Le 7 juin 2010
Un autre périodique, indien celui-ci, l'hebomadaire Outlook, dans le numéro qui paraît aujourd'hui (7 juin) titre un de ses reportages « Unease in Dharamsala : Tocsin on Mount Exile ». On y apprend qu'alors que les premiers réfugiés dans les années soixante, ceux-là qui mirent Mac Leod "sur la carte" et y ouvrirent les premiers commerces offrant leurs biens ou services aux touristes, étaient pauvres et modestes, ceux de 2007, de plus en plus nés dans le Tibet chinois, et bénéficiant de l'aide occidentale, représentent les « réfugiés les plus riches du monde ». Entre temps des commerçants indiens, natifs de l'Himachal ou du Cachemire tout proche se sont aussi installés dans ce qui, avant l'arrivée du Dalaï Lama n'était qu'un hameau de Dharamsala. La majorité des hôtels sont maintenant aux mains d'Indiens et beaucoup de magasins d'objet d'art ou d'artisanat sont tenus comme ailleurs en Inde par des Cachemiris. Mais c'est surtout entre Tibétain et chauffeurs de taxi que l'ambiance est la plus volatile. Des incidents relativement violents auraient eu lieu en 2007, suivi d'une invitation au boycott des taxis indiens par certains milieux tibétains. Depuis lors « a new kind of low-intensity conflict between Tibetans and locals is evident in and around Dharamsala »( un conflit de basse intensité entre les Tibétains et les Indiens devient évident à Dharamsala et aux environs). L'article note aussi si certains parmi les réfugiés plus anciens voudraient que la nationalité indienne leur soit accordée, les natifs, [particulièrement conservateurs] il est vrai, reprochent aux « nouveaux réfugiés » de ne pas apprendre l'hindi, d'être bruyants , agressifs et de moralité douteuse (loose morals). Il faut dire que les Indiens ‒ dans cet état montagnard, un des tous premiers colonisés par les Aryens venant de ce qui est maintenant l'Afghanistan et l'Iran, y sont encore dominés par les hautes castes, gouvernés par le BJP, parti nationaliste hindou, et confondent plus encore que nous convenances, conventions et moralité. Le simple phénomène d'une société sans caste doit pour eux être en soi déjà « immoral ». Alors que les Tibétains s'ils ont une aristocratie, ignorent les castes, boivent de la bière, mangent de la viande, et sont plutôt d'allure détendue.
J'avais déjà remarqué, en fait dès les premières heures passées à Mac Leod Ganj, un agréable allègement de l'atmosphère par comparaison avec celle qui domine « en Inde ». J'avais attribué cette « légèreté de l'air » au grand nombre de Tibétains et d'étrangers mais n'avais pas remarqué de tension particulière entre indigènes et Tibétains. Une paire de remarques faites par des Occidentaux – entre autre par Jacques, ce journaliste juif américain rencontré au Lha – sur la « jalousie » des Indiens par rapport aux Tibétains m'avaient mis la puce à l'oreille. Par ailleurs appréciant personnellement peu l'arrogance agressive des Indiens, je préfère le contact avec les Tibétains. Jamais ces derniers ne couperaient une file, ne « sauteraient » leur tour, sans s'excuser, pour être servi avant vous . Les Tibétains lorsque c'est raisonnable, ne s'estiment pas humiliés de céder le passage, ni de dire « sorry » lorsque cela peut mettre un peu de lubrifiant dans les rouages des relations humaines. J'ai donc fini par me dire que si ces attitudes des Indiens me gênent, elles doivent aussi gêner les Tibétains, avant que différents indices de leur part ‒ sourires complices devant certaines attitudes ou comportements indiens ‒ me le confirment.
Le 12 juin 2010
Le BRO (Border Roads Organization) devrait ouvrir d'ici 2015 un tunnel sous le col de Rohtang sous la chaîne du Pir Panjal, au nord-est de Dharamsala. Ce col, à presque 4000 m sur la route Mandi-Manali-Leh, est jusqu'à présent impraticable de novembre à mai. Rohtang La veut d'ailleurs dire en tibétain « tas de cadavres » référence aux quelque dizaines de cadavres « gelés vivant » de ceux qui s'y aventurent chaque année en cette saison au risque de leurs vies. Lorsque le tunnel sera terminé l'accès sera ouvert de la vallée de Kullu, culturellement indienne à celle de Lahaul-Spiti (qualifiée de 'tribale' par le Himachal This Week du 12 juin 2010) 12 mois par an. D'autres cols, dans le Nord de l'Himachal Pradesh, plus élevés encore – Baralacha, Lahchung La, Tanglang La – et également stratégiquement cruciaux tant vis-à-vis du Pakistan que de la Chine, restent également impraticables la moitié de l'année au moins. D'ici 2018, quelque 4 881 km de routes devraient être terminées dans ces régions contestées par le Chine, l'Inde et le Pakistan. L'Inde qui avait d'abord considéré cette difficulté d'accès comme une protection, une ligne de défense naturelle supplémentaire contre d'éventuels candidats à l'invasion, semble à présent préférer y permettre un accès rapide à ses propres troupes en cas d'alerte.
Le 14 juin 2010
Alors que je vais acheter deux œufs chez un commerçant indien local, par ailleurs très sympathique, un moine tibétain qui me précède dans la ligne ‒ bien enrobé, singlet sur son dhoti monastique rouge ‒ discute le prix d'un casier d'œufs. Comme la négociation s'éternise, et qu'il ne s'agit que d'une différence de 10 Rs, je propose de payer la différence. Le moine accepte, remercie et s'en va.
Voulant expliquer mon geste, je dis au commerçant que ces moines ne doivent pas être très riches. « Pensez-vous » répond-il, « ils vivent dans leurs monastères, et même s'ils sont mariés, tous leurs frais sont payés... Ils sont plus riches que nous, croyez-moi ».
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