Popular Posts

lundi 9 août 2010

Politique népalaise


*






Le 7 août 2010

Le quatrième tour en vue de l'élection d'un Premier a échoué, aucun des deux candidats n'ayant atteint le nombre de 301 voix. Le nombre de vote en leur faveur a même diminué ce qui semble indiquer un désintérêt croissant des parlementaires pour une procédure condamnée à l'échec. Dans les rangs même des maoïstes, trente-cinq parlementaires ne seraient pas arrivés à temps pour le vote et plus aucune des voix madeshi, qui lui avaient assuré un léger progrès lors du vote précédent, ne s'est portée sur Prachanda.

Alors que l'UML et le NC voient dans les réticences des maos à dissoudre leurs forces armées le nœud du présent blocage politique, ces derniers le cherchent dans la prétendue tentative de traiter la PLA comme une armée vaincue dont ils auraient attendu une pure et simple reddition, ainsi qu'ils l'ont déclaré à l'envoyé indien Shyam Saran. C'est pourquoi Prachanda, lorsqu'il occupa le poste de Premier voulut remplacer le général en chef de la NA par un de ses hommes, ce qui aboutit à la marginalisation parlementaire des maos par les autres partis.

Le 10 août 2010

Le centre et l'ouest russes sont depuis plusieurs semaines la proie des feux de forêt, Moscou est menacé , l'atmosphère y est irrespirable et la moyenne du nombre quotidien de décès a doublé (de 350 à 700). La Russie après plusieurs semaines de vaine tentatives d'extinction des feux impliquant plusieurs milliers de pompiers et de militaires, vient d'accepter l'aide de l'étranger, surtout de pays européens.

Le 6 août 2010

Une grande confusion a jusqu'à présent régné dans la presse népalaise autour des termes « consensus », « majority »et « interim governments », reflet sans doute de celle qui entrave les progrès du parlement vers la désignation d'un nouveau Premier. Cette confusion est peut-être en train de se dissiper suite sans doute à la visite de l'envoyé spécial indien Saran Shyam.

Je doute que beaucoup aient compris jusqu'à présent ce que politiques et commentateurs entendaient par consensus government par opposition à majority government. Par le premier entendaient-ils « gouvernement d'union nationale » et par le second « gouvernement majoritaire ou de coalition » ? Rien n'est moins sûr.

À cela s'ajoutait la confusion entre « gouvernement intérimaire » (interim government) - gouvernement chargé d'expédier les affaires courantes entre deux législatures autant de temps qu'il le faudra - et « gouvernement provisoire » (provisional government) – gouvernement chargé des affaires courantes pour une période limitée dans le temps après un changement de régime pendant qu'une Constituante procède à l'élaboration d'une constitution. Dans le cas du Népal il faudrait donc parler de « gouvernement provisoire ».

Un nouveau terme vient de s'ajouter à la panoplie conceptuelle de la caste politique népalaise, celui de « gouvernement d'union nationale » (national unity government) pour lequel un sigle a déjà été forgé : NUG.

Rappelons que dans un NUG, après un changement de régime, tous les partis, ou tous les partis principaux, participent au gouvernement et lui donnent des ministres cependant qu' une assemblée constituante rédige une constitution. C'est évidemment la formule qui aurait évité au Népal ces mois de blocage politique.

En tous cas les commentateurs se gargarisent de nouveau sigle qui leur a sans doute été soufflé par Shyam Saran, émissaire du Premier indien, expert sur le Népal où il a été ambassadeur, et ouvrier de l'intégration des maos au processus démocratique, arrivé aujourd'hui à Kathmandu pour tenter de sortir les institutions népalaises de l'impasse.

Cette clarification du débat sera-t-elle accueillie de bon coeur par les maos à qui le flou conceptuel a permis de manipuler une réthorique appelant au consensus alors qu'en tant que parti le plus important en sièges, ils visaient en réalité le gouvernement d'une majorité de coalition de partis marginaux d'extrême-gauche, sous leur égide ? Un gouvernement provisoire d'union nationale par contre devrait comprendre des ministres représentant sinon tous les partis – il y en a plus d'une vingtaine – tous les partis principaux, en l'occurence les maos, le NC, l'UML, et les Madeshi. Dans cette formule le poste de Premier devrait être occupé par rotation par un ministre d'une des quatre forces politiques principales jusqu'à la date fixée pour la conclusion de la rédaction constitutionnelle.

Je lis dans le Kathmandu Post que l'armée népalaise (NA) comprend 40 % de kshatriya suivis par les Gurung et Magar, qui contribuèrent à la conquête de la Vallée de Katmandou par Prithivi Narayan Shah au XVIIIe siècle. Les Bahun bien que constituant une partie non-insignifiante de l'armée , ainsi que les Néwars, auraient la réputation de « funking out of battle ».

Les Britanniques considéraient les Khas (Chhetri consommateurs d'alcool) et les Gurung comme des Gurkhas. L'armée népalaise comprend peu de Madeshi soit par manque d'intérêt de ces derniers soit qu'ils ignorent avoir le droit de poser leur candidature. Peu de dalits également. Question : la proportion de dalits est-elle plus importante parmi les Madeshi que parmi les Pahari (gens de montagnes, où l'on trouve aussi les représentant de l'élite népalais, Chettri, Bahuns, Néwars et Gurung) ?

La chasse aux sorcières reste une pratique courante au Népal. Les femmes suspectées de sorcellerie, souvent âgées, veuves ou sans famille, sans protecteur donc, sont souvent maltraitées, torturées, soumises à des traitements dégradants – comme manger des excréments humains – ou exécutées. (Himalayan Times, August 5th, 2010).

*

samedi 7 août 2010

Une nouvelle frontière ?




Le 5 août 2010

0 h 5

Une nouvelle frontière à l'Est ?

Une restructuration majeure au niveau global – économique, culturelle, militaire, géopolitique – est-elle en cours ?

Parmi les évolutions qui pourraient y contribuer, en premier lieu la résilience de l'Euro et des marchés européens après la crise des dettes grecques, espagnoles et portugaise laisse pressentir l'émergence d'un nouveau pôle de puissance entre un monde anglo-saxon de plus en plus soudé – appelons-les les « anglos » – et la Russie. Il s'agit évidemment de l'Union européenne mais surtout de la zone de l'Euro et de l'espace Schengen. Cette nouvelle puissance n'est encore qu'économique et financière mais elle suffit à impliquer une dynamique spécifique à l'espace continental.

En deuxième lieu l'ouverture de l'Océan Arctique au trafic maritime entre l'Europe, le Japon, les USA et le Canada – c'est-à-dire la plus grande partie du monde développé que la Russie devrait sans doute finir par rejoindre à moyenne échéance. Quatre de ces entités sont occidentales.

À cet ensemble pourrait à terme s'ajouter une partie de l'Asie centrale et l'Inde constituant une tête-de- pont s'avançant dans un espace – Asie de l'Est, du Sud-Est et du Sud, Afrique sub-saharienne et Amérique du Sud – dont le centre de gravité est déjà la Chine.

Le prochain paradigme pourrait être bipolaire comme l'était celui des blocs à l'époque de l'URSS. Ces nouveaux pôles cependant ne seraient plus occidental et oriental mais nordique et méridional, dessinant un axe Nord-Sud.

Dans le Nord un processus d'intégration entre les économies « occidentales », russe et japonaise mènerait à un large ensemble économique et culturel « nordique » alors que le Sud pourrait devenir de plus en plus dépendant de la Chine.

Dans ce scénario, la présente coalescence d'un sentiment d'identité « anglo » qu'on voit se préciser depuis les crises consécutives des sub-primes et celle dite « de l'Euro », pourrait n'être qu'une réaction transitoire à la perte d'influence des USA, suivant celle de la Grande-Bretagne, dans les affaires mondiales. Les Anglos finiront sans doute par voir d'avantage ce qu'ils ont en commun avec les continentaux, y compris les Russes, que ce qui les en distingue.

Comment en effet la Russie pourrait-elle se développer pleinement et devenir vraiment européenne sinon « occidentale » sans de massifs investissements européens, japonais et américains en Sibérie ?

Il n'y a plus de nouvelle frontière à l'Ouest, plus the Wild West. Mais un nouveau Wild East pourrait bientôt s'ouvrir aux investissements et entreprises occidentale, sur les rives d'un Océan arctique navigable. 


*


D'après un article de Nilova Roy Chaudhury « India looks to revive Northern Alliance with Russia, Iran » publié dans le même quotidien, depuis qu'à la Conférence de Londres sur l'Afghanistan en janvier dernier, l'OTAN a essayé de marginaliser le rôle joué par l'Inde dans ce pays, New Delhi s'est tourné vers ses vieux amis russes et iraniens afin de faire renaître l'Alliance du Nord (Tadjiks et Ouighours) du fameux commandant Massoud qui arriva a expulser les Talibans de Kaboul pour la première fois en 2001. L'article rappelle en passant que les seuls pays musulmans a avoir jamais soutenu les Talibans sont le Pakistan, l'Arabie Saoudite et les émirats. Il rappelle aussi que l'Inde contribue à la construction du port iranien de Chabahar à l'entrée du Golfe Persique par lequel elle espère accéder aux marchés afghans et d'Asie centrale en contournant le Pakistan.

De tels projets visant à assurer la permanence d'une influence indienne en Afghanistan contrarient directement l'agenda de Kayani, général en chef de l'armée Pakistanaise. Cet agenda consiste essentiellement à sortir les Indiens de l'Afghanistan comme condition préalable à l'accord entre Karzai et de peu probables « Talibans modérés » qu'il essaye de vendre aux Américains. Ces derniers, suivant leurs chimères d'ouverture au monde musulman, semblent bien avoir été, avec Mac Chrystal, sur le point de tomber dans le panneau. 


mardi 3 août 2010

Conflits inter-confessionnels au Népal

Le 2 août 2010

D'après la República de nombreux cadres maoïstes doutant de leur intégration aux forces régulières se seraient reconvertis dans le crime organisé.

Une caricature ironise sur le fait que les maos pour compenser leur refus du slogan madeshi « Un Madesh, un état » aurait proposé aux parlementaires madeshi « un parlementaire, une crore de NR » (10 millions de roupies pour chaque parlementaire madeshi votant avec les maos).

The Kathmandu Post rapporte les propos de Pradeep Gyanwali, rompant avec la discipline de son parti (UML), suivant lesquels une gouvernement sans le NC et l'ULM serait « meaningless ». Car, comme il apparaît de plus en plus aux yeux de nombreux analystes que la priorité n'est pas de former un gouvernement mais d'achever le processus de paix et la rédaction de la constitution, ces processus seraient en danger sous une coalition mao-madeshi qui ne comprendrait pas l'UML et le NC.

Un transxuel, Bhumika Shresta, a été élu(e) pour représenter la circonscription électorale 9 de Katmandou à la Convention du NC en août. Bhumika Shresta est membre de la BDS (Blue Diamond Society) fondée par Sunil Babu Pant, le seul parlementaire homo au Népal.

Dans un intéressant article (KTMD Post, August 2, 2010, p. 6) intitulé They are more violent, Monika Timsina, professeur d'anthropologie-sociologie sur le campus de Padma Kanya, fait le point de la question des rapports entre religions au Népal. En voici une traduction :

 
« Le Népal a aussi connu une augmentation de la violence religieuse au cours des récentes décennies. La dynamique de la coexistence entre différentes appartenances religieuses a changé au cours des années. … Prithivi Narayan Shah [fondateur du royaume moderne du Népal au 18e siècle] avait déclaré son royaume élargi « asali Hindustan » (état purement hindou). Le Code civil de 1854 inscrivit encore plus profondément l'hindouisme dans la société népalaise. Pour le même délit, ce code imposait des peines plus lourdes aux castes inférieures. Il est évident … que de 1768 au milieu du 20e siècle, les musulmans et les chrétiens furent traités comme des parias … . Cette période fut le témoin de la répression par l'état des non-hindous et des castes inférieures … [bien que] elle ne donnât lieu à aucune résistance. Le Népal ouvrit la porte aux missionnaires chrétiens à partir des années cinquante … . Les conversions cependant restèrent illégales et plusieurs furent arrêtés pour prosélytisme jusqu'en 1990 car la constitution de 1962 avait réaffirmé la caractère hindou de l'état népalais et la loi interdisait le prosélytisme. Bien que la constitution de 1990 définit encore l'hindouisme comme religion d'état, les confessions minoritaires purent cependant respirer plus librement […]. Mais … des restrictions leur restèrent imposées, entre autres sur leur capacité de prêcher et convertir. … . Le gouvernement intérimaire porté au pouvoir par le mouvement populaire qui renversa la monarchie en 2006 déclara la laïcité de l'état. … Bien que certains leaders et militants hindous s'y soient opposés … dans le Népal laïque les conversions de quelque religion que ce soit ne sont plus illégales. Cela produisit un grand nombre de conversions de l'hindouisme au bénéfice d'autres religions, et le sentiment de la part des milieux hindous que leur religion était attaquée. … Historiquement le Népal a connu peu d'épisodes violents entre les communautés elles-mêmes mais il y en eut quand même particulièrement entre hindous et musulmans. Un clash confessionnel eut lieu en 1958-1959 à Bhawarpur dans le district de Mohottari (Terai central) ; en 1971 un gai kanda (incident impliquant une vache) donna lieu à des émeutes dans les districts de Rautahat et Bara. … En 1992, 1994 et 1997, Nepalganj fut le théâtre de plusieurs éruptions « communautaires » ou « communalistes » entre hindous et musulmans. … Des maisons de musulmans furent incendiées en 2004 à Katmandou après que des travailleurs immigrés népalais aient été décapités par des terroristes islamistes en Irak. … Des émeutes hindous-musulmans survinrent encore le 21 septembre 2007 à Tulsipar dans le Dang – plusieurs magasins de musulmans furent pillés et leurs maisons vandalisées – en écho aux affrontements entre Pahari et Madeshi à Kapilavastu où quelques trois-cent maisons furent incendiées faisant quatorze victimes et des douzaines de blessés, après que le chef d'une milice d'autodéfense musulmane eût été assassiné. Depuis 2006, le Terai a vu plusieurs conflits hindous-chrétiens. Alors que les conflits entre hindous et musulmans résultaient en général d'allégations de désécration de temples ou de mosquées, d'insultes, de pollution, d'impureté etc., un nouveau type de violence entre hindous et chrétiens suit en général des allégations de prosélytisme. Les modalités dans les moyens de la violence sont également différents. Alors que les conflits anciens entre hindous et musulmans impliquaient le recours à l'émeute et à l'incendie, les protagonistes ont maintenant recours aux bombes rudimentaires et aux armes à feu : une bombe explosa le 29 mai 2007 à l'église catholique de Lalitpur et un prêtre chrétien fut assassiné dans le Népal oriental en 2008. Une mosquée, à nouveau, fut attaquée à Morang le 21 mars 2008. … Un groupe peu connu d'intégriste hindous, le NDA (Nepal Defence Army) a revendiqué ces incidents … Il a prévenu les églises de mettre un terme à leurs supposées campagnes de conversions, et invité tous les chrétiens népalais à quitter le pays. Ces derniers prennent la menace au sérieux … L'ouverture de l'arène politique et la laïcisation de l'état ont donc en même temps ouvert la porte à la concurrence entre religions … Les conflits qui peuvent en résulter resteront probablement à l'avenir un défi potentiel à l'harmonie sociale».
Le 3 août 2010

Pour la troisième fois le parlement népalais n'a pu désigner un PM et former un gouvernement. Cependant les maos ont progressé de trente-trois voix, onze voix venant du Madeshi Morcha et vingt-deux de partis marginaux. Le prochain tour est prévu pour le 6 août. 




Le 4 août 2010

Il se confirme que les maos ont probablement tenté d'acheter les voix de parlementaires de leurs anciens alliés madeshi du MPRF et d'autres partis marginaux en général classés à gauche. Par ailleurs le NC annonce que si le quatrième tour n'aboutit pas à désigner un PM, il se retirera de la course laissant les maos seuls en lice, ce qui n'assurera pas leur succès puisqu'il leur faut 300 voix alors qu'ils n'en ont obtenus que 259 dont probablement 22 achetées.

Répondant à l'appel à candidature de la NA (armée nationale népalaise) la PLA vient de décider d'également recruter. L'UNMIN dénonce ces intiatives comme contraires au Comprehensive Peace Agreement et à l'Arms Management Agreement. Les maos ont aussi saisi 23 ropani de terrain à Sankhuwasabha – Khandbari appartenant à l'ancien Secrétaire à la défense du roi. 

Divers

Le 25 juillet 2010

C'est l'ULM qui, ayant refusé de présenter son candidat et de participer au vote, est probablement responsable du blocage de la situation politique, autant que les maos par leur refus de faire avancer l'intégration de leurs forces à l'armée et à la police népalaises. Mais l'ULM est aussi partagé entre deux factions, l'une (Oli) favorable à une coalition avec le NC de centre-gauche, l'autre (Khanal) à une coalition « marxiste » avec les maoïstes. De l'avis de beaucoup cependant il semble qu'une participation de l'UML au vote pourrait mener à un gouvernement d'union nationale comportant des membres des trois partis principaux (UCPN-mao, UML et NC) susceptible de mener le « processus de paix » à son terme et poursuivre la rédaction de la constitution.

Le 26 juillet 2010

« Tibetans deserting 'sinking' Dalai ship ? (Les Tibétains désertent-ils le 'navire en détresse du Dalaï Lama ?) » interroge le Kathmandu Post. En fait l'article fait référence à la diminution du nombre de réfugiés tibétains atteignant Mac Leod Ganj depuis mars 2008, coïncidant avec les troubles qui agitaient alors le Tibet. Avant cela entre 2 500 et 3 000 d'entre eux atteignaient la capitale du gouvernement tibétain en exil chaque année venant soit directement de Chine soit via le Népal. Depuis lors la moyenne annuelle est de 1 000 réfugiés. La raison principale en est sans doute les pression exercées par la Chine sur le Népal et l'accroissement des contrôles aux frontières.

Le 28 juillet 2010

La Blue Diamond Society Nepal (BDS) qui milite pour les droits des « transgenders » dans le pays organise une « gay pride parade » le 25 août jour de la Gaijatra, le festival hindou traditionnel, multi-séculaire où les hommes s'habillent en femmes. La BDS a invité de nombreuses notoriétés étrangères, indiennes entre autres et envisage d'internationaliser l'événement.

Le KTMD Post rapporte aussi la visite de Lumbini hier par le président de l'ADB (Asian Development Bank), Haruhiko Kuroda, et les secrétaires népalais aux finances et au tourisme.

Le 29 juillet 2010

L'ancien leader du NC et président du parlement Taranath Ranabhat jusqu'à l'arrivée des maos au parlement en 2006 exprime son inquiétude relativement à la montée des conflits ethniques et religieux. Il accuse aussi les cadres maos de se déplacer librement en arme.

L'AP (28 juillet) rapporte qu'un Arabe Israélien a été condamné à dix-huit mois de prison et 2 500 $ d'amende pour « viol par tromperie » (rape by deception) pour avoir eu des relations avec une juive à qui il aurait laissé croire qu'il était lui-même juif et célibataire. La plaignante l'aurait accusé de viol. Le juge Zvi Segal écrit dans sa sentence « The court must protect the public from 'sophisticated and slick tongued criminals who would lead innocent victims astray, at the unbearable price of the sanctity of their bodies and souls » (La cour doit protéger le public de criminels sophistiqués et beau-parleurs qui pourraient séduire d'innocentes victimes au prix insupportable de la sainteté de leurs corps et de leurs âmes).

Le 30 juillet 2010

D'après les propos de Prachanda rapportés par The Himalayan « la démocratie au Népal tourne en rond et ne mène nulle part. C'est aussi l'opinion des royalistes – et de CC. Ces deux partis ne devraient-ils pas s'allier pour installer un régime à la cambodgienne ?

D'après la República le nombre de personnes qui disparaissent au cours de randonnées solitaires dans les régions reculées du Népal ou même autour de la vallée de Katmandou ne cesse de croître.

Samedi le 31 juillet 2010

Une cour népalaise a aujourd'hui condamné le Français Charles Sobraj Gurumunk à perpétuité pour le meurtre en 1975 d'une touriste américaine Connie Joe Bronzich. Sobraj, alias le tueur aux bikini, alias le Serpent, est né au Vietnam d'une mère vietnamienne et d'un père indien. Il fut plus tard adopté par le second époux de sa mère, lieutenant de l'armée française à Saïgon puis ramené en France vers neuf ans.

Devenu adulte il devait par la suite voyager en Asie où il assassina et tenta d'assassiner une multitude de touristes, hippies et backpackers, tous occidentaux, français particulièrement, et plusieurs femmes (d'où le sobriquet : tueur aux bikinis). Emprisonné au Népal depuis 2003, il y a épousé en 2008 la Népalaise Nihita Biswas.

Son biographe lui fait écrire : «Parce que c'est le devoir d'un père d'aider son fils à construire sa vie, je te ferai regretter d'avoir échoué dans ton rôle de père. Pour moi ma mère est morte. Elle m'a emmené alors que j'avais neuf ans dans ce pays merveilleux [la France] où je fus traité comme de la merde. »

La défense, française, de Sobraj aurait déclaré à des media français que l'appareil judiciaire népalais ne comprendrait que des « thugs » (voyoux).

*


L'intégration des forces maoïstes à l'armée népalaise, aux garde-frontières, aux gardes forestiers ou à la police ne peut se faire « en bloc » (bulk integration) mais sur la base de certains critères individuels déclare le lieutenant-général Paban Jung Thapa. Les condamnés, déserteurs, coupables de violation des droits de l'homme de même que les individus trop marqués par l'idéologie révolutionnaire ne pourraient être intégrés aux forces régulières.

Le 1er août 2010

La República rapporte que d'après le parlementaire Anil Kumar Jha les maoïstes auraient offert jusqu'à vingt millions de NR à certains parlementaires du front madeshi pour qu'ils votent en faveur de Prachanda lors du vote qui doit avoir lieu demain.

Bouddhisme en Orient, Bouddhisme occidental

Le 23 juillet 2010

« Voting for new PM ends in fiasco » titrait hier The Himalayan, au lendemain du vote parlementaire qui devrait donc être répété aujourd'hui sans guère plus de chance de succès puisque l'ULM s'est retiré de la course, que les quatre partis madeshi pro-indien du Terai (UDMF) reprochent à tous les partis d'être hostiles à leur revendications et principalement à celle d'une autonomie du Terai ou Madesh dans le cadre d'une fédération. L'apport de voix de l'un ou l'autre de ces blocs marginaux, UML et UDMF aux candidats restant en lice, Prachanda pour les maos et Poudell pour le NC, semble peu probable. L'ancien Premier Madhav Kudar Nepal (UML) pourrait donc rester en charge des « affaires courantes » le temps qu'il faudra pour que la situation mûrisse. The Himalayan rapporte les propos de Pohkarel, Secrétaire de l'UML, évoquant les nombreux pays au système proportionnel qui ont traversé des situations semblables. Il mentionne la Hollande. Il pourrait aussi mentionner la Belgique qui dirige actuellement le Conseil européen sous un Premier chargé des affaires courantes en attente du prochain gouvernement. Mais le Népal est-il mûr pour la démocratie ? Car dans le même temps le maos continuent de recourir impunément à l'intimidation, aux extorsions et au meurtre et les Madeshis menacent de faire de même.

Je continue à voir assez régulièrement Dhammananda et son room-mate Dipankara, soit que je passe au vihara, soit qu'ils passent par la Tibet Peace Guest House. Nous sommes tous deux marcheurs et il m'emmènent dans de longues promenades de découverte de Katmandou et de ses quartiers périphériques.

Nous passons un jour par la maison de sa famille, sa maison, où vivent encore sa mère, son fils de huit ans, son frère cadet, sa belle-sœur et ses neveux. D'après les critères népalais, la maison est décente avec des balcons donnant sur la Bagmati devenue malheureusement un égoût à ciel ouvert. L'année prochaine est l'année du tourisme népalais ...

J'apprends incidemment qu'il est en fait néwar et sakya (kshatriya contestés car ils ne reconnaissent pas les védas) et non brahmine ainsi qu'il s'était présenté lors de notre première rencontre, ce qu'il a sans doute oublié. Je me garde bien de lui faire remarquer.

Je commence à découvrir qu'il n'est pas rare que les hindous et/ou les Indiens mentent relativement à leur appartenance de caste surtout lorsqu'ils sont en présence d'étrangers qui de toute manière n'y voient que du feu mais également entre eux sans doute, lorsque c'est possible, lorsqu'ils se trouvent loin de leur région d'origine par exemple. Le personnage du « faux brahmine » ou du « faux kshatriya » est donc sans doute aussi fréquent que celui du « faux aristocrate » en Europe, donnant fréquemment lieu ici aussi à ces formes de snobisme consistant à prétendre appartenir à une couche sociale légèrement ou très supérieure à celle où nous placent nos pairs et compères.

Le père de Dhammananda était un ami de l'ancien Premier ministre Koirala, un brahmine. Peut-être cela explique-t-il ceci.

Le Sangharam Viharam où il réside en bordure de la Bishnumati n'est pas vraiment un endroit agréable. Grand bloc de béton encerclé de coursives à chacun de ses trois étages, précédé d'une cour assez négligée où trône un standing Buddha d'une dizaine de mètres encasé dans une armature de verre. Sur la droite on a vue sur le potager de la maison voisine, la toilette des locataires sur leurs balcons, et au loin le quai de crémation sur la Bishnumati.

Le visiteur y est accueilli par trois chiens dont un est en très mauvais état. Ce dernier, presque paralysé, toujours couché près de la porte donnant accès au réfectoire/salle de méditation, aux étages et aux cellules des moines, n'est plus qu'une plaie. Dhammananda m'explique qu'il a été mordu par un autre mâle qui lui disputait les faveurs de sa femelle. La plaie s'est infectée et tous, les deux chiens – le mâle concurrent et la femelle – comme les moines, semblent attendre que le karma fasse son œuvre. Pour ces bouddhistes asiatiques, ce chien a dû au cours d'une de ses vies antérieures commettre des actes particulièrement graves pour mériter un tel destin.

Je ne peux cacher mon étonnement que personne ne songe à faire quelque chose pour soulager l'animal, soit le laver avec un shampoing désinfectant, le conduire chez un vétérinaire ou, ce qui serait interdit par la morale bouddhiste courante, abréger artificiellement ses souffrances, comme on le ferait en Europe.

Je fais part à Dhammananda de mon intention d'acheter des gants en plastic, du shampoing et de laver moi-même le chien. Il considère mon projet un peu ironiquement mais ne le désapprouve pas.

Le pharmacien auprès de qui je m'enquiers du vétérinaire le plus proche se scandalise que je me soucie du sort de ce chien alors que tant de gens au Népal meurent faute de soins parfois simples et peu coûteux. Je lui réponds que les chiens vivent à proximité des humains et que prendre soin des chiens revient aussi à veiller à l'environnement des humains.

Le 24 juillet 2010

Lorsque j'arrive au vihara il n'y a plus de chiens. Le mâle évincé  vient de mourir me dit-on. Et sans doute les moines ont-ils prié les deux autres cabots de vider les lieux. Je devais les voir plus tard dans le quartier.

Comme nous évoquons les avatars du bouddhisme en Occident, je dis à Dhammananda, tout en veillant à ne pas critiquer l'indifférence des moines locaux à l'égard de feu le chien, que les bouddhistes occidentaux même sincères, n'en restent pas moins marqués par la culture chrétienne sur laquelle leur bouddhisme se greffe et que dans un monastère bouddhiste en Occident, à Amaravati par exemple, ce chien aurait sans doute été soigné. J'évoque aussi les Jataka où le bodhisatta est souvent mis en scène soulageant des animaux ou sauvant leurs vies.

*

Après l'échec du deuxième tour de l'élection d'un Premier ministre, un troisième tour est prévu le 2 août prochain. Cependant l'ULM en prévoit l'échec si les concurrents ne trouvent pas préalablement d'accord sur un programme commun minimum, le choix proposé aux parlementaires devant porter sur un programme et non sur des personnes ou un parti. Concrètement cela veut d'abord dire qu'un accord sur l'intégration des forces maoïstes devrait être trouvé préalablement au prochain tour. Cela semble peu probable alors que les maos semblent incapables de contrôler leurs troupes et que certains de leurs cadres continuent à recourir aux menaces : un de leurs vice-présidents, Mohan Baidhya, prévient que «  the country would meet with an accident if Prachanda were not elected as the next Prime Minister (The Himalayan) » ([le processus de paix] et le pays pourrait connaître un accident si Prachanda n'était pas élu Premier ministre) .

Par ailleurs les juges de la Kathmandu District Court accusent la police de non-coopération. 2, 35 billions de NR en amendes resteraient impayés et 5 855 années de prison n'auraient pas été purgées par des coupables dûment condamnés.

Après le Wild West le Wild East ?

22 juillet 2010

Peu après minuit.

Après le Wild West le temps viendrait-il du Wild East ? De L'Est sauvage ?

Signes au sein même de l'Occident de mobilisation d'une entité/identité anglo-saxonne face à l'émergence d'une puissance continentale même si cette puissance est encore essentiellement économique et financière. Car cette puissance – essentiellement l'UE et la zone euro – a comme horizon un vaste espace encore relativement vierge : les pays émergents d'Europe de l'Est (La Pologne par exemple qui affiche un taux de croissance aux alentours de 8%, comme l'Inde ou la Chine récemment encore) et au-delà la Russie d'Europe et d'Asie. Alors qu'aux USA, ayant dès le début du XX e siècle déjà atteint les limites de leur expansion territoriale, l'énorme énergie produite par le capitalisme sauvage et son application à des ressources naturelles et technologiques alors illimitées, ne trouvant plus d'espace où se déployer vira alors vers l'exploration spatiale avant de rencontrer maintenant seulement avec la montée de la Chine, de l'Inde et du BRIC ses limites ultimes, l'acculant aux réformes structurelles dont Obama se fait le défenseur.

Obama signifie-t-il aussi de la part des USA une phase de repli, de néo-protectionnisme moral et culturel vis-à-vis non seulement des mondes musulmans et chinois mais aussi européen? Ce repli pourrait-il donner enfin ses chances à la perspective d'un rapprochement russo-européen. Les premiers symptômes de cette évolution dans les média anglo-saxons sont multiples. L'acharnement des agence de quotations, toutes anglo-saxonnes, sur les faiblesses, réelles, des pays de la zone euro – Grèce, Espagne, Portugal – le ton et le contenu des commentaires des média sur la chute de l'Euro en juin-juillet dernier laissent percer l'inquiétude qu'inspire l'Euro à l'entité anglo et le désir de son échec. La constatation que, passée une période de doute et d'ajustement, la devise européenne regagne inexorablement du terrain, et la réalisation que l'économise européenne est dores et déjà la première économie mondiale doit leur faire craindre l'émergence sur le continent d'un nouveau pôle de puissance entre eux-mêmes et la Russie provoquant un réflexe de repli sur l'identité anglo-saxonne.