Popular Posts

lundi 19 juillet 2010

Désignation du Premier ministre népalais et rédaction de la constitution

Le 12 juillet 2010

Suite au refus des maoïstes d'intégrer la totalité des effectifs de la PLA à l'armée régulière népalaise, et à leur proposition d'encommissionner la question des propriétés saisies par les maos pendant la guerre, et alors que Chhabilal Karki, cadre de l'UML, parti marxiste modéré vient d'être exécuté par des membres de la YCL (maoïste), Pradeep Gyanwali, membre du Politburo de l'UML, ayant participé au « processus de paix » depuis 2005 et la signature de l'Accord en douze points je l'ai rencontré à Lumbini alors qu'il était ministre de la culture ‒ déclare que Pushap Kamal Dahal, alias Prachanda, a été pendant neuf mois, premier ministre, général-en-chef de l'armée népalaise, et leader de la PLA et du YCL. S'il n'a pas voulu en profiter pour faire avancer l'intégration des forces maoïstes à l'armée, la police et l'administration nationales népalaises, c'est qu'il n'est pas honnête dans sa volonté affirmée de mener le processus de paix à son terme.

Le 13 juillet 2010

Au terme de deux reports successifs de sept puis cinq jours consentis aux partis majoritaires consentis (NC, UML, UCLN) par le président Ram Baran Yadav pour leur permettre de former un gouvernement dit « de consensus » (sur la base de négociations directes entre têtes de partis, comme en Belgique ?), les négociations ayant échoué, le Président invoque la disposition de la Constitution provisoire prévoyant que dans ces conditions, le Premier sera choisi au vote majoritaire par le Parlement.

The Himalayan rend compte des troubles qui ont agité certaine régions du Nord-Ouest de l'Inde (Haryana, Pundjab) à propos des mariages dans la même gotra, « a vague concept connoting 'clan' » commente le journal. Le terme khap panchayat ‒ conseil de caste ‒ semble aussi ésotérique au journaliste qui conclut : "Despite all the signs of modernity ‒ glitzy malls, roaring economy, rising literacy ‒ the modernizing of minds is agonizingly slow... dowry demands grow even higher, hundreds of thousand of female foetuses are aborted every year and caste continues to dominate most people's lives" (En dépit des signes de modernité centres commerciaux étincelants, économie rugissante, progrès de l'alphabétisation la modernisation des esprits est d'une pénible lenteur ... les exigences de dots augmentent, des centaines de milliers de foetus de sexe féminin sont avortés chaque année et les castes continuent à dominer la vie des gens).     .

Le 15 juillet 2010

Shankar Pokharel, ministre de l'Information et de la Communication a proposé hier que Madhav Kumar Nepal ‒ dont la démission avait été exigée par les maoïstes comme préalable à toute nouvelle proposition de leur part, pour finalement accoucher de propositions qui ne sont qu'une remouture de leurs anciennes positions et leur refus renouvelé de dissoudre leur armée et leur mouvement de jeunesse ou de les intégrer aux forces régulières ‒ soit ré-installé comme président de l'état (Kathmandu Post, July 15th, 2010).

Le 16 juillet 2010

Considérant les réticences ou l'incapacité des maos à trouver un moyen soit de dissoudre, soit d'intégrer, soit de réhabiliter, les membres de leur armée et de leur mouvement de jeunesse, on peut se demander si leurs intentions ne sont pas de maoïser l'armée et la police plutôt que de népaliser les forces maoïstes. Dans le même temps, Kali Bahadur Kham, membre du CC du parti maoïste et commandant dans la PLA, qui avait déjà fait l'objet d'un mandat d'arrêt en 2008 relativement au meurtre de l'entrepreneur Ram Hari Shresta ‒ mandat d'arrêt qui n'empêcha pas son élection au CC de parti en 2009 ‒ est à présent recherché pour la séquestration de trois négociants chinois et l'extortion de 2,6 millions de roupies. Le parti maoïste prétend ignorer où Kham se trouve. La police soupçonne les maos de le cacher dans un des cantonnements qui leur restent.

Les trois partis principaux ont reporté au 13 avril 2011 la date limite pour la promulgation de la Constitution

Le 18 juillet 2010

Le parti du Congrès a désigné Ram Chandra Poudel comme son candidat au poste de Premier ministre, qui devra être élu par le Parlement le 21 juillet. Les maos espèrent conserver quelques chances en proposant comme candidat le second du parti Baburan Battarai, moins dogmatique et plus proche de l'Inde. Pradeep Gyanwali (UML, cité plus haut) commente que c'est le programme qui importe à l'ULM dans le contexte d'une possible coalition avec les maos (an issue based alliance), plus que les personnes Kathmandu Post, July 18th, 2010). Sous-entendu : l'UML travaillera avec les maos, quelque soit leur candidat au poste de Premier, dès que ces derniers auront concrètement engagé la dissolution ou réaffectation de leurs forces militaires et para-militaires, et la restitution des terres confisquées.

Dans Republica, Praveen Dixit, beau-fils de feu BP Koirala, haut fonctionnaire au Département américain du Commerce déclare qu'au Népal « Both the government and the people and the whole community are so engrossed in politics that it saps all your energy ». Content de voir confirmer par un Népalais d'origine cette impression que les Népalais, comme les Indiens, et de manière plus fine que les Singhalais, ont en commun avec les Européens, à l'encontre des Chinois ou Vietnamiens, une vrai passion pour la politique, même s'ils s'y épuisent.

Dans la même édition de ce quotidien le cher Chetan Bhagat note qu'en Inde le jeu démocratique est encore ‒ plus qu'au Népal ? ‒ faussé par la variable « caste » : "... the single most important criterium is caste. No matter how capable a candidate, if you aren't matching the voter's caste you will not get his vote. In such a scenario, there is no incentive for a candidate to do a good job. Managing his caste alliances is the only real qualification." (le critère le plus important [pour l'électeur] reste la caste. Peu importent les capacités d'un candidat, s'il n'est pas de sa caste, il n'aura pas sa voix. Dans un tel contexte, il n'y a aucune motivation pour le candidat à 'faire du bon travail'. Savoir gérer ses alliances de caste constitue sa seule qualification vraiment importante).




Le 20 juillet 2010

Battarai annonce que si un des deux candidats des maoïstes, dont lui-même, ne l'emporte pas, les maos soutiendront le candidat de l'ULM, Jhana Nhat Kanal, contre celui du NC, Paudel. Cependant l'UML n'a pas encore décidé s'il présenterait un candidat.

Dans un édito de República (Are Maoist Changing ?) Ameet Dhakal pense que les maos sont engagés dans un processus d'apprentissage et que finalement ils respecteront les règles du jeu (Slowly they will begin to play by the rules). L'événement crucial dans cette évolution serait l'échec de la dernière grève générale lors du Bashantapur Peace Rally le 7 mai 2010 qui fut le coup de grâce à leurs espoirs de soulèvement dans les villes, qui leur aurait permis de s'emparer de l'état par la force. Cet événement marquerait le début d'une transformation longue mais inéluctable du parti maoiste en un parti civil et démocratique. Ils comprirent alors qu'ils avaient surestimé leur importance dans le paysage politique du Népal et aussi qu'ils avaient sous-estimés les variables géopolitiques (l'Inde, la Chine, les Occidentaux) de l'équation. 

Trishul Bidur et Nuwarkot avec Sagaradhamma

Le 8 juillet 2010

Les présidents chinois, Hu Jintao, et pakistanais, Asif Ali Zardari se sont engagés hier à Pékin à intensifier leur coopération dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sans oublier le commerce et les échanges économiques. Zardari aurait rencontré les représentants de Norinco, premier fabriquant chinois d'armement, de Sinhydro, premier constructeur chinois de barrages, et de Sinopec, le société nationale chinoise pétrolière. La Chine construit à Gwadar, Pakistan, un port en eaux profonde (deep-sea port). Elle construit aussi deux nouveau réacteurs nucléaires à utlisation civile. Le Pakistan aurait récemment pris part en Chine à des exercices anti-terroristes avec l'armée de la Chine populaire.

Le 11 juillet 2010

Après quelque hésitation due au fait que certains signes avant coureurs de la mousson se sont déjà manifestés et qu'elle peut maintenant se déchaîner à n'importe quel moment entraînant inondations et glissements de terrains parfois catastrophiques ‒ passé deux jours à Trishul Bidur du vendredi 9 juillet au dimanche 11, en compagnie de Sagara et son disciple Dipankara.

La région de la Trishul est surtout connue pour ses activités de rafting. Trishul Bidur est aussi le siège d'un vihara fondé par Sagara après son retour du Sri Lanka. Comme souvent au Népal et en Inde, le site et la partie ancienne de la bourgade sont superbes mais abîmés par l'incurie des natifs et des responsables locaux ainsi que par la laideur des bâtiments de construction récente.

Par contre à quelques 10 km de Trishul, en altitude, nous avons, le deuxième jour, visité Nuwarkot (Neuf Fortins), un bijou tant par les points de vue que l'on y découvre, l'architecture des maisons, forts, temples et palais que par l'impressionnante propreté, presque « germanique », du lieu. Ce qui est devenu un village fortifié date d'au moins quelques trois siècles puisque Nuwarkot fut l'avant-poste et centre de renseignement de la dynastie gorkhalite des Shah, souverains de Gorkha, dans leur avance vers la vallée de Katmandou dont ils s'emparèrent en 1768 profitant de désaccords entre les villes-états de Katmandou, Bhaktapur, Patan et Kirtipur. Les Shah s'emparèrent ensuite du Kumaon (1790) puis du Garwal (1803), où ils laissèrent une réputation de cruauté, avant d'en être délogés par les Britanniques en 1815.

Sagara fait d'ailleurs partie de ce clan dynastique des Shah et aime le rappeler à l'occasion.

Il frappe à la porte de gens qu'il connaît, peut-être des parents, car une importante partie de la population locale porte encore le patronyme Shah ou celui des Malla, lignage remontant à l'époque du Bouddha.

Nous sommes reçus dans une pièce longue et étroite à l'arrière du premier étage auquel nous accédons par un étroit escalier de bois, sombre et un peu branlant. La maison qui abrite une dizaine de personnes n'est pas très grande. Mais elle est propre, ordonnée et la disposition des meubles et objet témoigne d'un soin et d'une attention rares au Népal.

Sur la longueur du salon s'ouvrent des fenêtres donnant sur le paysage de montagnes. À ces fenêtres font face une paire de canapés, et tournant le dos au paysage une paire de fauteuils. Une table de salon occupe le centre de la pièce.

On nous offre thé et nourriture. Dipankara et moi-même acceptons le thé. Sagara accepte aussi un peu de nourriture bien que midi soit passé depuis longtemps.

Nos hôtes sont des Malla. Au centre du mur long, au-dessus des fenêtres, trônent les photos des souverains déchus. Quelques photos de famille ci et là sur des meubles bas en compagnie d'objets des plus ordinaires que l'on ne peut qualifier ni d'artistiques ni d'artisanaux. Certains – comme cette pagode où se lève une tempête de neige si on la remue - sont en plastic. Un ordinateur portable figure en bonne place. Et pourtant de ces gens et de cet intérieur, comme de tout le village, de la simplicité du décor autant que des hôtes, émane une authentique distinction. L'élégance naturelle du patriarche, la cinquantaine, cheveux mi-longs, encore noirs, traits fins, pantalon beige et chemise dans un ton pastel donnent à cet homme l'allure d'un gentleman.

Sont présents son fils, et sa petite-fille qui écrit pour moi son nom en caractères romains SUPRIYA MALLA. Les femmes font le service.

Nous regagnons Trishuli et le Sangharam Viharam avant la tombée du jour.

Les traits de caractère de Sagara continuent à se préciser et confirment mes premières intuitions. Le bonhomme a tous les traits des Khsatriya ou Chhetri, y compris les plus désagréables, dont l'attitude dominatrice et l'absence de scrupule à intimider et exploiter l'environnement humain. Ainsi que les plus agréables : il n'est pas seulement malin mais aussi intelligent et relativement cultivé dans le domaine des sciences sociales. Il a travaillé au Sri Lanka pour l'UNDP.

Mais ses motivations conscientes ou inconscientes sont intéressées. Quant à ses motivations explicites elles sont essentiellement conservatrices et nationalistes népalaises.

Il a trouvé dans la condition de moine theravada le moyen de conserver, tout en restant célibatataire, un statut dominant ‒ ou qui pourrait le re-devenir ‒ égal à celui de sa caste d'origine dont le fait de rester célibataire l'aurait peut-être fait déchoir. Le guerrier célibataire n'a pas ici le statut auquel il a pu prétendre en Europe. Il aurait pu opter pour celui de saddhu hindou. Mais ce dernier statut est en chute libre. Ils sont de plus en plus en plus considérés, même par les hindous, comme ce qu'ils sont : des mendiants, des parasites. À l'encontre de ces derniers, les moines bouddhistes sont organisés en associations aux ramifications internationales.

Sagara consacre pas mal d'énergie à promouvoir le theravada, et plus particulièrement son lignage népalais, encore relativement jeune et qui semble ouvert aux influences de tous les sangha theravada mais particulièrement du singhalais et du thaï. Bien qu'il se moque parfois des « moines mariés » du mahayana il se montre en général assez tolérant à leur égard, y a des amis et fréquente leurs monastères.

Ses origines de haute caste hindoue n'empêchent pas un nationalisme népalais, se méfiant de l'Inde, partisan du rétablissement du contrôle des passeports et visas des ressortissants de l'un et l'autre pays à la frontière indo-népalaise, hostile à l'islam et à ses progrès dans le Terai occidental, autour de Lumbini précisément. Je ne peux, sur ces deux derniers points, que l'approuver.

En dehors de cela, sa stratégie pour fidéliser sa clientèle, ses fidèles, ses disciples comme il dit, est la même que celle de toutes les organisations religieuses. Jouer sur une gamme d'émotions, dont l'insatisfaction existentielle, par la manipulation de signes, de symboles, de décors et l'accomplissement de rituels. Le port de vêtements différents et même étrange, joue sans doute également un rôle dans l'impression hypnotique produite par les professionnels de la transcendance sur l'esprit de leurs disciples. Bien que les sermons de Sagara, exposés des plus traditionnels, littéraux, quasiment mécaniques, de l'orthodoxie theravada, ne m'inspirent guère, ils semblent réussir assez bien avec les Népalais. Sagara a obtenu de ses fidèles de Trishul Bidur suffisamment de fonds pour y bâtir un vihara sur un terrain bien situé au bord de la rivière de montagne, déferlant du Langtang, dont la nuit le rugissement accompagne notre sommeil.

Il avait à Niwella essayé de me « mettre sur orbite » en m'expliquant le sens de son nom monastique « Sagara », qu'il expliquait comme signifiant « semblable à l'océan », « à la sagesse océanique », ou en m'apprenant qu'il était apparenté à la famille régnante du Népal. Cela d'ailleurs n'impressionnait guère les Singhalais en général et, en particulier, de Chaminda (de Ratnapura) lui-même ancien moine, qui sembla le trouver un peu pushy lorsqu'il s'imposa comme participant à une marche dans la jungle de Uddawattakele que nous projetions.

Peu après nos retrouvailles à Lumbini, il me fit part de son désir de bâtir un « centre de méditation » sur un terrain à l'Ouest du Parc ‒ 15 000 dollars ‒ me proposant si je l'achetais de m'y réserver une parcelle pour y bâtir un kuti, sous-entendant que je serais ainsi, de plus, à sa proximité et mieux à même de recevoir son enseignement.

Il est kshatriya par son goût du pouvoir : il use souvent de l'impératif et traite de manière infantilisante le malheureux Dipankara, moine encore jeune qui nous a accompagné à Trishul Bidur. Il l'est aussi, ‒ bien que par ailleurs, d'après le Vinaya, il lui soit interdit de toucher de l'argent ‒ par son goût de l'accumulation de propriété terrienne au bénéfice de son lignage monastique bien sûr. Une des étymologie de khsatriya est « kshetra » (le champ) l'autre étant « kshatra, le toit, le pouvoir, de la racine « kshi », contrôler, gouverner dont d'ailleurs le mot « shah » (souverain) est lui-même dérivé.

Je me garde bien de lui laisser aucun espoir relativement à ce terrain à Lumbini lui laissant entendre que si, comparativement à beaucoup de Népalais, je suis plutôt riche, je ne le suis pas au point de consacrer une telle somme ‒ une grande partie de mes économie y passerait ‒ à lui acheter un terrain dans le Terai. Par ailleurs me placer dans la dépendance de cet être autoritaire, intriguant, manipulateur, est la dernière idée qui me viendrait.

Je me contente donc de financer nos déplacements, de l'inviter de temps en temps pour un « lunch programme » et de lui offrir l'une ou l'autre chose dont il a besoin. Il semble intéressé par un lecteur de glycémie qui lui permettrait de mieux contrôler son diabète de type II. Car je ne veux pas la mort du bougre qui, somme toute, m'intéresse.

Bien que n'ayant guère été exposé au monde extérieur dont il ne connaît que l'Inde et le Sri Lanka, il est intelligent, et nous avons beaucoup d'intérêts communs : économie, développement, histoire et politique du bouddhisme sur lesquels nos conversations portent plus souvent que sur le bouddhisme lui-même. Nous communiquons aisément et agréablement.

De plus, le cultiver alors qu'il est à tour de rôle, Vice-Président du CA du LDT me permet de tenir CM en respect dans le cas où mon projet d'enquête autour de Lumbini prendrait forme. 

mercredi 7 juillet 2010

Castéisme

Le 6 juillet 2010

Le Kathmandu Post fait état de critères contradictoires exigés pour pouvoir bénéficier d'un subside de 100 000 NPR (1 100 €) accordé aux couples inter-caste dalit-non-dalit. D'après le règlement régissant les candidatures à ce subside, l'épouse doit être âgée d'au moins 22 ans et l'époux de 18, alors que la loi sur les mariages stipule que l'âge minimum légal pour le mariage d'une fille est de 18 ans avec consentement de ses parents, 22 ans sans leur consentement.

Le 7 juillet 2010

Le Kathmandu Post annonce que quatre familles de dalits ont décidé de quitter leur village (Ruwale, Siraha, piémont de la châine des Chure) suite au refus des membres des « hautes castes », majoritaires dans ce village, de les laisser s'approvisionner en eau au puits communal. Or il se fait que ces « soi-disant hautes castes » (so-called upper caste) sont des Magars. Les Magars bien qu'étant, avec les Rai, Limbu, Tamang et Gurung, parmi les premiers occupants du Népal des collines et des montagnes, de type mongoloïde, et sans doute eux-mêmes considérés comme « hors-caste » par les castes aryennes, brahmines, kshatriya et vaishya, se considèrent donc comme « haute caste » par rapport à leurs voisins dalits locaux. Leurs droits à ce titre ne tient sans doute qu'au fait que Ruwale se trouve peut-être en territoire historiquement,  magar, et sans doute encore plus probablement qu'ils y sont majorité.

C'est donc le « castéisme » qui constitue le problème, plutôt que telle ou telle caste – brahmines ou kshatriyas – même si ces dernières furent d'abord et longtemps les principales promotrices du premier. À partir de celui des brahmines et des kshatriyas, le castéisme s'est donc inscrit comme principe organisateur dans le tissu social des sociétés indiennes au point d'être assimilé aussi par les « castes inférieures ». Si même au début il a pu s'imposer par la force – comme le fit l'aristocratie en Europe – par la suite il se réduit souvent à un mécanisme assez lâche d'intimidation par des groupes localement majoritaires, de minorités locales, réduite au statut de « boucs émissaires ».

The Himalayan Times annonce aussi qu'un couple « mixte » dont l'un des partenaires, probablement le garçon, est un dalit a été obligé de quitter son village d'origine dans le district de Myagdi suite au menaces de la famille de la jeune femme. Le couple a demandé et obtenu l'assistance du Nepal Jatiya Utpidit Mukti Samaj, organisation satellite du CPN-UML pour obtenir le subside accordé aux couples mixtes mentionnés plus haut. Beaucoup de ces couples ne sont pas informés de leurs droits. 

mardi 6 juillet 2010

Retour à Katmandou

Katmandou, le 1er juillet 2010

Retour hier à la Tibet Peace Guesthouse de Katmandou où je suis accueilli comme un habitué par le sourire du réceptionniste, neveu du propriétaire de cette jolie petite propriété comprenant trois corps de bâtiments, dont un ancien peint en rose, autour d'un jardin-restaurant. Ma vie de nomade commence à, vraiment prendre forme. À chacun des points de chute où j'ai laissé des bagages, Kandy, Kodaikanal, Kumily, Nainital, Katmandou, Bangkok, étonné de voir avec quelle rapidité je retrouve mes marques et satisfait de voir que je suis reconnu par les gens des quartiers où j'ai choisi de résider. La marchande de journaux voisine de la Kathmandu Guesthouse, chez qui j'achète les journaux népalais du matin à chacun de mes séjours depuis 2005, me salue sans broncher à chacun de mes retours comme si nous nous étions encore vus la veille. Après dix semaines en Inde dont deux mois à Mac Leod Ganj content de retrouver Katmandou, le Népal et la bonhommie des Népalais offrant un agréable contraste avec l'arrogance indienne. La température aussi est agréable – 27 ° à l'atterrissage vers 15 h – après les 43° de New Delhi hier après-midi.

Les journaux annoncent ce matin la démission du Premier ministre CPN-UML Madav Kumar Nepal qui normalement devrait ouvrir la porte à une nouvelle coalition ou à un gouvernement majoritaire sous la houlette des maoïstes (UCPN).

Lis dans le Kathmandu Post d'hier 30 juin un intéressant article sur le caractère fragmenté et la manque d'unité du milieu des dalits (hors-caste, intouchables). Sous le titre « Voices from the powwow », Erisha Suwal, étudiante à l'Université de Columbia, note que les dalits, s'ils ont des identités de jati et gotra (lignages), parfois « meurtrières », n'en ont pas en tant que caste (varna) : « Prof. S.K. Thorat ... conceptualised Dalit identity as those who have been historically deprived of their rights and discriminated against for their caste or rather for not having one » (Le Professeur S.K. Thorat... conceptualise l'identité dalit comme celle de ceux qui ont été privés de leurs droits et subi la discrimination en raison non tant de leur caste que du fait de ne pas en avoir).  De plus les dalits népalais (13% contre quelque 30% en Inde) sont divisés en Pahadi dalitsdalits des montagnes – et Madhesi dalitsdalits de la plaine du Terai. Les dalits des montagnes seraient moins méprisés par leurs voisins. Cela se comprend facilement si l'on considère qu'une grande partie de la population originelle des montagnes est composée de tribaux mongoloïdes plus ou moins apparentés aux Tibétains dont l'univers mental ne comprend pas le concept de caste. Dans la plaine par contre, la proximité de l'Inde et le grand nombre d'Aryens ou de populations qui ont intégré l'idéologie aryenne, conforte le préjugé anti-dalit.

D'après Erisha Suwal la priorité pour les mouvements travaillant à l'amélioration du sort des dalits est de construire une « identité dalit » englobant Madeshi, Pahadi, femmes et autres sous-minorités en leur sein. Mais cela ne reviendrait-il pas à faire des dalits une « caste » (varna), renforçant ainsi ce concept et son emprise sociétale, au risque de mener à une « guerre des castes ».

Le 4 juillet 2010

Le Parti du Congrès (NC) et le CPN-UML (marxiste-léniniste) se déclarent prêts à former un coalition de gauche avec les maoïstes, ou à accepter n'importe quelle coalition menée par ces dernier dès que ceux-ci se seront transformés en un parti « civil », auront dissous leur « armée », leur mouvement de jeunesse paramilitaire (YCL) et auront restitué les propriétés confisquées durant les années de trouble. Les maoïstes arguent du fait qu'ils sont le plus important parti de l'Assemblée constituante pour revendiquer le droit de mener, sans condition, un gouvernement de coalition avec les partenaires de leur choix.