et diplomatique. Wen Jiabao a refusé de se prononcer sur la question des visas agrafés accordés au ressortissants du Jammu-Cachemire, de mentionner le rôle du Pakistan dans l'attentat de Mumbai, louant au contraire les efforts de son allié dans la lutte contre le terrorisme en général. La Chine évalue également sa frontière commune avec l'Inde à quelque 2000 km, au lieu de 3500 km, ce qui implique qu'elle ne considère comme indiens ni le Cachemire, ni l'Arunachal Pradesh. Cela s'ajoute au fait que depuis 1963, au lendemain de la guerre sino-indienne d'octobre 1962, la Chine est militairement présente dans la vallée de Shakigam, en Azad Cachemire ou PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) et plus récemment dans la région de Gilgit-Baltistan dans le Nord du Pakistan. Bin Laden serait-il l'hôte des Chinois ?
L'Empire du Milieu n'a donc fait aucune concession sur les questions de fond. En réponse l'Inde, revenant sur trois déclarations conjointes précédentes, a cette fois refusé de mentionner son adhésion à la doctrine « Une Chine » et de reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan et le Tibet.
« Il n'est pas besoin d'être expert en relations internationales pour comprendre que la visite indienne de Wen Jiabao est un flop » déclare le journaliste pakistanais Kuldip Nayar, en poste à New Delhi (Repùblica). Loin d'estomper les différends, il en ressort au contraire que l'Inde sera de plus en aspirée dans une alliance avec les USA, l'Otan, l'Occident et sans doute la Russie tandis que le Pakistan entrera de plus en plus dans la sphère d'influence chinoise, dressant la scène de la prochaine Guerre Froide et éloignant la perspective d'un improbable marché commun de l'Asie du Sud (SAARC).
Le 31 décembre 2010
L'édition de décembre de la Tibetan Review (p. 15) relayant Marketplace online (Nov. 9) annonce que suivant l'économiste allemand Nils Hendrik Klann « les pays qui reçoivent le Dalaï Lama perdent entre 8,1 et 16,9 % de leurs exportations vers la Chine au cours des deux années qui suivent, suivant l'importance relative des dignitaires impliqués dans l'événement. Cet effet négatif pour les exportations s'effacerait cependant après une paire d'année.
Tous les pays ne sont pas traités à la même enseigne. Ainsi le fait que le président des USA, Barrack Obama ait rencontré le leader tibétain au début de cette année n'a pas empêché que l'année 2010 se solde par un record des exportations américaines vers la Chine.
Il est cependant fort probable que ces visites du Dalaï Lama se poursuivront ponctuellement car les politiques occidentaux subissent de la part de leurs opinions publiques une forte pression en ce sens et elles leur permettent de gagner en crédibilité sur le front de la défense des Droits de l'homme et de la démocratie.
La Chine pop a l'habitude de conduire des manœuvres militaires à armes réelles (war games) lorsqu'elle veut faire passer un message diplomatique ou politique. Il en fut ainsi lorsqu'elle procéda à des tirs de missiles après que Lee Teng Hui organisât les premières élections libres à Taïwan dans les années 90. En novembre dernier les manœuvres en Mer de Chine du Sud, à proximité de l'île de Hainan, impliquant la marine et les forces aériennes, peuvent être perçues comme une réponse au renouvellement de la pourtant récente alliance du Vietnam avec les USA. Les exercices aériens et terrestres à proximité de la frontière indo-tibétaine constitueraient un « avertissement » à l'Inde suite à son projet de réactivation de la base aérienne avancée de Nyoma au Ladakh, ainsi qu'aux récentes visites de Manmohan Singh au Japon, au Vietnam et en Malaisie.
Voyagé de Mac Leod Ganj en bus et en compagnie de Tashi, ce jeune moine, Sherpa d'obédience tibétaine qui nous avait servi de guide dans certains des hauts lieux historiques du bouddhisme tibétain en Himachal, dont le lac Rewelsar où, en route pour le Tibet, se serait arrêté Padmasambhava, fondateur indien du lignage tibétain des Niyingma Pa, auquel appartient Tashi. On pourrait donc tout aussi bien dire que Tashi nous a emmené aux hauts lieux de l'histoire des Niyingma Pa en Himachal.
Tashi est finalement sympathique, cynique et généreux en même temps. Nous nous entendons bien. Il est également drôle. Pas coincé, il laisse facilement transparaître ses goûts et dégoûts, voire ses haines ou ses inquiétudes. Bref il me convient.
Sherpa, il est né dans le tourisme et me confie qu'il voudrait « se lancer dans les affaires ». Il pense à une « guesthouse bouddhiste ». Me rappelant la communauté niyingma pa de la rue de Livourne à Bruxelles qui tire ses revenus de deux ou trois restaurants végétariens en ville, je lui suggère de commencer par un restaurant, plus facile peut-être qu'une guesthouse.
Il m'a proposé de me rendre les 2000 INR qu'il m'avait « empruntés ». J'ai refusé tout en lui répétant que je regrettais de ne pas pouvoir faire plus pour ses oeuvres.
Ses oeuvres marchent d'ailleurs plutôt bien puisqu'il est arrivé à lever suffisamment de fonds pour équiper son monastère de quatre panneaux solaires qui fournissent l'électricité pour l'éclairage des environs et de la rue qui passe devant son monastère. Roublard, mais cela sert à quelque chose et promeut les sources d'énergie renouvelables.
*
Troisième fois que je descends au Ess Gee's, chez Gaurav Chadah, dans East Patel Nagar, quand à New Delhi. Je commence à me rendre compte que ce quartier est vraiment pas mal. C'est en fait un quartier résidentiel « classe moyenne » habité surtout par des réfugiés hindous, sans doute aisés au départ, du Pakistan, ancien Penjab. Au cours de mes premiers passages à Delhi, comme beaucoup de routards je descendais à Paharganj ou Chandni Chowk. Puis je me suis rendu compte que Pahar Ganj, ses ruelles étroites, sa saleté parfois répugnante sont aussi dangereux. Un incendie dans ce quartier, ou un tremblement de terre laisseraient peu de chance d'en sortir vivant. Quand à Chandni Chowk, il ya trop de musulmans.
East Patel Nagar est organisé autour de deux parcs, East Patel Nagar Main Chowk et Jogger's Park. Le quartier est relativement aéré. Il n'y a pas trop de chiens errants galeux et n'est pas envahi par les ordures ou les gravats. A part quelques flaques d'eau stagnantes et le mélange d'arrogance et de snobisme qui caractérise la classe moyenne indienne, le quartier est plutôt confortable et pratique. Il y a des ATM un peu partout, des restaurants, pâtisseries, chocolatiers, abondance de nettoyages à sec, et même un de ces Coffee Days auxquels Sonia Gandhi a fait, peut-être involontairement, de la pub car on la voit sur une photo officielle déguster un expresso de cette marque. Il suffirait d'un rien pour que le quartier soit parfait.
Malheureusement, beaucoup de ces bâtiments sont de construction récente, en béton. Les plus anciens remontent peut-être aux années 50. Malgré cela, ces maisons arrivent à manifester une certaine élégance : styles néo-classique un peu kitsch combinant des éléments de l'architecture moghol, hellénistique et/ou rustique britannique qui donnent parfois des résultats assez agréables à regarder.
Ess Gee's (19/9 East Patel Nagar) appartient à la dernière catégorie. Bâti sans doute entre les deux guerres ou immédiatement après l'Indépendance, le bâtiment de deux étages couronné d'une sorte de penthouse au troisième niveau, vérandas et fenêtre à petits carreaux, a l'allure d'un cottage britannique. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont aménagés en chambres d'hôtes, les propriétaires occupent un deuxième étage aménagé en penthouse.
La construction a l'air de brique peinte en blanc, de bois et de béton. Un petit front yard la précède, par lequel on accède à une véranda-antichambre suivie d'un corridor où donnent les trois chambres d'hôtes, suivi d'une deuxième antichambre aménagée en salon éclairé par une verrière de vitraux.
Au bout d'un second couloir se dirigeant vers le fond de la maison une cuisine et une salle à manger où officient deux gamins arrogants, sans doute enfants, apparentés ou amis de cette famille de brahmines ou de kshatriya. Au bout de ce couloir une porte donne sur la ruelle desservant l'arrière des maisons de la rue.
A l'étage, trois chambres dont une donnant sur un balcon et la rue, une autre sur l'antichambre du rez-de-chaussée, la troisième étant aveugle.
Ce soir après avoir dîné dans un « bar-restaurant », les seuls où l'on puisse trouver de la bière, je me promène dans le quartier en en fumant un. Un vieux qui rentre chez lui à vélo me sourit au passage de toutes les dents qui lui restent et m'invite du geste à sauter sur son porte-paquet. Échange de sourires.
A la TL, une Indienne exhorte ses compatriotes à la compassion à l'égard des animaux.
Je déteste souvent les Indiens, autant qu'ils se détestent eux-mêmes, mais je les aime aussi. La naïveté et la grande sensibilité qui se cache derrière leur superbe m'émeut parfois.
Plausibilité d'une OCPB (Organisation de la Conférence des Pays Bouddhistes : pays où il y a des bouddhistes) ?
Delhi, le 22 décembre 2010
Dans le cadre de la visite du président Medvedev en Inde, la Russie, plus explicite que les USA dans sa dénonciation du rôle joué par le Pakistan dans l'organisation de l'attentat de Mumbai, a appelé ce pays à « rapidement inculper ses organisateurs, auteurs et complices ». Le président Medvedev a par ailleurs déclaré à Delhi que « les états qui aident ou protègent des terroristes sont coupables autant que ces derniers ». La déclaration commune affirme que « la situation ne pourra être stabilisée en Afghanistan avant que les refuges et infrastructures logistiques utilisés par les terroristes et autres extrémistes violents en Afghanistan, mais aussi au Pakistan, soient éliminés (Times of India).
Delhi, le 23 décembre 2010
Dans le cadre de l'enquête portant sur deux attentats – le 18 mai 2007 à la mosquée Mecca de Hyderabad et le 11 octobre au Ajmer Sharif Dargah - dont les auteurs appartiennent à la mouvance RSS de l'extrême droite hindoue, le CBI a convoqué Indres Kumar, un des leaders de ce mouvement, suspectés d'avoir joué un rôle dans l'organisation du premier de ces deux attentats. La droite hindoue, suite aux déclarations de Rahul Gandhi sur la dangerosité de la droite religieuse hindoue plus grande que celle du terrorisme islamiste, accuse le Congrès de machination (Mail Today, New Delhi).
Katmandou le 24 décembre 2010
Comme à chacun de mes retours, il me faut commencer par démêler ou renouer les fils de l'imbroglio politique népalais.
Après je crois dix-sept tentatives, toujours pas de Premier ministre si ce n'est Madav Kumar Nepal (UML) qui dirigeait la coalition précédente et expédie à présent les affaires courantes. Le noeud du problème reste le refus des maoïstes de Prachanda majoritaires aux dernières législatives, de dissoudre leurs milices, de les intégrer dans l'armée népalaise et renvoyer dans leurs foyers ceux qui ne sont pas qualifiés à cet effet.
Face à ce donné, c'est l'attitude des deux autres grands partis NC et UML qui détermine les options possibles. Le NC est clair et cohérent : il réclame le poste de PM pour le NC Paudel, ou le leader UML Jhala Nath Khanal. Mais l'ULM est plus divisé. La faction centriste – pluraliste et « démocratique » - de ce parti nominalement marxiste (réformiste), que représente le PM sortant, préférerait se joindre à une coalition avec le NC centriste mais pas avec Paudel comme Premier. Il faudrait donc que Paudel retire sa candidature.
La frange gauchiste de l'ULM, dirigée par Khanal, préférerait par contre une coalition avec les maoïstes, arguant qu'un gouvernement sous lequel l'Assemblée devra rédiger une nouvelle constitution ne peut laisser le parti le plus important en voix dans l'opposition. Mais Khanal lui aussi ne serait prêt à une telle union qu'à condition que l'armée populaire maoïste soit dissoute.
Les politiques népalais n'arrivant pas, de manière assez puérile, à se dépêtrer des luttes de personnes à l'intérieur même des partis, surtout de l'ULM et des maos, indépendamment de tout enjeu concret ou idéologique réel, le sujet en devient incompréhensible et inintéressant. La situation est telle qu'elle pourrait donner des arguments aux monarchistes qui considèrent tous les politiciens comme corrompus et, pire, incompétents, si ce qui reste de la famille royale après le massacre de 2001 ne l'était pas autant, voire plus.
Après son dernier esclandre dans le Chitwan, Terai, l'ancien prince héritier Paras (cf 14 décembre) fut mis sous les verrous pendant trois jours à Bharatpur. Cela provoqua des manifestations de sympathie de la part d'une fraction de la population locale. D'où les spéculations sur une base possible pour une résurgence monarchiste, et hindouiste, dans le Terai. D'après Chandra Kishore cependant (Kathmandu Post, 24 décembre 2010), suite au retour en force du BJP (droite hindoue) dans la coalition qui gouverne le Bihar, juste de l'autre côté de la frontière, les opinions publiques conservatrices du Terai pourraient être d'avantage attirées par la perspective d'une « république hindoue » que par celle d'un retour à la monarchie.
Le 26 décembre 2010
Une dizaine de jours après la visite de Wen Jiabao, la poussière est retombée et il apparaît clairement que si sur le plan commercial, elle n'est pas un échec, il n'en est pas de même sur les plans politique et diplomatique. Wen Jiabao a refusé de se prononcer sur la question des visas agrafés accordés au ressortissants du Jammu-Cachemire, de mentionner le rôle du Pakistan dans l'attentat de Mumbai, louant au contraire les efforts de son allié dans la lutte contre le terrorisme en général. La Chine évalue également sa frontière commune avec l'Inde à quelque 2000 km, au lieu de 3500 km, ce qui implique qu'elle ne considère comme indiens ni le Cachemire, ni l'Arunachal Pradesh. Cela s'ajoute au fait que depuis 1963, au lendemain de la guerre sino-indienne d'octobre 1962, la Chine est militairement présente dans la vallée de Shakigam, en Azad Cachemire ou PoK (Cachemire occupé par le Pakistan) et plus récemment dans la région de Gilgit-Baltistan dans le Nord du Pakistan. Bin Laden serait-il l'hôte des Chinois ?
L'Empire du Milieu n'a donc fait aucune concession sur les questions de fond. En réponse l'Inde, revenant sur trois déclarations conjointes précédentes, a cette fois refusé de mentionner son adhésion à la doctrine « Une Chine » et de reconnaître la souveraineté chinoise sur Taïwan et le Tibet.
« Il n'est pas besoin d'être expert en relations internationales pour comprendre que la visite indienne de Wen Jiabao est un flop » déclare le journaliste pakistanais Kuldip Nayar, en poste à New Delhi (Repùblica). Loin d'estomper les différends, il en ressort au contraire que l'Inde sera de plus en aspirée dans une alliance avec les USA, l'Otan, l'Occident et sans doute la Russie tandis que le Pakistan entrera de plus en plus dans la sphère d'influence chinoise, dressant la scène de la prochaine Guerre Froide et éloignant la perspective d'un improbable marché commun de l'Asie du Sud (SAARC).
Le 31 décembre 2010
L'édition de décembre de la Tibetan Review (p. 15) relayant Marketplace online (Nov. 9) annonce que suivant l'économiste allemand Nils Hendrik Klann « les pays qui reçoivent le Dalaï Lama perdent entre 8,1 et 16,9 % de leurs exportations vers la Chine au cours des deux années qui suivent, suivant l'importance relative des dignitaires impliqués dans l'événement. Cet effet négatif pour les exportations s'effacerait cependant après une paire d'année.
Tous les pays ne sont pas traités à la même enseigne. Ainsi le fait que le président des USA, Barrack Obama ait rencontré le leader tibétain au début de cette année n'a pas empêché que l'année 2010 se solde par un record des exportations américaines vers la Chine.
Il est cependant fort probable que ces visites du Dalaï Lama se poursuivront ponctuellement car les politiques occidentaux subissent de la part de leurs opinions publiques une forte pression en ce sens et elles leur permettent de gagner en crédibilité sur le front de la défense des Droits de l'homme et de la démocratie.
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La Chine pop a l'habitude de conduire des manœuvres militaires à armes réelles (war games) lorsqu'elle veut faire passer un message diplomatique ou politique. Il en fut ainsi lorsqu'elle procéda à des tirs de missiles après que Lee Teng Hui organisât les premières élections libres à Taïwan dans les années 90. En novembre dernier les manœuvres en Mer de Chine du Sud, à proximité de l'île de Hainan, impliquant la marine et les forces aériennes, peuvent être perçues comme une réponse au renouvellement de la pourtant récente alliance du Vietnam avec les USA. Les exercices aériens et terrestres à proximité de la frontière indo-tibétaine constitueraient un « avertissement » à l'Inde suite à son projet de réactivation de la base aérienne avancée de Nyoma au Ladakh, ainsi qu'aux récentes visites de Manmohan Singh au Japon, au Vietnam et en Malaisie.
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