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mercredi 16 juin 2010

L'Empire du Milieu et la Voie du Milieu réconciliés. Musulmans au Népal

Le 16 juin 2010

Dommage que le concept de soft power, pouvoir « mou » ou mieux, « pouvoir d'influence », par opposition au hard power, pouvoir dur, militaire et économique, ne semble pas encore faire partie de l'arsenal stratégique du PC chinois. Il comprendrait alors qu'une solution négociée avec le gouvernement tibétain en exil ne pourrait qu'accroître le prestige et l'influence globale de l'Empire du Milieu.

Un Tibet réconcilié avec la Chine, y jouissant d'une autonomie suffisante, d'un statut spécial au sein de la République Populaire de Chine (RPC), un peu comme les Régions administratives spéciales (RAS) Hong Kong et Macao, apporterait en dot à l'Empire du Milieu le considérable capital en prestige et en influence que le Dalaï Lama a su accumuler au cours des cinq décennies qu'il a passées en dehors du Tibet. La RPC verrait ainsi s'ajouter à son pouvoir économique et militaire un pouvoir moral qui lui fait encore défaut. 

Ainsi, la reconnaissance de la dette historique de la Chine à l'égard de la Voie du Milieu, une de ses trois religions (san jiao) traditionnelles, en ferait vraiment l'Empire du Milieu.

Le 18 juin 2010


Le Kathmandu Post (17 juin 2010) annonce que le MAN (Muslim Association of Nepal) condamne les informations relatives à Mahomet et à l'islam contenues dans un manuel de Sciences sociales du secondaire. Il s'y trouverait des images du dieu musulman ainsi que du prophète, ce qui est interdit par l'islam. Le MAN réclame l'interdiction du manuel ainsi que des mesures contre le CDB (Curriculum Developement Board), organe chargé d'approuver les programmes scolaires. Le prophète y serait de plus représenté sous les traits d'une dame, et la « fondation de l'islam » lui serait attribuée. Pour la théologie musulmane l'islam est la religion éternelle de Dieu. Son fondateur, s'il y en a un, serait donc Dieu lui-même. Mahomet ne serait que son prophète ou messager1.

1The Muslim Association of Nepal (MAN) on Thursday condemned what it termed “fake information” in the country’s grade eight Social Studies textbooks. The textbooks published by different publication houses have “distorted” facts about the Prophet Mohammad and also have images of the Muslim God, Allah, according to MAN President, Abdul Sattar.“Making images of Allah and Prophet Mohammad is against our religion,” Sattar told a press conference organised by MAN here. “We are deeply concerned about such serious errors and we highly condemn it.”Representatives of the association urged the government to confiscate the books and take action against the Curriculum Development Board (CDB) for approving them. They also threatened to launch protests if the government remained silent on the issue. According to MAN, page 66 of the book published by New Nepal Publications shows Prophet Mohammad as a “lady-like figure.” The book also says that Prophet Mohammad was the founder of Islam. Another book published by Asia Publications says Prophet Mohammad was the founder of Islam.

Israël et la Chine


Le 15 juin 2010

The Indian Express du 10 juin dernier, reproduit un article de Andrew Jacobs, correspondant du New York Times à Jérusalem suivant lequel Israël aurait tranquillement mené sa propre campagne auprès de la Chine pour convaincre cette dernière que l'Iran devrait être sanctionné pour son programme nucléaire. Cette « campagne » aurait essentiellement consisté à expliquer aux Chinois quelles seraient les conséquence d'une attaque israélienne visant les installations iraniennes sur les approvisionnements de la Chine en pétrole iranien. Cette campagne dénuée de « diplomatic niceties » (précautions diplomatiques) aurait-elle joué un rôle dans la décision de la Chine de se joindre aux sanctions demandée par le camp occidental et la Russie ?

Peut-être a-t-elle aussi joué un rôle dans une autre décision chinoise, annoncée hier et aujourd'hui : celle de reprendre et poursuivre leur collaboration avec le Pakistan, interrompue en 2004 lorsque la Chine joignit le NSG (Nuclear Suppliers Group), en fournissant à ce pays deux nouveaux réacteurs nucléaires.

Ces développements mettent aussi en évidence qu'Israël, devant les bémols mis au soutien des USA par le gouvernement Obama, se comporte de plus en plus comme un électron libre. L'état hébreux se tourne à présent vers la nouvelle grande puissance extrême-orientale et lui tient un discours aussi dénué d'inhibition que celui qu'il tient à ses alliés occidentaux depuis plusieurs décennies. Il est à espérer que le gouvernement Netanyahou n'a pas pris un sourire des Chinois comme un acquiescement sans arrière-pensée. L'Empire du Milieu n'a en effet pas les mêmes motivations historiques, culturelles, religieuses et psychologiques que l'Occident de tenir compte de la variable israélienne dans le contexte moyen-oriental. La politique israélienne ne risque-t-elle pas de précipiter l'apparition d'un monde où la Chine soutiendrait tactiquement un axe islamiste Pakistan-Afghanistan-Iran-Turquie-Hamas aux seules fins de mettre à mal la dominance globale de l'Occident et le sentiment d'encerclement de la Chine ? Ce qui ferait définitivement basculer l'Inde dans le camp occidental, créant ainsi les conditions de la ré-apparition de deux « blocs » se disputant l'hégémonie mondiale. 

lundi 14 juin 2010

Indiens et Tibétains à Mac Leod Ganj

Le 7 juin 2010

Un autre périodique, indien celui-ci, l'hebomadaire Outlook, dans le numéro qui paraît aujourd'hui (7 juin) titre un de ses reportages « Unease in Dharamsala : Tocsin on Mount Exile ». On y apprend qu'alors que les premiers réfugiés dans les années soixante, ceux-là qui mirent Mac Leod "sur la carte" et y ouvrirent les premiers commerces offrant leurs biens ou services aux touristes, étaient pauvres et modestes, ceux de 2007, de plus en plus nés dans le Tibet chinois, et bénéficiant de l'aide occidentale, représentent les « réfugiés les plus riches du monde ». Entre temps des commerçants indiens, natifs de l'Himachal ou du Cachemire tout proche se sont aussi installés dans ce qui, avant l'arrivée du Dalaï Lama n'était qu'un hameau de Dharamsala. La majorité des hôtels sont maintenant aux mains d'Indiens et beaucoup de magasins d'objet d'art ou d'artisanat sont tenus comme ailleurs en Inde par des Cachemiris. Mais c'est surtout entre Tibétain et chauffeurs de taxi que l'ambiance est la plus volatile. Des incidents relativement violents auraient eu lieu en 2007, suivi d'une invitation au boycott des taxis indiens par certains milieux tibétains. Depuis lors « a new kind of low-intensity conflict between Tibetans and locals is evident in and around Dharamsala »( un conflit de basse intensité entre les Tibétains et les Indiens devient évident à Dharamsala et aux environs). L'article note aussi si certains parmi les réfugiés plus anciens voudraient que la nationalité indienne leur soit accordée, les natifs, [particulièrement conservateurs] il est vrai, reprochent aux « nouveaux réfugiés » de ne pas apprendre l'hindi, d'être bruyants , agressifs et de moralité douteuse (loose morals). Il faut dire que les Indiens  dans cet état montagnard, un des tous premiers colonisés par les Aryens venant de ce qui est maintenant l'Afghanistan et l'Iran, y sont encore dominés par les hautes castes, gouvernés par le BJP, parti nationaliste hindou, et confondent plus encore que nous convenances, conventions et moralité. Le simple phénomène d'une société sans caste doit pour eux être en soi déjà « immoral ». Alors que les Tibétains s'ils ont une aristocratie, ignorent les castes, boivent de la bière, mangent de la viande, et sont plutôt d'allure détendue.


J'avais déjà remarqué, en fait dès les premières heures passées à Mac Leod Ganj, un agréable allègement de l'atmosphère par comparaison avec celle qui domine « en Inde ». J'avais attribué cette « légèreté de l'air » au grand nombre de Tibétains et d'étrangers mais n'avais pas remarqué de tension particulière entre indigènes et Tibétains. Une paire de remarques faites par des Occidentaux – entre autre par Jacques, ce journaliste juif américain rencontré au Lha – sur la « jalousie » des Indiens par rapport aux Tibétains m'avaient mis la puce à l'oreille. Par ailleurs appréciant personnellement peu l'arrogance agressive des Indiens, je préfère le contact avec les Tibétains. Jamais ces derniers ne couperaient une file, ne « sauteraient » leur tour, sans s'excuser, pour être servi avant vous . Les Tibétains lorsque c'est raisonnable, ne s'estiment pas humiliés de céder le passage, ni de dire « sorry » lorsque cela peut mettre un peu de lubrifiant dans les rouages des relations humaines. J'ai donc fini par me dire que si ces attitudes des Indiens me gênent, elles doivent aussi gêner les Tibétains, avant que différents indices de leur part sourires complices devant certaines attitudes ou comportements indiens me le confirment. 



Le 12 juin 2010

Le BRO (Border Roads Organization) devrait ouvrir d'ici 2015 un tunnel sous le col de Rohtang sous la chaîne du Pir Panjal, au nord-est de Dharamsala. Ce col, à presque 4000 m sur la route Mandi-Manali-Leh, est jusqu'à présent impraticable de novembre à mai. Rohtang La veut d'ailleurs dire en tibétain « tas de cadavres » référence aux quelque dizaines de cadavres « gelés vivant » de ceux qui s'y aventurent chaque année en cette saison au risque de leurs vies. Lorsque le tunnel sera terminé l'accès sera ouvert de la vallée de Kullu, culturellement indienne à celle de Lahaul-Spiti (qualifiée de 'tribale' par le Himachal This Week du 12 juin 2010) 12 mois par an. D'autres cols, dans le Nord de l'Himachal Pradesh, plus élevés encore – Baralacha, Lahchung La, Tanglang La – et également stratégiquement cruciaux tant vis-à-vis du Pakistan que de la Chine, restent également impraticables la moitié de l'année au moins. D'ici 2018, quelque 4 881 km de routes devraient être terminées dans ces régions contestées par le Chine, l'Inde et le Pakistan. L'Inde qui avait d'abord considéré cette difficulté d'accès comme une protection, une ligne de défense naturelle supplémentaire contre d'éventuels candidats à l'invasion, semble à présent préférer y permettre un accès rapide à ses propres troupes en cas d'alerte.

Le 14 juin 2010

Alors que je vais acheter deux œufs chez un commerçant indien local, par ailleurs très sympathique, un moine tibétain qui me précède dans la ligne bien enrobé, singlet sur son dhoti monastique rouge discute le prix d'un casier d'œufs. Comme la négociation s'éternise, et qu'il ne s'agit que d'une différence de 10 Rs, je propose de payer la différence. Le moine accepte, remercie et s'en va.

Voulant expliquer mon geste, je dis au commerçant que ces moines ne doivent pas être très riches. « Pensez-vous » répond-il, « ils vivent dans leurs monastères, et même s'ils sont mariés, tous leurs frais sont payés... Ils sont plus riches que nous, croyez-moi ». 

Le Dalaï Lama, la Chine, les Chinois et les religions

Le 1er juin 2010

Le numéro de juin du mensuel Tibetan Review (http://www.tibetanreview.net/ ; June 2010) souligne dans différents articles et communiqués l'importance attachée par le Dalaï Lama aux contacts informels entre Chinois et Tibétains lorsqu'ils se rencontrent à l'étranger. Dans l'éditorial « Bridging for dialogue and democracy » on peut lire : « Trying to engage in friendship and robust discussions with the Chinese people has the merit of [...] reaching out to 1.3 billion people of China, rather than a handful of people who represent the just over 70 million, or, possibly, only a section, of the communist party members » (Essayer de lier amitié et d'avoir de franches discussions avec le peuple chinois permet de d'entrer en contact avec le milliard trois cents millions de Chinois par dessus la tête d'une poignée de gens, une fraction seulement des 70 millions de membres du Parti). Dans le même ordre d'idées le magazine (p. 11) rapporte que 230 étudiants chinois et tibétains aux USA, désireux de promouvoir l'émergence d'une « société civile saine et productive » ont participé à une conférence sur « Friendship and mutual understanding » au Hunter College de New York le 23 mai dernier. Le même jour ((p. 21), s'adressant à 4 000 Tibétains résidents aux USA, le Dalaï Lama insiste « raising the understanding and support of the Chinese people was essential for the resolution of the Tibet issue » (la compréhension et le soutient du peuple chinois est essentielle pour la résolution de la question tibétaine).  

Bien que la Russie ait refusé un visa au Dalaï Lama afin de lui permettre de rendre visite aux institutions représentant les bouddhistes vivant sur le territoire russe (700 000, soit 0,5 % de la population) il est fait mention de la récente offre de service de la Russie afin de contribuer à la résolution pacifique du malentendu sino-tibétain (p. 13). La rédaction se réjouit aussi du soutien apporté par le président taïwanais Ma Yin-jou au concept d'une autonomie du Tibet dans le cadre de l'état chinois. Il est noté par ailleurs que la position tibétaine fait des progrès dans l'intelligentsia chinoise (p. 12) et même au sein des membres du parti, à présent retraités, ayant travaillé au Tibet.

Le magazine rapporte aussi en plusieurs endroits des déclarations, faits ou événements liés à un autre des thèmes favori du Dalaï Lama : toutes les religions sont nécessaires car il y a plusieurs familles d'esprits. Bien que sa tolérance embrasse également l'islam au sujet duquel il note qu'il est, avec le bouddhisme, la principale religion asiatique le 14 mai à Indianapolis, il déclare (p. 19) que « all religions had a role in the human society since individuals, with different mental dispositions, would not be satisfied by any one religion » soulignant aussi « the importance of developing secular ethics » (l'importance d'une éthique de la laïcité).

Dans une tonalité moins optimiste la Tibetan Review rend compte des résultats d'une enquête conduite entre 2000 et 2009 suivant lesquels alors que 43% des Indiens considèrent la Chine comme un pays ami, seulement 2,2 % de Chinois rendent l'amabilité à l'Inde et 4,9 % considèrent le Pakistan comme un allié plus fiable. Il est aussi fait rapport des fréquentes incursions, volontaires ou accidentelles, de l'armée chinoise en territoire indien tout de long de la frontière indo-chinoise longue de 4 057 km. 

Castes, gotra et extrême droite hindoue


Le 24 mai 2010

Dans son India Shashi Tharoor affirme que c'est à l'affaire de la destruction de la mosquée Babri à Ayodhya qu'il faut faire remonter l'émergence d'un intégrisme ou fondamentalisme hindou. Bien qu'il mène un combat d'arrière-garde, ce fondamentalisme est bien présent dans l'Inde contemporaine et à l'origine de nombreux incidents, dans les campagnes surtout, où il vise souvent des dalits (hors-castes), dans les villes où ce sont plutôt les musulmans qui sont leur cibles.

Ce fondamentalisme, qui d'après Tharoor est en directe contradiction avec le traditionnel esprit de tolérance de l'hindouisme, s'exprime parfois pas des positions frisant le ridicule et confinant à la paranoïa. Ainsi ces nouveaux « puritains » de l'orthodoxie hindoue se scandalisent du fait qu'une série télévisée où est mentionnée la croyance ancienne suivant laquelle le maharishi Valmiki, auteur du Ramayana, aurait été avant sa conversion, un bandit de grand chemin. 
En conséquence le juge Rajive Bhalla de la Haute Cour du Pendjab et de l'Haryana, a décidé, s'attaquant à une croyance traditionnelle millénaire, que Valmiki ne fut pas un bandit de grand chemin. « Bien que les faits se perdent dans les brumes de l'antiquité … les recherches d'un universitaire pendjabi » suffiraient à l'en assurer » (Times of India, 22 mai 2010)1.

1« Maharishi Valmiki was not a dacoit before turning into a sage and writing the Ramayana. In a ruling that could change an age-old belief about the writer of the great epic, Justice Rajive Bhalla of the Punjab and Haryana High Court recently said that though “actual facts appear to be lost in the mists of antiquity,” he was basing his views on a research by a Punjabi University scholar.

Justice
Bhalla was hearing an appeal by a national television channel, asking the court to quash an FIR filed against it in Jalandhar for airing a serial that raised a question about Valmiki being a dacoit before he turned into a sage. »



La préoccupation majeure des castes (varna) et des institutions qui les représentent (khap panchayat), comme des appartenances confessionnelles endogames, est de maintenir l'endogamie en proscrivant le mariage en dehors du groupe. Bien que les castes n'aient plus d'existence légale on assiste dans les milieux hindous à la recrudescence des crimes d'honneur. Comme dans les milieux musulmans au Moyen-Orient, et maintenant en Europe, ce sont les proches d'une fille ou d'une femme qui exécutent cette dernière pour avoir convolé avec un garçon ou un homme non agréé par la famille, qu'il soit d'une caste différente ou considérée comme inférieure à celle de la « coupable ». Avec la libéralisation relative des mœurs qui accompagne le développement économique la fréquence de ces incidents s'accroît. Dans le contexte hindou, le garçon ou l'homme coupable peut aussi être victime de ces réactions vengeresses d'un honneur s'estimant blessé. Mais on assiste à un autre débat, celui des mariages entre membres d'un même gotra (clan, lignage coïncidant parfois avec un village ou un hameau) d'une même tribu (jati) ou caste (varna). Si le mariage dans la même caste est recommandé, celui dans la même gotra, branche de la caste ou tribu, est traditionnellement considéré comme incestueux, comme l'est en Occident le mariage entre cousins. Il semble que cet interdit ancien se relativise et soit parfois ouvertement transgressé. Ce fut encore le cas dernièrement au Gujurat et dans le Haryana, dans la caste ou tribu des Jat (brahmines), ce qui provoqua de la part des Khap (conseils de castes) des jugements expéditifs suivis d'exécutions, comparables au « crimes d'honneur » si ce n'est que dans ce cas, ce n'est pas le mariage en dehors de la caste ou de la tribu qui est puni, mais inversement le mariage à l'intérieur du clan.

Bien que la loi indienne soit claire à ce sujet – les crimes d'honneur sont bien des crimes – ces incidents ignorés par les polices et pouvoirs judiciaires locaux, ne sont souvent suivis d'aucune sanction légale.

La Haute Cour de Bombay avait pourtant en 1945 déjà déclaré légaux les mariages sagotra (à l'intérieur d'un même gotra, clan ou lignage) se fondant sur une décision du Privy Council de 1868 suivant laquelle « 'under the Hindu system of law, clear proof of usage will outweigh the written text of the law.' However a custom which was at variance with the written text of Hindu law, had to be ancient, certain and reasonable [...]. But the Court [...] garnered textual proof for intra-gotra marriage. » Bien que le savant allemand Max Mueller ait défini « 'gotras' ... as descending from eight sages and then branching out to several families » la Cour retint l'opinion de PV Kane (in History of Dharmashastra) : « The mass of material on 'gotra' and 'pravara' in the sutras, the puranas and digests is so vast and full of contradictions that it is impossible to reduce it to order [...] the court concluded that it was impossible to accept the suggestion that in reference to the Brahmin families of today, their gotras and pravaras represent anything like an unbroken line of descent from the common ancestors indicated by the names of their respective gotras and pravaras » (Sunday Times, May 16, 2010).

En dépit de ces jugements les incidents ne sont pas rares. En 1988 une jeune fille fut violée après que son frère se soit enfui avec une fille du même village (un village coïncidant souvent avec un clan). En 2004, un couple, Sonia et Rampal furent déclarés « bhaichara », frères et soeurs, et leur union incestueuse (Sunday Times, May 16, 2010).

À ce sujet, l'auteur à succès Chetan Bhagat écrit dans l'édito  « What's Gotra to Do With It ? » (Times of India, 22nd May 20101) : « Comme s'il ne suffisait pas de diviser les gens en castes, fallait-il encore distinguer des 'sous-castes' de sorte que les Indiens se haïssent les uns les autres encore d'avantage ? Mais cette fois, ce n'est plus le fait de ne pas appartenir à la même caste qui fait problème, c'est celui d'appartenir au même clan. … les mariages dans le clan … d'après certains … ternirait la réputation d'une famille et entraînerait des risques pour les enfants de telles unions [consanguines], dus à la parenté génétique des conjoints. … de telles unions ne sont pas encouragées (lisez des condamnations à mort peuvent s'ensuivre). … Les 'conseils de castes' remontent à plus de mille ans et les Britanniques ont dû s'en accommoder … pour éviter de voir le système judiciaire submergé par de telles querelles mesquines, ils ont permis que ces conflits soient résolus au niveau local. Les Britanniques sont partis il y a 63 ans mais les 'conseils de caste' sont toujours là, soutenus par les partis politiques locaux qui y trouvent des réservoirs de votes bien opportuns. »
1 « As if it wasn't good enough to divide people on caste, we needed one more level of sub-caste slicing to ensure thet Indians hate each other as possible. However, this time it is not being from different gotras that is the problem, it is being from the same one. [...] inter-gotra marriages [...] according to some, will ... tarnish a family reputation and pose health risks to kids of the wedded couple, due to genetic similarities. [...] marriage between them is not encouraged (read death sentences are passed). [...] The khap system is thousand years old, and our British erstwhile rulers lived with it [...] to avoid the judicial system being flooded with petty disputes and enabling them to be solved at the local level. The British left 63 years ago, but khaps have survived, aided by the patronage of local political parties which in turn find them nice little rural vote banks. »
Les khap cherchent maintenant à faire intégrer leur loi coutumière relative aux mariages entre gotra dans le Hindu Marriage Act du Code civil indien, ce que beaucoup de jeunes ruraux ne comprennent pas car en fait de relations, ils n'ont souvent que les membres de leur gotra précisément et préfèrent épouser quelqu'un qu'ils connaissent qu'un distant inconnu, de la même caste mais d'un gotra différent. En effet si l'extension des techniques de l'information en Inde contribue à ouvrir les esprits et ébranler certains comportements anciens, le développement économique qui accompagne cette accélération n'est pas tel qu'il permettre un accroissement proportionnel de la mobilité. Les jeunes peuvent observer à la TL ou sur la toile des coutumes présentées comme « normales » alors qu'elles entraînent des comportements qui paraissent encore outrageants à leurs anciens d'une part. Mais ces jeunes n'en restent pas moins coincés dans des micro-cultures de villages ou de hameaux où leurs seules relations sont souvent de proches cousins.

Bhagat s'attaque à l'argument « génétique » : « ... there are historical roots between same gotra people and hence there could be genetic similarities. Those roots may be 10 generations old and anyone with basic knowledge of genetics and mathematics wil tell you that in 10 generations, les that 0,1 per cent od DNA may be sibling-like »  (… il y a des origines communes entre personnes du même gotra et donc il pourrait y avoir des gènes communs. Mais ces origines communes peuvent remonter jusqu'à dix générations et quiconque connaît les rudiments de la génétique sait qu'après dix générations, moins de 0,1 % du DNA pourrait être commun entre les membres de cette fratrie étendue)..

Il fait aussi remarquer que dans certaines cultures – les cultures sémites en général – le mariage entre cousins parallèle (appartenant au même clan ou lignée) est non seulement toléré mais valorisé.

En dépit de ces contre-arguments et des généreuses intentions de Bhagat appelant à laisser les individus amoureux l'un de l'autre libres de s'épouser et procréer, dans une société comme l'Inde marquée déjà par l'endogamie de caste et de religion, il vaut mieux décourager tout ce qui peut renforcer les tendances à se marier dans son propre groupe, en l'occurrence ici dans son propre clan. Une telle tendance si elle se répandait risquerait d'ajouter à l'endogamie de caste une endogamie de clan, ce qui rapprocherait la structure sociale de l'Inde de celle des cultures musulmanes précisément (lignages segmentaires), avec ce que cela pourrait impliquer, une aggravation de la fragmentation sociale et de l'hostilité inter-groupes endogames.

Le véritable enjeu de cette question est cependant surtout dans le droit que s'arrogent ces khap de faire prononcer et exécuter des sentences à l'encontre de leurs membres contrevenant, ainsi que dans leur intention d'imposer leurs critères coutumiers à tous, dans le cadre du Droit civil indien. Sur ce second point il y a peu de chance qu'ils y parviennent : « a division bench of Chief Justice Mukul Mudgal and Justice Jasbir Singh told he khaps to 'mind their own business'. [...] 'How are you bothered if they (couples) don't want to follow the customs but follow the law. [...] You people stick to your customs and ensure thet your children are married according to gotras, but do not enforce these customs on society. » Comme les représentants des khap invoquaient les Védas, pourtant une des sources du droit indien, le juge répondit que «  the courts could only enforce Constitution and not the Vedas (The Indian Express, Chandigarh, May 18th, 2010).

Le 29 mai 2010

Pages consacrées au recensement et aux castes en Himachal Pradesh dans l'hebdomadaire Himachal This Week de ce jour. J'y apprends que la politique de cet état a longtemps été dominée par les Brahmines, les Rajput (Kshatriya) et les Chaudhry (brahmines). Le parti au pouvoir est d'ailleurs le BJP, comme en Uttaranchal.

Bien que certains recensés de castes « inférieures » surtout dans les petites localités, par crainte que le caractère privé des informations fournies ne soit pas respecté ou au contraire parce leur caste y représente une minorité « visible » hésitent à décliner leur identité de caste, il semble faut-il s'en étonner ? , que ce soit surtout les hautes castes qui s'opposent à la mention de la caste dans le formulaire de recensement ? Leurs arguments sont que cette mention pourrait ouvrir la boîte de Pandore d'exigence de quota (reservations) des castes importantes en nombre de leurs membres, et qu'elle risque de déchirer un tissu social qui justement commence à s'harmoniser dans cet état où « there was an established tradition of unsociability ... from time immemorial » (une tradition de non-sociabilité ... remontant à des temps immémoriaux), et de provoquer un retour à l' « Âge de la Pierre ».

Si le Congrès au niveau national s'est plié à l'exigence du SP, ce n'est pas le cas du Congrès local de l'état.

Le recensement a déjà fait une victime : un des recenseurs de « basse » caste n'aurait pas supporté les remarques sarcastiques de son collègue, s'est suicidé après avoir laissé une note dénonçant le dit collègue.