Le 23 juillet 2010
« Voting for new PM ends in fiasco » titrait hier The Himalayan, au lendemain du vote parlementaire qui devrait donc être répété aujourd'hui sans guère plus de chance de succès puisque l'ULM s'est retiré de la course, que les quatre partis madeshi pro-indien du Terai (UDMF) reprochent à tous les partis d'être hostiles à leur revendications et principalement à celle d'une autonomie du Terai ou Madesh dans le cadre d'une fédération. L'apport de voix de l'un ou l'autre de ces blocs marginaux, UML et UDMF aux candidats restant en lice, Prachanda pour les maos et Poudell pour le NC, semble peu probable. L'ancien Premier Madhav Kudar Nepal (UML) pourrait donc rester en charge des « affaires courantes » le temps qu'il faudra pour que la situation mûrisse. The Himalayan rapporte les propos de Pohkarel, Secrétaire de l'UML, évoquant les nombreux pays au système proportionnel qui ont traversé des situations semblables. Il mentionne la Hollande. Il pourrait aussi mentionner la Belgique qui dirige actuellement le Conseil européen sous un Premier chargé des affaires courantes en attente du prochain gouvernement. Mais le Népal est-il mûr pour la démocratie ? Car dans le même temps le maos continuent de recourir impunément à l'intimidation, aux extorsions et au meurtre et les Madeshis menacent de faire de même.
Je continue à voir assez régulièrement Dhammananda et son room-mate Dipankara, soit que je passe au vihara, soit qu'ils passent par la Tibet Peace Guest House. Nous sommes tous deux marcheurs et il m'emmènent dans de longues promenades de découverte de Katmandou et de ses quartiers périphériques.
Nous passons un jour par la maison de sa famille, sa maison, où vivent encore sa mère, son fils de huit ans, son frère cadet, sa belle-sœur et ses neveux. D'après les critères népalais, la maison est décente avec des balcons donnant sur la Bagmati devenue malheureusement un égoût à ciel ouvert. L'année prochaine est l'année du tourisme népalais ...
J'apprends incidemment qu'il est en fait néwar et sakya (kshatriya contestés car ils ne reconnaissent pas les védas) et non brahmine ainsi qu'il s'était présenté lors de notre première rencontre, ce qu'il a sans doute oublié. Je me garde bien de lui faire remarquer.
Je commence à découvrir qu'il n'est pas rare que les hindous et/ou les Indiens mentent relativement à leur appartenance de caste surtout lorsqu'ils sont en présence d'étrangers qui de toute manière n'y voient que du feu mais également entre eux sans doute, lorsque c'est possible, lorsqu'ils se trouvent loin de leur région d'origine par exemple. Le personnage du « faux brahmine » ou du « faux kshatriya » est donc sans doute aussi fréquent que celui du « faux aristocrate » en Europe, donnant fréquemment lieu ici aussi à ces formes de snobisme consistant à prétendre appartenir à une couche sociale légèrement ou très supérieure à celle où nous placent nos pairs et compères.
Le père de Dhammananda était un ami de l'ancien Premier ministre Koirala, un brahmine. Peut-être cela explique-t-il ceci.
Le Sangharam Viharam où il réside en bordure de la Bishnumati n'est pas vraiment un endroit agréable. Grand bloc de béton encerclé de coursives à chacun de ses trois étages, précédé d'une cour assez négligée où trône un standing Buddha d'une dizaine de mètres encasé dans une armature de verre. Sur la droite on a vue sur le potager de la maison voisine, la toilette des locataires sur leurs balcons, et au loin le quai de crémation sur la Bishnumati.
Le visiteur y est accueilli par trois chiens dont un est en très mauvais état. Ce dernier, presque paralysé, toujours couché près de la porte donnant accès au réfectoire/salle de méditation, aux étages et aux cellules des moines, n'est plus qu'une plaie. Dhammananda m'explique qu'il a été mordu par un autre mâle qui lui disputait les faveurs de sa femelle. La plaie s'est infectée et tous, les deux chiens – le mâle concurrent et la femelle – comme les moines, semblent attendre que le karma fasse son œuvre. Pour ces bouddhistes asiatiques, ce chien a dû au cours d'une de ses vies antérieures commettre des actes particulièrement graves pour mériter un tel destin.
Je ne peux cacher mon étonnement que personne ne songe à faire quelque chose pour soulager l'animal, soit le laver avec un shampoing désinfectant, le conduire chez un vétérinaire ou, ce qui serait interdit par la morale bouddhiste courante, abréger artificiellement ses souffrances, comme on le ferait en Europe.
Je fais part à Dhammananda de mon intention d'acheter des gants en plastic, du shampoing et de laver moi-même le chien. Il considère mon projet un peu ironiquement mais ne le désapprouve pas.
Le pharmacien auprès de qui je m'enquiers du vétérinaire le plus proche se scandalise que je me soucie du sort de ce chien alors que tant de gens au Népal meurent faute de soins parfois simples et peu coûteux. Je lui réponds que les chiens vivent à proximité des humains et que prendre soin des chiens revient aussi à veiller à l'environnement des humains.
Le 24 juillet 2010
Lorsque j'arrive au vihara il n'y a plus de chiens. Le mâle évincé vient de mourir me dit-on. Et sans doute les moines ont-ils prié les deux autres cabots de vider les lieux. Je devais les voir plus tard dans le quartier.
Comme nous évoquons les avatars du bouddhisme en Occident, je dis à Dhammananda, tout en veillant à ne pas critiquer l'indifférence des moines locaux à l'égard de feu le chien, que les bouddhistes occidentaux même sincères, n'en restent pas moins marqués par la culture chrétienne sur laquelle leur bouddhisme se greffe et que dans un monastère bouddhiste en Occident, à Amaravati par exemple, ce chien aurait sans doute été soigné. J'évoque aussi les Jataka où le bodhisatta est souvent mis en scène soulageant des animaux ou sauvant leurs vies.
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Après l'échec du deuxième tour de l'élection d'un Premier ministre, un troisième tour est prévu le 2 août prochain. Cependant l'ULM en prévoit l'échec si les concurrents ne trouvent pas préalablement d'accord sur un programme commun minimum, le choix proposé aux parlementaires devant porter sur un programme et non sur des personnes ou un parti. Concrètement cela veut d'abord dire qu'un accord sur l'intégration des forces maoïstes devrait être trouvé préalablement au prochain tour. Cela semble peu probable alors que les maos semblent incapables de contrôler leurs troupes et que certains de leurs cadres continuent à recourir aux menaces : un de leurs vice-présidents, Mohan Baidhya, prévient que « the country would meet with an accident if Prachanda were not elected as the next Prime Minister (The Himalayan) » ([le processus de paix] et le pays pourrait connaître un accident si Prachanda n'était pas élu Premier ministre) .
Par ailleurs les juges de la Kathmandu District Court accusent la police de non-coopération. 2, 35 billions de NR en amendes resteraient impayés et 5 855 années de prison n'auraient pas été purgées par des coupables dûment condamnés.
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