Popular Posts

lundi 8 novembre 2010

Vers une alliance stratégique Inde-USA ?

Le 3 novembre 2010




La session des Comités locaux du Parti du Congrès (All India Congress Committee : AICC) réunie hier pour ratifier la réélection de Sonia Gandhi à la tête du parti, a autorisé cette dernière à nommer des membres du Congress Working Committee (Comité directeur) instance suprême du parti. Le Hindustan Times (3 novembre) remarque qu'aucune mention n'a été faite des récents scandales liés aux Jeux du Commonwealth et à l'arnaque relative au complexe immobilier Adarsh (Mumbai), où la plupart les soupçons visent en général des membres du Congrès. Le Parti s'est par contre concentré sur la ré-itération de son opposition à toute utilisation de ou des religions à des fins politiques, visant particulièrement - suite à la décision de la Haute Cour d'Allahabad partageant le terrain de l'ancienne mosquée Babri à Ayodhya entre deux organisations hindoues et une musulmane - le RSS, nébuleuse de formations de l'extrême-droite hindoue, accusée de terrorisme. « Our policies are about bringing society together, not about breaking it » (Notre politique vise à rassembler la société, non à la fragmenter) a déclaré Manmohan Singh en conclusion de son intervention.



Le même journal fait état d'un incident récent entre touristes singhalais et le personnel de la bibliothèque de Jaffna qui rappelle l'incendie de cette même bibliothèque en 1981 par une foule de Singhalais menée par un politicien du Sud. Cela signifie que la tension entre Tamouls et Singhalais au Sri Lanka est loin d'être dissipée. Cette fois la bibliothèque n'a pas été détruite mais quelque 1500 touristes singhalais à qui l'accès des lieux avait été refusé par le personnel, un séminaire national de médecine s'y déroulant, auraient pénétré de force dans la section « prêts » et saccagé les lieux pendant trois heures avant que la police n'intervienne.



Le 5 novembre 2010



D'après le Times of India, Haedley-Gilani aurait aussi révélé qu'au cours d'un court voyage en Inde à l'occasion d'un match de cricket Inde-Pakistan le 17 avril 2005, auquel assistait le Président-général Musharraf en compagnie du Premier indien Manmohan Singh, Abdur Rehman Hashim, alias « Pasha » – major retraité de l'armée pakistanaise – ainsi qu'un nommé Sajid Majid, auraient procédé à des repérages du National Defence College et de l'Indian Military Academy à Delhi et Dehradun, choisis comme cible d'attaques qui finalement n'eurent pas lieu. Les interrogateurs indiens du NIA qui eurent accès à Headley aux USA auraient aussi révélé que les « jihadis » cerveau de l'attaque sur Mumbay le 26 novembre 2009 auraient tenté d'échanger la libération de Ajmal Kasab, seul survivant parmi les terroristes, contre celle des otages retenus à la Chabad House (Centre juif orthodoxe de Mumbay).



Un entrefilet (idem) annonce que l'état de l'Oklahoma « est le premier état américain à interdire le recours à la charia comme source de droit ».



En page 5, un article au titre triomphaliste, « Obama comes to the New World. India is the future but needs to learn from America's past mistakes » compare cinq des caractères de la démocratie américaine tels qu'énumérés par Tocqueville, que l'on retrouve aussi dans la démocratie indienne :



1. association des concepts de foi et de liberté (liberté religieuse absolue)

2. l'argent comme mesure universelle et unique de la valeur : combien cela va-t-il me rapporter ? (matérialisme)

3. liberté d'expression mais dans certaines limites déterminées par l'opinion de la majorité (conformisme)

4. vulgarité et incompétence des représentants du peuple à la chambre basse ; disposition des politiques y compris du président (ou en Inde du Premier) à tous les compromis afin d'être ré-élus

5. absence de droits minimaux à l'éducation et aux soins de santé gratuits (s'expliquant au début par l'abondance des ressources, l'étendue du territoire et des opportunités qui faisaient défaut en Europe)



Ces caractères, particulièrement le dernier, conclut l'article, aboutissent à présent que les ressources et opportunités se font plus rares, à l'image d'un pays où surnagent des îlots d'ignorance et de pauvreté qui ne conviennent pas à un des pays les plus riches du monde. Scénario que l'Inde devrait éviter.



Sous la rubrique religion/spiritualité (idem) le billet « Universality of Outlook » cite librement Platon : « … nos histoires idées relatives à Dieu, pour aimables qu'elles soient, n'en sont pas moins des fables. Pas une seule d'entre elles n'est complète et définitive » et poursuit «  c'est pourquoi l'hindouisme accepta la multitude des dieux aborigènes, d'abord étrangers à la tradition aryenne, et les justifia … la chasse à l'hérésie est remarquablement absente de son histoire … ce qui compte c'est le comportement et non les croyances ».



De ces propositions j'accepte la première (toutes les religions sont imparfaites) sans réserve. Le Dalaï Lama ne dit d'ailleurs pas autre chose. Quand à la dernière, je dois remarquer que la grande tolérance théologique de l'hindouisme n'a pas empêché une très grande intolérance culturelle et sociale qui aboutit aux castes. Même l'hindouisme est imparfait...



The Tribune note avec inquiétude que l'Inde figure parmi les dix nations (sur 135) dont l'indice de développement humain (HDI) de l'UNDP (PNUD) a le plus progressé au cours des quarante dernières années. mais que si l'on y intègre la variable « inégalités », elle recule de 30% pour se situer juste avant l'Afrique sub-saharienne et après le Népal et le Sri Lanka.



John E. Hill, vieil orientaliste australien (auteur de Through the Jade Gate to Rome. A Study of the Silk Routes during the later Han Dynasty) rencontré mardi dernier au dîner des Dharamsala Expats me raconte qu'il a vécu à Trinidad une partie de son enfance. Les Blancs n'y étant pas assez nombreux (14% de la population), cela laissa aux Noirs leurs chances d'accéder aux professions libérales et à la classe moyenne, jetant les bases d'une société relativement égalitaire, me dit-il. À la Jamaïque par contre où les Européens représentaient 35 %, il occupèrent les meilleures niches professionnelles, en interdisant de facto l'accès aux Noirs et générant une fracture sociale insurmontable. Je lui fais remarquer que cette proportion, 35 %, est également à peu près celle que représentent les hautes castes, brahmines et kshatriya en Inde. Alors qu'en Europe la noblesse ne représenta en général (sauf en Espagne ?) que plus ou moins 10 % de la population, ce qui l'obligea à faire des compromis afin de ne pas être balayée comme elle le fut en France.



Le 7 novembre 2010



Après avoir inauguré son séjour indien par la visite du site de l'attaque du 26/11 à Mumbai, le président Obama est revenu à l'agenda, surtout économique, de cette visite. Des contrats ont été finalisés, surtout dans le domaine de l'aviation civile et militaire, pour une valeur de 50 milliards de dollars. Ils devraient contribuer à financer plus de 50 000 emplois aux USA (Sunday Times, November 7, 2010)



Mais cette coloration officiellement économique – plutôt que stratégique – de la visite du Président américain s'explique par l'actuelle tentative américaine d'amener le Pakistan à un niveau de tolérance zéro vis-à-vis des activités terroristes se déployant à partir de son territoire. Il n'empêche que le contenu stratégique de la relation indo-américaine ne peut être camouflé, allant jusqu'à faire surface dans le discours officiel d'Obama, parlant, à l'heure où le comportement de la Chine indispose ou inquiète ses voisins et partenaires commerciaux, de « l' énorme potentiel inexploité dans la relation indo-américaine … qui pourrait en faire un des axes décisifs du 21e siècle ». Plus substantiellement un des volets des échanges commerciaux entre les deux pays porte sur la levée des interdictions d'achat par des entités indiennes telles que la Defence Research and Development ou la Space Research Organisation, de technologies américaine qui leur étaient jusqu'à présent refusées.

Ce qui, outre de booster les capacités stratégiques et tactiques de l'Inde vis-à-vis du Pakistan et de la Chine, devrait pour les USA, dit Obama, faire de l'Inde le « marché du futur ».



Le Pakistan a nié hier que des centaines de candidats jihadistes - pakistanais, cachemiri et étrangers - visant l'Inde soient entraînés près de Muzzaffarabad, capitale du PoK (Pakistan occupied Kashmir), ainsi que l'avait rapporté la BBC relayant les propos d'un étudiant en ingénierie de Lahore.



« Les USA et l'Inde peuvent-ils être amis ? «  demande Sumit Ganguly (Institute of Defence Studies and Analyses, Delhi), rappelant que depuis son indépendance et au cours de la Guerre froide, l'Inde a la plupart du temps voté à l'ONU, contre les initiatives américaines, avec l'ancien bloc soviétique ou avec le bloc des pays du Tiers Monde, parfois par réflexe plus que par conviction.



La relation entre les deux pays a jusqu'à récemment manqué de substance, note Ganguly. Les échanges commerciaux étaient insignifiants et l'Inde, qui par ailleurs ne constitua jamais une menace pour les USA, achetait à l'Union soviétique la plus grande partie des son armement. Aujourd'hui, continue-t-il, la relation revêt une importance commerciale, diplomatique et stratégique aussi substantielle qu'inédite. Les deux pays ont maintenant besoin l'un de l'autre comme jamais auparavant.



Si l'on considère le volume actuel des échanges entre les USA et la Chine, qui serait dix fois plus important (entre 300 et 500 milliards de dollars) que celui des échanges avec l'Inde (à peine 50 milliards de dollars), il est en effet évident que le potentiel de la relation Inde-USA est sous-exploité.



Sur la même page, Swaminathan Anklesaria Aiyar tourne les militants du Tea Party en ridicule, qualifiant leur vision de claire mais impraticable. Deux ans après avoir défait les démocrates de Bill Clinton en 1994, le public américain – qui n'aime les « tendances gauchères des démocrates » mais rejette aussi la « chirurgie » radicale de la droite républicaine – réélut Bill Clinton comme président. Il accuse aussi la droite américaine d'incohérence et d'hypocrisie, voulant réduire les dépenses publiques et, dans le même temps, augmenter les allocations de santé et de sécurité sociale de l'ancien système au bénéfice des pensionnés (medicare).



« The Thriving God Market » fait la critique de McDonaldization, Masala McGospel and Om Economics de Jonathan D. James où l'auteur compare les télévangélismes chrétiens et hindous en Inde.

On y apprendrait que les lieux de culte et milieux traditionnels, églises ou temples, souffriraient de cette concurrence nouvelle à laquelle les premières reprochent leur approche consumériste et les seconds de contredire le concept de l'hindutva (hindouïté) comme liant identitaire, culturel, et facteur de la cohésion nationale.



J'entends sur CNN l'artiste chinois Ai Wei Wei, en résidence surveillée, déclarer que le Parti communiste chinois représente un danger non seulement pour les Chinois et leurs voisins, mais pour le monde.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire